Un rire sonore et fréquent. Une silhouette massive et bonhomme. Un esprit vif et sensible. Un altruisme fidèle et constant. Frédéric Donzé, qui vient de s’en aller subitement dans la fleur de l’âge, laisse à celles et ceux, abasourdis, qui l’ont connu une tristesse incrédule et le souvenir unanime d’une humanité bienveillante qu’il incarnait comme personne.

Enfant de Renens aux origines jurassiennes, Frédéric a forgé une carrière professionnelle exemplaire, faisant de lui en vingt ans l’un des piliers de l’Agence mondiale antidopage, dont il était le directeur des opérations depuis six ans. Il avait rejoint l’institution, qui en était encore à ses bribes, pour assurer son service de communication à Montréal, puis la direction de l’antenne européenne basée à Lausanne de 2011 à 2016, avant de regagner le siège montréalais et d’élargir ses responsabilités, sans jamais perdre ni sa modestie, ni le sens de son engagement.

Car ce choix, après un parcours remarqué de journaliste (au Nouveau Quotidien, à L’Illustré et au Temps) à la plume enjouée et précise, correspondait à une conviction: aider le sport à traquer les tricheurs et les produits nocifs, lui donner les outils d’une compétition juste et équitable – et par là contribuer activement à une cause juste et universelle. Le sport, et plus particulièrement le foot dont il s’était entiché tout petit, c’était la passion de Fred. Il en parlait avec faconde et pertinence. Derrière ses airs de ne pas y toucher, de roi des bons types qui mène le bal des rieurs, Frédéric Donzé développait une rare intelligence d’analyse, saisissant les enjeux mais sachant aussi, dans les moments difficiles, relativiser les choses, dégager en corner et faire ressortir la plus infime des parts de lumière. Un art de l’ironie qui n’avait rien de cynique – il en était même l’exact opposé, entretenant à l’égard de son cercle d’amies et d’amis une vénération presque clanique.

Autour du monde

J’ai eu l’immense privilège de passer avec lui – et notre consœur Lisbeth Koutchoumoff – un mois exceptionnel sur la route du monde de l’an 2000, lors d’une opération spéciale du Temps, entre Téhéran et Lahore. Sa curiosité permanente, son envie d’aller vers l’autre et de le comprendre, sa jouissance du moment et sa permanente recherche du partage sont ancrés en moi à jamais. Parti en éclaireur dans la grande ville pakistanaise qui marquait la fin de notre étape, Frédéric avait ramené un reportage merveilleux de justesse sur les cerfs-volants de Lahore, dix-huit mois avant que les attentats de New York ne brouillent le regard sur ces contrées.

Fred a beaucoup voyagé, beaucoup travaillé. Et beaucoup donné d’amour à sa petite famille, ce jardin privilégié qu’il cultivait avec tendresse par-delà l’Atlantique. A Jen, son épouse, à Louis, son fils, à Odile et André, ses parents, à Fabienne sa sœur, à tous ses proches et ses amis, faisons le serment ici que la lumière de Frédéric ne s’éteindra jamais dans nos cœurs.