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Antoine Bellier, matricule 596 à l’ATP, est membre du Country Club de Genève. Espoir du tennis suisse, il attire un public venu encourager le régional du tournoi.
© Eddy Mottaz

Reportage

Le futur du tennis bataille au Country Club

A Bellevue, près de Genève, un tournoi de la catégorie Future montre la face cachée du tennis professionnel à des membres plus habitués au Central de Roland-Garros

Six Porsche, deux Maserati, une Bentley, une Jaguar. Mardi matin ordinaire sur le parking du Country Club de Bellevue, le club huppé de la rive droite. Ici se croisent Genevois fortunés, expats anglophones et stars de la raquette. Voici d’ailleurs Stan Wawrinka qui sort, serviette éponge autour du cou, son entraînement terminé. Gentiment, il pose avec deux enfants.

S’ils se rêvent en futurs vainqueurs de Grand Chelem, les deux garçons seraient bien inspirés de jeter un coup d’œil sur le fond du parking, en forme de L. D’autres véhicules y sont stationnés: une Seat fatiguée immatriculée dans la Moselle, un minibus de la fédération de tennis de Bavière et, près du practice de golf, un camping-car venu de Pologne. Mateusz Kowalczyk et Gregorz Panfil y ont passé la nuit. Il a fait froid mais le lendemain, ils ont passé le premier tour en double.

Pour la première fois, le Country Club de Genève (CCG) accueille un tournoi Future, la troisième division du tennis professionnel. «Avec le retrait de Trimbach, une place s’est libérée dans le calendrier. Swiss Tennis nous l’a proposée en juillet. Tout le club s’est mobilisé pour relever ce pari en un temps record», souligne Frédéric Bouvier, le directeur du Country Club, et donc du tournoi. «C’est important que ce genre d’épreuves existe en Suisse, nous avait glissé Stan Wawrinka. Elles permettent aux jeunes joueurs locaux de se confronter au haut niveau.»

Au bar très cosy du club, canapé beige et musique lounge, les membres connaissent souvent bien mieux le central de Roland-Garros que le Future d’Oberentfelden. Ils ont vu le mois dernier à la télévision Roger Federer remporter l’Open d’Australie, 2000 points ATP et 3,5 millions de francs. Ils verront peut-être samedi à travers la baie vitrée le vainqueur du CCG Open empocher 18 points ATP et 3500 francs.

C’est l’autre réalité du tennis mondial. Le Néerlandais David Pel, 904e mondial, est venu à pied depuis la gare de Genthod avec sa valise et son sac siglé RF. Dans la grande halle, entièrement dédiée au tournoi, on joue mentalement au jeu des sept erreurs. Il n’y pas de ramasseurs de balles à qui tendre sa serviette, et même pas de ramasseurs de balles du tout. Deux juges de ligne seulement. Pas de hawk-eye pour contester les points. Pas de limite de temps pour servir, parce que l’on passe parfois plus de temps à aller chercher les balles qu’à jouer le point.

«C’est top»

Et encore, ici c’est du haut de gamme. Le prize-money est plutôt élevé (25 000 dollars), l’organisation propose un coin repas, un espace de repos, un fitness, des navettes de bus. «C’est top», indique du pouce un joueur. Pas de luxe ostentatoire dans les réchauds du players' lounge: riz, pâtes, thon vapeur, poulet grillé salade de fruits. «L’ITF nous fournit une liste détaillée, explique Fred Bouvier. Les pizzas sont interdites.»

Veste militaire et casquette de hockey, Marc Rosset est venu promener son regard expert. Un entraîneur italien hésite à l’aborder. «Tu te souviens de moi? On a joué l’un contre l’autre à Tachkent. C’était il y a longtemps…» Il s’en souvient alors que, derrière eux, un duel entre deux Allemands se termine par une poignée de main chaleureuse. Chacun joue sa carte à fond mais l’ambiance, entre ces garçons en compétition les uns avec les autres, est assez fraternelle.

Les deux joueurs suivants arrivent sans cérémonial. L’Allemand Marvin Netuschil (358e mondial) semble apprécier de voir un peu de public. Ils sont venus pour son adversaire, le régional de l’étape Antoine Bellier. Matricule 596 à l’ATP, cet espoir du tennis suisse a hérité d’une invitation, comme Johan Nikles, Simeon Rossier et Marc-Andrea Husler.

Membre du Country Club, Antoine Bellier a l’avantage, contrairement à la plupart de ses concurrents, de connaître la surface, une étonnante moquette que l’on dirait maillée au crochet. Ce n’est pas très esthétique mais ça fuse et les habitués peuvent s’évaluer en comparaison. «C’est autre chose…», siffle, admiratif, un membre du club.

La veille au soir, Antoine Bellier a passé le premier tour en double associé à… son coach Grégoire Burquier. Classé 167e à l’ATP en 2011, cet Annécien a stoppé sa carrière en 2015. «En double, je m’en sors encore», estime-t-il. Il est aujourd’hui professeur au Country Club, et coach à temps partiel de Bellier. Venu sur le tard sur le circuit (il finissait un Master de psychologie du sport), il l’a vu évoluer. «Tout le monde est sérieux, déterminé. A l’Open d’Australie, presque tous les demi-finalistes avaient 30 ans ou plus. Vu d’en bas, on se dit que ça laisse plus de temps pour y arriver. La difficulté, c’est qu’il faut se donner à fond et en même temps jouer relâché.»

Ancien sparing de Federer

La paire Bellier/Burquier a sorti les têtes de série 1 et 2 du tableau de simple, les Français Jonathan Eysseric et Grégoire Barrère. Le premier est un ancien numéro 1 mondial junior, ancien sparing de Federer, qui n’a jamais confirmé par la suite. Grégoire Barrère, lui, a disputé le premier tour à Roland-Garros en 2016. «Après cette expérience, j’ai eu une bonne période puis un contrecoup, explique ce Parisien venu de Montpellier en voiture. Je suis redescendu en Future pour enchaîner des matchs et regagner de la confiance.»

En fin de journée, Antoine Bellier manque une balle de match. Il concède son service puis le tie-break. Mené 2-5, il remonte, se procure deux nouvelles balles de match, les rate et perd le match. Tête basse, il quitte le court, son court, malgré les applaudissements d’une bonne centaine de spectateurs, des membres du club pour la plupart. La greffe a pris, c’est déjà une première victoire.

Sur le court voisin, Grégoire Barrere bat le Zimbabwéen Takanyi Garanganga. Le Français retrouve son compère Jonathan Eysseric et continue de taper des balles. Arrivé de Budapest, Garanganga pense s’inscrire à Bergame la semaine prochaine. «Genève est une belle ville mais cette étape m’aura coûté pas mal d’argent», explique-t-il. Basé une partie de l’année à Amsterdam, il ne s’est pas encore lassé de cette vie faite de voyages, d’hôtels et d’économies de bouts de chandelles. «La vie de joueur de tennis, c’est du fine tuning, beaucoup de petits problèmes à résoudre, de solutions à trouver sur et dehors du court. On apprend tous les jours.»

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