Les basketteurs d’Olympic se sont qualifiés pour la Ligue des champions, où ils feront leurs grands débuts ce mercredi soir en Israël contre Hapoël Holon (20 h en Suisse). Les basketteuses d’Elfic disputeront l’EuroCoupe à compter de la fin du mois. Grecque, espagnole, française ou italienne, des équipes de tout le continent découvriront la halle Saint-Léonard ces prochains mois au gré de nombreuses soirées européennes. Chez les hommes comme chez les femmes, Fribourg s’impose comme la capitale suisse de la sphère orange.

La saison dernière, les clubs de la ville ont dominé leur sujet sans partage en réalisant tous les deux le grand triplé Championnat – Coupe de Suisse – Coupe de la Ligue. Pour Elfic, ce triomphe inédit est venu confirmer l’efficacité d’un modèle peaufiné depuis la fusion de City Fribourg et du mouvement féminin de Sarine Basket en 2003.

Olympic, qui avait déjà réussi pareil exploit en 2007, a de son côté complété le plus riche palmarès du pays (17 titres de champion depuis 1961). «Aussi loin que je puisse m’en souvenir, Fribourg Olympic a toujours été soit imbattable, soit juste très fort, applaudit Karine Allemann, la présidente d’Elfic. Pour nous, ce voisin est un modèle, et je pense qu’aujourd’hui les deux clubs se tirent vers le haut par leurs bons résultats.»

«Une culture du basket qui existe à Fribourg plus qu’ailleurs»

Totalement indépendants l’un de l’autre, Olympic et Elfic n’ont ni le même historique ni le même budget (1,2 million contre 350 000 francs) mais ils participent tous les deux à faire de Fribourg la place forte du basket-ball dans le pays.

Mais il n’y a pas que leurs performances sportives. La halle omnisports de Saint-Léonard, où ils sont colocataires, est la seule salle de Suisse homologuée pour les compétitions internationales FIBA, et le siège de la fédération nationale devrait déménager en ville en 2020, depuis la commune voisine de Granges-Paccot. «Tout cela découle d’une vraie culture du basket qui existe à Fribourg plus qu’ailleurs», valide Giancarlo Sergi, président de Swiss Basketball. Nombre des prédécesseurs de ce Vaudois élu en 2014 étaient d’ailleurs Fribourgeois.

Origines genevoises

Pourtant, le basket n’est pas le premier sport à Fribourg. Celui qui anime les discussions, c’est le hockey, avec l’inévitable Gottéron, «un club dont on dit que quand il tousse, c’est tout le canton qui attrape le rhume», rigole Karine Allemann. Et celui qui compte le plus de licenciés, c’est le football, même si aucune équipe locale n’évolue parmi les trois premières divisions. Par ailleurs, Fribourg ne fut pas la ville pionnière du basket en Suisse. «La fédération suisse de basket est née à Genève, comme la fédération internationale d’ailleurs, rappelle Giancarlo Sergi. Mais depuis une quarantaine d’années et même si beaucoup de choses se passent sur l’Arc lémanique et au Tessin, l’épicentre de la discipline s’est bel et bien déplacé à Fribourg.»

Pour le comprendre, il faut remonter aux années 1970 et 1980, quand Olympic décide de se tourner vers des entraîneurs étrangers pour progresser. Des coachs tchécoslovaques (Celestin Mrazek, Robert Koller), américains (Ed Klimkowski, Ed Miller, Joe Whelton) et yougoslaves (Matan Rimac) permettent au club de jouer les premiers rôles en Ligue nationale A et les trublions sur la scène continentale. Il engrange des titres. Il s’accoutume à l’air des sommets. Et bientôt il ne peut plus s’en passer.

L’entraîneur français Damien Leyrolles, qui remplira l’armoire à trophées fribourgeoise pendant huit saisons, l’a senti dès son arrivée en 2005. «Olympic n’avait plus été champion depuis 1999. On m’a rapidement fait comprendre que c’était une anomalie dans l’histoire et qu’il fallait y remédier. A Fribourg, il y a toujours quelqu’un pour vous rappeler les épopées européennes, la venue du Real Madrid à la salle du Belluard… Le passé du club dicte une exigence de l’ambition, une attente de résultats.» Président du club depuis 2013, Philippe de Gottrau confirme: «Nous nous appuyons sur une certaine tradition, mais plus que de nous donner un avantage, cela implique un devoir. Nous devons à ceux qui ont construit Olympic de persister dans l’excellence.»

Pionnier de la formation

Dans cette optique, le club a ouvert en 2006 son académie de formation. Un concept novateur, à l’époque, permettant à des jeunes prometteurs de cumuler efficacement sport et études, qui a fait de Fribourg un pôle national du talent. «Nous ne nous sommes pas limités à un recrutement local ou régional: nous avons accueilli des joueurs de toute la Suisse», souligne Damien Leyrolles, aujourd’hui responsable technique de la structure. Elle a vu passer une quinzaine de basketteurs qui évoluent actuellement en première division suisse. La plupart dans d’autres clubs. «Bien sûr, on aimerait former davantage de joueurs pour notre première équipe, mais il faut voir tout ce travail comme un investissement à long terme, estime-t-il. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls, d’autres clubs ont mis sur pied leur propre structure.»

En 2011, Elfic Fribourg s’est ainsi inspiré du modèle de l’académie d’Olympic, le comité du club étant convaincu que la professionnalisation est la clé du succès. «En 1998, les filles de City Fribourg ont été championnes de Suisse chez les jeunes, se souvient Karine Allemann. Après cela, les jeunes basketteuses fribourgeoises n’ont plus rien gagné au niveau national. Jusqu’en 2011, quand, comme par hasard, Elfic a fait le pas d’engager un entraîneur pro…» Au bout du fil, la présidente étouffe un petit rire de modestie, puis reprend: «Sans vouloir nous jeter des fleurs, je pense que le succès du basket fribourgeois tient déjà du dynamisme et de la motivation de ceux qui s’y engagent.»

Soutien institutionnel

Mais il n’y a pas que ça, et la journaliste sportive de profession le sait parfaitement. Olympic et Elfic, comme de nombreux autres clubs, peuvent compter sur plusieurs entreprises qui sponsorisent activement le sport local, dont le Groupe E et la Banque cantonale de Fribourg. «Sans eux, nous n’existerions tout simplement pas, ou en tout cas pas à ce niveau, à pouvoir disputer la Coupe d’Europe», souligne-t-elle. Et au soutien de ces grandes sociétés s’ajoute, indéfectible, celui des collectivités publiques qui reconnaissent le basket-ball comme un morceau du patrimoine local.

«Les deux clubs font clairement rayonner le nom de Fribourg, et en plus, Elfic fait la promotion du sport d’élite féminin, ce qui n’est pas si fréquent, salue Pierre-Olivier Nobs, en charge des sports au sein de l’exécutif communal. C’est pourquoi même si nous ne sommes ni une ville particulièrement grande avec 39 000 habitants, ni particulièrement riche avec un budget de 250 millions de francs, nous essayons de leur accorder un maximum d’avantages possibles.»

A commencer par la halle omnisports de Saint-Léonard, inaugurée en 2010 et capable d’accueillir environ 2700 spectateurs, mise à disposition des deux clubs à un tarif imbattable. L’élu sort sa calculette. «Chaque année, en moyenne, cette triple salle magnifique représente une charge de 400 000 francs pour la ville de Fribourg. Les clubs de basket l’utilisent environ 75% du temps et ne paient que 40 000 francs pour Olympic et 8000 pour Elfic. Et à côté de ça, nous louons encore des loges et nous accordons différentes aides. Ce que nous pouvons faire, nous le faisons.»


Le crowdfunding, même dans le sport d’élite

En se qualifiant pour la phase de groupes de la Ligue des champions, Fribourg Olympic a réussi un exploit historique. Toutefois, le rêve européen coûte cher. Le champion de Suisse en titre doit faire face à des dépenses importantes liées notamment aux frais de déplacements. «On a quatorze matchs en plus, dans toute l’Europe, donc forcément le budget explose», explique le président du club, Philippe de Gottrau. Rien que pour jouer en Israël ce mercredi soir, le club a dû débourser 17 000 francs.

Pour vivre l’aventure sereinement, les Fribourgeois ont lancé une campagne de crowdfunding sur la plateforme I believe in you pour récolter 50 000 francs (il en manque encore 20 000). Une démarche qui peut étonner de la part d’un club sportif professionnel évoluant dans l’élite. «Il s’agit d‘un petit coussin supplémentaire et nécessaire qui nous permet d’avoir une réserve pour notre compétition», justifie le président.

Une pratique qui prend de l'ampleur

En réalité, l’initiative de Fribourg Olympic n’est pas exceptionnelle. La pratique ne cesse de s’amplifier. Si à l’origine le financement participatif n’était pas spécifiquement dédié au sport, il a su s’y imposer en aidant des athlètes de tous les niveaux à financer leurs projets.

Dans le milieu du basket, il a contribué à sauver le BBC Lausanne de la faillite en 2017. «En football, on a aussi aidé Xamax et Lausanne Sport lors de leur ascension en Super League et chaque année nous hébergeons des campagnes d’abonnements que Grasshopper propose à ses supporters», explique Manuel Zigerli, responsable des projets chez I believe in you. Aujourd’hui, un autre projet en cours est de récolter 60 000 francs pour le club de handball Wacker Thoune, champion de Suisse en titre, afin de financer sa campagne européenne.

Victoire partagée

Les clubs professionnels s’appuient de plus en plus sur les plateformes de crowdfunding et ce n’est pas fini. Sur la plateforme suisse créée par deux anciens sportifs, «une explosion des demandes dans les prochaines années est à prévoir», estime Manuel Zigerli. Selon lui, le système fonctionne parce que le crowdfunding place le donateur au centre du projet. «Il faut tisser un lien avec lui en faisant appel à son émotion. Si Fribourg Olympic gagne, les gens qui ont participé à la campagne sentent que la victoire leur appartient aussi.» Une vision partagée par le président du club Philippe de Gottrau: «On ne peut pas avoir autant de sponsors, donc on s’appuie sur notre base solide de fans en leur demandant d’investir pour l’avenir du club qu’ils soutiennent.»

Mais les rêves des uns font les cauchemars des autres. En décidant de briser le tabou du financement participatif, les structures professionnelles attirent toute la visibilité aux dépens des sportifs amateurs. Ne bénéficiant pas de la même renommée, certains athlètes peinent à faire aboutir leurs projets. «Tout dépend de la somme demandée, analyse Manuel Zigerli. Bien sûr, si elle est démesurée pour quelqu’un de peu connu, ça ne va pas marcher.»

Maxence Cuenot


La Ligue des champions en bref

La Ligue des champions de basket-ball est la troisième plus importante compétition de clubs dans la hiérarchie européenne. Sa première phase implique 32 équipes, réparties en quatre groupes de huit qui s’affrontent lors de matchs allers et retours. A l’issue de la saison régulière en mai, les quatre premiers de chaque groupe sont qualifiés pour les play-off. Les équipes classées 5e et 6e sont reversées en FIBA Europe Cup, tandis que les équipes classées 7e et 8e sont éliminées. Tous les matchs sont diffusés en direct sur la chaîne YouTube de la Basketball Champions League. (M. Ct)