Saint Slava, priez pour nous. N'en déplaise à la chrétienté, en cette année 2000, le monde du hockey helvétique avait aussi son jubilé. C'était samedi à la patinoire Saint-Léonard de Fribourg, cathédrale païenne d'un jour où, dans une moiteur tropicale, plus de 7600 fidèles se sont massés pour communier dans la foi de Slava Bykov. La figure emblématique du hockey fribourgeois était venue mettre un terme à sa carrière de joueur, le temps d'un match de gala opposant Fribourg-Gottéron renforcé à une sélection de joueurs russes évoluant en National Hockey League (NHL).

Reliques exhibées aux fidèles

Slava Bykov, aujourd'hui âgé de 40 ans, a en effet décidé de se reconvertir comme entraîneur à Gottéron, le club de ses glorieuses années suisses. D'abord au sein du mouvement junior et bientôt, qui sait, derrière le banc de la première équipe. Quant à la canonisation, elle est en cours. Quelques-unes des reliques, déjà prêtes, ont été exhibées aux fidèles sous la forme des différents maillots que le joueur a revêtus au cours de sa longue carrière russo-helvétique.

Curieux événement que ce jubilé. Il ne s'est pas déroulé à Lausanne, où le joueur a pourtant terminé sa carrière de joueur la saison passée, mais à Fribourg, qui l'a congédié il y a deux ans dans des circonstances alors jugées déplorables par le peuple de Saint-Léonard. Avant, pendant et après le match, pas une seule banderole officielle, pas une seule parole de la part des dirigeants du club, passés et présents, pour signifier à leur ancien joueur combien ils lui sont redevables de son génie. Timidité? Goût de la discrétion? Ou peur de susciter le courroux d'un public pas dupe des avatars du passé? Comme si les «merci Slava» de rigueur signifiaient en fait «pardon»; «pardon de t'avoir laissé tomber pour des problèmes de santé». Et comme si les «adieux à la compétition» valaient réintronisation dans le panthéon du hockey fribourgeois.

Profitant du profil bas des dirigeants fribourgeois, les Lausannois ont donc récupéré une part de l'héritage en offrant à leur ancien joueur le deuxième cadeau de la cérémonie. Avant celui remis par l'ambassadeur de Russie en Suisse. Et à l'entrée de la patinoire, les marchands du temple venus des bords du Léman vendaient les maillots du célèbre numéro 90 estampillés LHC dans un œcuménisme bon teint. Parmi les supporters, beaucoup arboraient également le maillot numéro 91 d'Andreï Khomutov, le grand absent de la cérémonie. A demi-mot, tout le monde aurait espéré que le jubilé Bykov scelle la réconciliation entre les deux hommes brouillés pour d'obscures raisons. A côté du numéro 90, le maillot 91 flottait d'ailleurs au-dessus du tableau d'affichage comme un geste à l'adresse de l'ami d'alors.

Seul pour le tour d'honneur

Sans enjeu, le match – 11-11 grâce à une égalisation d'Andreï Bykov, le fils de Slava âgé de 12 ans et rentré en fin de rencontre pour remplacer son père – a bien failli endormir un public pourtant réputé comme l'un des plus fervents de Suisse. Un peu d'émotion a enfin animé la soirée lorsque les spectateurs ont écouté dans un silence religieux Slava Bykov remercier par des mots sobres le public d'avoir répondu à son invitation. «Vous étiez déjà là en juillet 1990 lors de mon arrivée à l'aéroport de Kloten. Vous êtes toujours là, et pour toujours.» Une dernière procession des joueurs qui le portent en triomphe. Puis un dernier tour d'honneur, seul. Avant que Bykov aille cacher son émotion au vestiaire, seul.