On annonçait la foudre, le feu, une bataille d’arguments et d’avis de droit. Il n’y eut pas un nuage dans le bleu ciel bernois. Réunis pour ce qui devait être l’assemblée générale la plus extraordinaire de l’histoire de la Swiss Football League, les 20 clubs professionnels qui composent la Super League et la Challenge League se sont accordés à une très large majorité sur les deux points à l’ordre du jour.

Par 17 voix pour, deux contre et une abstention, ils ont décidé que la saison 2019-2020 devait être menée à son terme. La reprise est prévue le vendredi 19 juin. La fin des championnats interviendra le dimanche 2 août. Suivra le barrage opposant l’avant-dernier de Super League et le deuxième de Challenge League. L’exercice 2020-2021 commencera, lui, à la mi-septembre, selon une formule inchangée.

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Car par 14 voix contre, cinq pour et une abstention, les clubs ont rejeté la proposition de disputer la saison prochaine avec 12 clubs en première division et huit en deuxième (contre 10 et 10 à l’heure actuelle). Il n’y aurait pas eu d’équipe reléguée en Super League cet été, mais deux promus de Challenge League. Son leader, le Lausanne-Sport, avait élaboré ce plan pour maximiser ses chances d’ascension, y compris si les championnats ne devaient pas se terminer. D’autres clubs craignant une relégation et ses conséquences économiques s’y sont accrochés. Mais il fut au final loin de convaincre assez largement.

Tendance suisse et internationale

«La discussion a été très correcte, tout le monde était très poli, mais j’ai vite compris que ce ne serait pas aujourd’hui que j’allais convaincre les sceptiques», lance le vice-président du LS, Stefan Nellen, en sortant de la séance. A vrai dire, la reprise étant actée, le club vaudois ne tenait plus tant que ça à sa Super League à 12 équipes. Il sera quitte de valider sa promotion sur le terrain… en gérant son avance de 15 points sur Vaduz et Grasshopper.

La déception est plus forte en Valais, où le FC Sion était non seulement partisan d’une Super League à 12 qui lui aurait garanti sa place dans l’élite, mais aussi opposé à la reprise. «Déçu, oui, c’est le mot, glisse le directeur général, Marco Degennaro, qui portait la voix du club en l’absence de Christian Constantin. La formule proposée par le LS aurait pu sauver des clubs, dans la situation très compliquée que nous vivons. Je déplore un certain manque de compréhension des difficultés de certains…»

A l’unisson ou presque, les autres voix se voulaient avant tout enthousiastes au sujet d’un retour au jeu désormais imminent. La décision s’inscrit dans une tendance observée au niveau des championnats européens (la Bundesliga allemande rejoue depuis le 16 mai, la Liga espagnole reprendra le 8 juin, la Premier League anglaise le 17 juin et la Serie A italienne le 20 juin), mais aussi de la vie publique en Suisse, où le déconfinement entre dans sa phase finale.

Calendrier surchargé

Au même titre que l’arrêt des championnats s’est imposé en un éclair voilà trois mois, il est depuis quelques jours devenu difficile d’imaginer une saison définitivement interrompue, voire annulée. Même l’interdiction jusqu’à nouvel ordre des rassemblements de plus de 300 personnes par le Conseil fédéral, qui condamne les rencontres à se disputer sans public, ne semble plus rédhibitoire pour personne. Après trois mois de pause forcée, voici venu le temps de la fuite en avant.

L’exercice 2019-2020 ne se terminera pas sans heurts. De nombreuses problématiques restent en suspens, à commencer par le développement de la situation sanitaire. Que se passera-t-il à l’apparition d’une éventuelle deuxième vague, ou en cas de contamination de plusieurs joueurs?

Sur le plan sportif, il faudra gérer un calendrier qui s’annonce surchargé. La Swiss Football League promet «plusieurs semaines anglaises» pour venir à bout des compétitions d’ici au 2 août. Il faudra ensuite des dates pour le barrage, tandis que la Coupe de Suisse (qui en est à ses quarts de finale) se terminera du 5 au 12 août, selon un calendrier dévoilé ce vendredi par l’Association suisse de football. Cela pourrait représenter jusqu’à 16 matchs en cinquante-quatre jours pour le FC Bâle, qui est en outre toujours en lice en Europa League.

Xamax dans la tourmente

Il y a aussi le problème des joueurs en fin de contrat, qui représenteraient environ 30% des effectifs (dans des proportions très différentes selon les clubs). Traditionnellement, les accords (années de contrat ou prêt) courent jusqu’au 30 juin. Or la saison qui va reprendre s’achèvera plus d’un mois plus tard, et il n’existe aucun mécanisme permettant une reconduction automatique. Les clubs devront traiter au cas par cas avec leurs joueurs, sous peine de voir leur effectif s’étioler sans possibilité de se renforcer.

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Après avoir envisagé plusieurs scénarios en amont de son assemblée générale, la Swiss Football League a en effet décidé qu’elle ne qualifierait aucun nouveau joueur au sein de ses clubs, empêchant ainsi la tenue d’un mercato sauvage en vue du sprint final du championnat. Elle fait toutefois exception pour les joueurs qui ont vu leur contrat rompu en raison de la pandémie. Xavier Kouassi et Johan Djourou, licenciés récemment par le FC Sion, viennent d’ailleurs de s’engager avec Xamax, dont ils pourront défendre les couleurs dès la reprise. En revanche, le club valaisan ne pourra pas aligner Serey Die, qu’il est allé cueillir au terme de son contrat à Neuchâtel…

Avec 13 joueurs en fin de contrat, la formation neuchâteloise sait qu’elle devra encore jouer serré. «Bien sûr que cette situation nous pourrit la vie, mais nous allons faire avec, en proposant des prolongations, sans tomber dans la surenchère», réagit son propriétaire, Jean-François Collet. Il avait toutefois le sourire en quittant le parvis du Stade de Suisse. Après tout, le football s’apprête à reprendre, et c’est déjà ça.