Il est comme ça, Renato. Quand la saison de hockey aura pris fin, il remettra le cap sur ses Grisons natals. Comme chaque année depuis 14 ans. Comme chaque printemps depuis cette année 1987 où il s'est exilé à Berne. Il est comme ça, «Toto» Tosio. Amoureux de ses origines et de tout ce qui va avec: les chansons traditionnelles en romanche, le «malins et catins» une spécialité... des Grisons. «C'est quelque chose comme... je ne peux pas vous expliquer. Il faut aller goûter ça là-bas.» Attaché à ses racines au point de n'avoir dépassé la capitale qu'en de rares occasions, et toujours avec le mal du pays. Pour ne pas totalement rompre avec le hockey, il jouera attaquant avec les vétérans de Coire, le club de ses débuts. Car à 36 ans, c'est décidé, Renato Tosio tirera sa révérence. Il laissera sans réponse les rappels d'un public de l'Allmend qui ne s'est jamais lassé de ses facéties. Bref, il prendra sa retraite après 14 saisons de services plus que bons et loyaux, ponctués de quatre titres de champion de Suisse (89, 91, 92, 97).

Un match parfait

En attendant, le légendaire gardien du CP Berne fait encore de la résistance. Bon patin bon œil, il a joué son 689e match de LNA jeudi contre Lugano et grandement contribué à la victoire en prolongations 3-2 (2-1 0-1 0-0 1-0) des siens en demi-finale des play-off. Devant les 16 000 spectateurs d'une Allmend conquise depuis des lustres par la bonhommie souriante de son héros, il a renvoyé du gant, de la crosse ou des jambières les attaquants luganais à leurs turpitudes, eux qui lui avaient passé un rouleau mardi (5-1 à la Resega). Avec Philippe Bozon et Chris Lindberg comme étrangers, mais privée de Flavien Conne suspendu, puis de Jan Cadieux expulsé pour une violente charge contre Ryan Savoia, l'attaque tessinoise s'est contentée d'exploiter les quelques brèches consenties par les Bernois. En guise de résistance, «Toto» a surtout multiplié les ronds autour de sa cage, histoire de ne pas prendre froid pendant une partie longtemps défensive.

L'Amérique? Beaucoup trop loin pour le gardien

Le joueur qui s'apprête à tourner la page incarne une génération de hockeyeurs qui a connu la lente professionnalisation d'un sport où les vainqueurs étaient autrefois récompensés d'une fondue. Le représentant d'une époque où l'Amérique était lointaine, malgré ses lumières et ses fastes. L'homme, à l'instar d'un Felix Hollenstein, a pourtant reçu des offres d'un peu partout, Canada et Etats-Unis compris. Mais comment envisager la vie outre-Atlantique quand trois semaines loin de chez lui sont déjà si longues?

Quatorze saisons dans le même club. On est loin de l'aventure américaine de David Aebischer, pour qui la Suisse est trop étroite pour contenir les rêves de conquête. De plus de 10 ans son cadet, le jeune portier fribourgeois incarne pour sa part la nouvelle génération pour laquelle quatre titres de champion de Suisse ne sont rien, comparés à quelques miettes d'Amérique.

Renato Tosio, loin d'avoir été l'homme du match hier, n'en a pas moins été acclamé par ses supporters. En réponse, le sémillant futur retraité les a gratifiés de quelques pitreries maison après le match. Salut l'artiste.