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Fulvio Collovatti: «J’ai passé des nuits blanches où je m’imaginais tenir mon joueur 92 minutes et commettre une inattention fatale à la 93e. Le marcatore était jugé là-dessus».
© LaPresse/Gian Mattia D'Alberto

L’expert

Fulvio Collovati: «Entre le début et la fin de ma carrière, j’ai pratiqué deux métiers différents»

Champion du monde 1982 avec la Squadra Azzura, l’ancien défenseur Fulvio Collovati a vécu de l’intérieur le passage du marquage individuel à la défense en zone. Il détaille cette révolution et ses conséquences

En 1979, il formait avec Franco Baresi la très jeune charnière centrale (40 ans à eux deux) d’un AC Milan champion d’Italie. Trois ans plus tard, passé à l’Inter, il était champion du monde avec la Squadra Azzura. Devenu l’un des consultants télé les plus respectés d’Italie, Fulvio Collovati (61 ans) a reçu Le Temps à Milan pour évoquer cette révolution.

Lire aussi: Le «marcatore», ange noir du Calcio

Le Temps: Quel défenseur étiez-vous?

Fulvio Collovati: J’étais un peu atypique à mes débuts dans les années 1970: pas très rapide, élégant, à l’aise avec le ballon. J’ai dû m’adapter, car en Italie, à cette époque-là, c’était le marquage individuel, le duel, la faute «intelligente». J’ai eu des entraîneurs qui me demandaient de suivre mon adversaire jusqu’aux toilettes! J’ai donc appris durant dix ans ce métier de marcatore, en m’exerçant à des un contre un, à faire partir mon adversaire à gauche, puis à droite, à l’anticiper de telle ou telle façon; plein de petits enseignements qui n’existent plus aujourd’hui. Lorsque est arrivée la défense de zone avec Liedholm puis surtout Sacchi, tout a changé. J’ai fini ma carrière au Genoa avec Bagnoli: défense à trois, en zone. Je pense que j’ai pratiqué deux métiers différents en début et en fin de carrière.

Lequel avez-vous préféré?

Je n’aimais pas suivre mon attaquant jusque dans sa moitié de terrain ou au poteau de corner, alors je me suis bien trouvé avec la défense en zone. Mais beaucoup ont eu du mal à faire la transition, surtout dans les petits clubs. Je me souviens qu’avec le Milan, on perdait tout le temps à Avellino. Ils étaient rudes, ils donnaient des coups, nous crachaient dessus. Ils s’identifiaient à l’adversaire, ce qui devient plus abstrait quand on joue la zone, et ces joueurs médiocres ont eu plus de peine à exister. En revanche, j’aimais la responsabilité que donnait autrefois le poste. Chaque dimanche, le duel avec l’attaquant était l’exaltation du métier de défenseur. J’ai passé des nuits blanches où je m’imaginais tenir mon joueur 92 minutes et commettre une inattention fatale à la 93e. Le marcatore était jugé là-dessus. Dans le football moderne, il n’y a plus de responsabilité individuelle sur un but encaissé.

Est-ce pour cela qu’il n’y a plus de grands défenseurs italiens, comme le dit Chiellini?

Ce n’est pas propre à l’Italie et c’est bien antérieur à Guardiola. Sacchi a tout changé. Avec lui, les défenseurs ont été mis sous pression, il a fallu trouver des joueurs capables de jouer la zone et de ressortir proprement le ballon. Baresi était le prototype de ce type de défenseur, même si Rudi Kroll l’avait fait avant lui.

Des défenseurs très offensifs…

Tout le monde disait: «Baresi est un beau joueur, mais il a des limites défensives», alors que c’était tout l’inverse: c’était un excellent défenseur avant tout. Sacchi n’était pas si offensif puisqu’il n’alignait que trois joueurs offensifs qu’il obligeait à défendre. L’AC Milan de Nereo Rocco champion d’Europe en 1969, c’était peut-être le football italien poussé à l’extrême, mais il jouait avec un 10 (Rivera) et trois attaquants qui ne revenaient jamais. La défense restait très bas. Sacchi a changé ça: il a raccourci l’équipe de 20 mètres. Les défenseurs ne pouvaient plus jouer comme avant.

Comment jouait l’Italie de 1982?

Les seuls qui protégeaient l’équipe étaient Scirea en couverture, et Gentile et moi au marquage: lui sur le numéro 10 et moi sur l’avant-centre. Quand j’ai commencé à faire de la télé, mon ancien sélectionneur Bearzot me disait toujours: «Tu dois dire qu’en 82, ce n’était pas que marquage individuel», ce qui pour lui était dépréciatif. Et il avait raison, on jouait avec deux attaquants, un ailier comme Conti, un latéral offensif comme Cabrini, des milieux comme Tardelli et Antognoni qui étaient tout sauf des défensifs. C’était une Nazionale offensive, mais le marquage individuel faisait penser le contraire. 

Claudio Gentile dit que lui aurait su prendre Lionel Messi…

Moi, j’aurais eu du mal face à Messi, trop rapide. Gentile a réussi à prendre Maradona, mais il a employé la manière forte. A l’époque, les défenseurs étaient très favorisés par les règles, ce n’est plus le cas.

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