Sept matches, sept victoires. Depuis le début du championnat de Ligue nationale A de hockey sur glace, Fribourg-Gottéron réalise un sans-faute. Cet enchaînement de résultats apparaît d’autant plus époustouflant que personne ne l’attendait de la part des hommes de l’entraîneur Gerd Zenhäusern, à qui les observateurs promettaient une saison difficile, loin du carré d’as de l’élite nationale (Davos, Lugano, Berne et Zürich). De ces quatre ogres, seul le tessinois n’a pas encore été terrassé par les Dragons: la rencontre aura lieu samedi soir à la Resega. Entretemps, Fribourg-Gottéron aura affronté Bienne, vendredi soir, à la maison. Avec un seul mot d’ordre: faire respecter aussi longtemps que possible la loi des séries.

Parfois, la victoire semble appeler la victoire. Personne ne voyait les Fribourgeois vaincre le champion de Suisse Davos, aux Grisons, lors de l’ouverture du championnat. C’est pourtant ce qui s’est passé, après prolongation, et ils n’ont pas arrêté de gagner depuis, réalisant leur meilleure entame de saison depuis des lustres. Même lors de l’exercice 2012-2013, au cours duquel ils ont atteint la finale des play-off, ils avaient déjà perdu deux fois après sept rencontres. Cette année, ils touchent à un état de grâce auquel toutes les équipes du monde, tous sports confondus, aspirent.

Dans les deux sens

Avant d’être battus par les Young Boys le 23 septembre, les footballeurs du FC Bâle avaient réussi un début de saison du même tonneau en Super League: huit journées, huit succès. Sans l’intervention bernoise, les Rhénans auraient battu tous leurs adversaires, à la suite, dès le premier des quatre tours du championnat. À une échelle différente, celle des trophées, il existe des séries plus impressionnantes encore, à l’instar de celles du FC Sion en Coupe de Suisse (treize sacres en autant de finales disputées) ou des basketteuses valaisannes d’Hélios, qui ont signé la saison dernière leur troisième triplé championnat-Coupe de Suisse-Coupe de la Ligue consécutif.

Mais ce qui est vrai dans un sens l’est aussi dans l’autre. Combien d’équipes se débattent pour «casser la spirale de l’échec», selon l’expression consacrée de l’entraîneur qui voit ses protégés enchaîner les contre-performances? Parfois, une explication rationnelle s’impose. Un recrutement peu concluant, par exemple: après une saison bouclée à la troisième place de la Bundesliga allemande, le Borussia Mönchengladbach a commencé le nouvel exercice par cinq revers. De quoi conduire l’entraîneur Lucien Favre à rendre son tablier. «J’ai le sentiment de ne plus être l’entraîneur qu’il faut pour le Borussia», expliquait-il, pour justifier sa décision. Quelques mois auparavant, il qualifiait son équipe pour la Ligue des champions. Dans d’autres cas, le cadre n’a pour ainsi dire pas bougé, mais la machine est enrayée. C’est ce qui se passe à Chelsea, où José Mourinho se gratte la tête pour trouver le moyen de relancer une équipe qui doute en Premier League (quatorzième rang après sept journées).

Retour à Fribourg. À la BCF Arena, on sait parfaitement que toutes les séries sont faites pour se terminer un jour ou l’autre. En prenant le neuvième rang final du dernier championnat, les Dragons ont manqué les play-off pour la première fois après sept participations. Un échec qui s’était dessiné dès les premières semaines de compétition. Après onze rencontres (huit défaites, trois victoires), l’entraîneur Hans Kossmann était licencié. Pas de quoi permettre de sauver une saison «indigne», selon l’un des mots choisis à l’heure du bilan par Michel Volet, vice-président du club à ce moment-là, devenu président depuis.

Dans l’inconscient

Alors, aujourd’hui, Fribourg-Gottéron savoure. «Après la saison que nous avons connue, il était très important de bien commencer, souligne Gerd Zenhäusern. Maintenant, est-ce que j’aurais parié sur le fait que nous allions gagner nos sept premières rencontres? Non, bien sûr que non.» L’entraîneur fribourgeois reconnaît que tout devient plus facile quand les victoires s’enchaînent. «Ça se passe dans l’inconscient, estime-t-il. Les joueurs ont ce sentiment de savoir comment faire pour gagner, ils ne se posent pas trop de questions et cela fonctionne. Nous avons remporté certains matches sans être la meilleure équipe pendant soixante minutes sur la glace.»

C’est la confiance. La réussite. La chance du leader, diront certains. Des facteurs insaisissables qui, en soi, ne peuvent être travaillés. «Nous, on se concentre sur la répétition des choses. On soigne les détails. Et puis cette période est aussi une opportunité pour aller au-delà de la tactique, pour toucher à la psychologie des joueurs», soutient Gerd Zenhäusern, qui voit dans les succès à répétition de son équipe les fruits d’une préparation réussie. En Ligue des champions, Fribourg-Gottéron n’a pas atteint son objectif annoncé (les seizièmes de finale), mais les matches disputés auront permis de franchir des paliers dans la construction d’un groupe considérablement renouvelé (une dizaine d’arrivées, autant de départs). De quoi permettre d’envisager sans panique la suspension de quatre matches de Julien Sprunger, même si celui qui a été sanctionné pour une charge à la tête lors du match contre le LHC est actuellement le meilleur buteur de l’équipe. «C’est un joueur important, mais nous devons miser sur la force du collectif davantage que sur des individualités», insiste l’entraîneur.

Le retour d’Andreï Bykov

Un homme incarne le retour du printemps du côté de Fribourg: Andreï Bykov. Comme le club où il a fait ses débuts en LNA en 2005-2006, l’attaquant reste sur une année noire, pourrie par une commotion cérébrale en août 2014. «Je n’ai jamais vraiment réussi à revenir, à rattraper mon retard, glisse-t-il. C’était difficile, mais je ne vais pas oublier ce passage de ma carrière de sitôt. J’ai beaucoup appris.» Aujourd’hui, il est le top-scorer fribourgeois. La saison dernière, il avait totalisé douze points en 21 parties. Il en est déjà à neuf en sept matches de championnat. «Mais honnêtement, mes statistiques personnelles m’importent moins que le fait que l’équipe aligne les victoires.»

Faciles vainqueurs de Lyss (1re ligue), mercredi, en Coupe de Suisse (3-1), les Dragons se savent de plus en plus attendus. «Tout le monde veut être l’équipe qui battra Fribourg, souffle Andreï Bykov. C’est normal.» Et un jour ou l’autre, la défaite rattrapera la troupe de Gerd Zenhäusern. Les joueurs le savent, l’entraîneur aussi. Quand on lui demande si la série de son équipe l’amène à voir au-delà de l’objectif officiel (la qualification pour les séries), il remet l’église au milieu du village. «Je ne le dis pas par fausse modestie, simplement parce que c’est la stricte réalité: aujourd’hui, nous sommes toujours une équipe en quête de qualification pour les play-off. Rien de plus. Ces sept victoires ne sont que le début d’une longue saison.»