Au suivant... La valse des entraîneurs se poursuit à un rythme effréné sur le banc du FC Sion. Après le démissionnaire Nestor Clausen, l'intérimaire Christophe Moulin et Marco Schällibaum, éjecté au bout de quarante-six jours de fonction, les joueurs valaisans ont fait connaissance hier après-midi avec leur quatrième mentor de la saison. Il s'appelle Pierre-Albert Chapuisat.

Le Vaudois de 58 ans, affublé du titre officieux de plus grand grognard du foot romand, reçoit enfin l'opportunité d'exercer au plus haut niveau. Sa collaboration avec le président Christian Constantin, peu réputé pour son sens du compromis, s'annonce explosive. «Ce que donnera le cocktail? Si on gagne, tout ira bien», résume le boss. Premiers éléments de réponse devant le FC Thoune, ce dimanche à Tourbillon.

Inimitable «CC». On ne saura jamais exactement ce que l'architecte ressent au moment d'actionner la trappe à coaches. Toujours est-il qu'à l'heure de commenter ses choix, la gouaille ne lui fait pas défaut: «Dans l'idéal absolu, j'aurais aimé commencer et finir la saison avec le même entraîneur, être champion les doigts dans le nez», assure-t-il. «Mais c'est le toto-mat qui décide et je suis obligé de m'adapter. Tu ne peux pas faire avancer un train avec une locomotive en panne. Et comme je ne pouvais pas me défaire de tous les wagons... Ce genre de situation est toujours difficile d'un point de vue moral, mais la vie continue.»

Bref, au suivant. Marco Schällibaum, qui a récemment déclaré à Blick avoir «des pommes pourries au sein de son groupe», a-t-il été victime d'une cabale? «Le président a pris sa décision et ce n'est pas le moment de foutre la merde», esquive l'intéressé. «Lorsque nous avons parlé hier [lundi], je lui ai demandé certaines choses qu'il n'a pas voulu m'accorder, c'est tout. Les résultats n'ont pas suivi (deux victoires, un match nul, trois défaites), j'assume mes responsabilités.» Les joueurs, qui ont réclamé la tête de l'entraîneur auprès du patron, ont donc obtenu gain de cause. Refrain habituel, issue classique.

Classique, la cohabitation entre le coach «Gabet» et le président «Tintin» ne saurait l'être. Alliance entre la poudre et le feu, le duo fera forcément des étincelles. Reste à en connaître la nature. L'employeur affiche son optimisme: «Avec sa notoriété, sa maturité et son profil de compétiteur, Gabet sera capable de gérer un groupe composé de nombreux internationaux et de remettre l'équipe en place sur le plan tactique.» L'employé a d'ores et déjà saisi l'essence de sa mission: «Je connais les ambitions du président et je n'ai qu'une stratégie: les satisfaire. Le challenge est clair, il n'y a pas de lézard.»

Chapuisat père a été engagé jusqu'au terme de la saison, avec une option sur la suivante en cas de qualification européenne. Réunis lundi soir dans la chaleureuse intimité d'un carnotzet, les deux hommes sont - pour l'instant - sur la même longueur d'ondes. Le Vaudois résume ainsi la teneur de l'échange: «Une minute pour régler les modalités, trois heures pour parler de foot, d'anecdotes en souvenirs cocasses.»

Pierre-Albert Chapuisat, qui a dirigé hier après-midi son premier entraînement à la tête d'une équipe «scindée et secouée par ses récents mauvais résultats», ne dissimule pas la joie procurée par cette nomination. Prétérité sur le plan professionnel par une propension irrépressible à ne pas fermer sa bouche, «Gabet» reçoit, sur le tard, la première grande chance de sa carrière. «Je n'ai pas de revanche à prendre, c'est mon destin», lâche-t-il sans la moindre aigreur. «J'ai toujours été jugé avec sévérité. En tant que joueur déjà, on m'a collé des étiquettes et des casseroles. Personne ne m'a jamais fait de cadeau. Maintenant que je reçois cette opportunité, croyez-moi, je vais tout faire pour la saisir. Même si tout le monde est persuadé que je serai la prochaine victime du président Constantin, je suis là pour avoir du succès.»

Voici le décor planté, les acteurs parés. Reste à découvrir la trame future d'un feuilleton qui ne s'annonce pas piqué des roses. «J'aurai les coudées franches», se persuade Pierre-Albert Chapuisat. «Et si ça ne va pas, on se séparera. C'est comme dans un couple.» Autant dire que rien n'est garanti.