Football

Gagner 2-0 à la maison, le retour du grand soir

Obligé de battre Séville par deux buts d’écart mercredi en Ligue des Champions, Lyon se replonge dans l’ambiance enivrante des soirées européennes à l’ancienne

Il y avait au programme un somptueux Real Madrid-Borussia Dortmund et un intéressant Porto-Leicester mais le service des sports de la RTS n’a pas hésité très longtemps. «Le» match qu’il faut diffuser – et donc regarder – ce mercredi soir à la télévision (coup d’envoi 20h45 sur RTSDeux), c’est Lyon-Séville. S’il veut se qualifier pour les huitièmes de finale, l’Olympique Lyonnais doit gagner par deux buts d’écart. Tout autre résultat qualifiera le FC Séville.

«Tout Lyon attend ça», titrait mardi L’Equipe en une. Le club rhodanien a une occasion unique, de se qualifier pour la suite de la compétition on l’a déjà dit, mais aussi et surtout de vivre enfin un grand soir européen comme l’AS Saint-Etienne. Quarante ans que le voisin stéphanois gère l’héritage de l’épopée des Verts; des défaites à l’aller effacées, balayées, par des retours de flammes à Geoffroy-Guichard: 5-1 contre Hadjuk Split, 6-0 contre PSV Eindhoven, 3-0 contre Dynamo Kiev. Saint-Etienne y a gagné l’amour du public français quand les sept titres consécutifs de champion de France de l’OL ne lui ont apporté que le respect.

Idéal footballistique

Ce Lyon-Séville répond à tous les canons classiques de la perfection footballistique. Point 1: le match a lieu un mercredi soir. Pas un mardi, un jeudi ou même un mercredi 19h; le mercredi soir est le soir de la Coupe d’Europe. Point 2: le match est télévisé mais il aurait pu ne pas l’être. Cette notion est importante car l’incertitude fait croître un sentiment de désir et d’angoisse entremêlés. Dans les années 80, lorsque le stade était rempli, le président du club autorisait les caméras, mais il avait le pouvoir d’occulter la région d’origine.

Point 3: les deux équipes n’ont pas joué en Coupe d’Europe depuis deux semaines. C’est bien pour le spectateur, qui a le temps de laisser l’affiche infuser dans son esprit. C’est bien aussi pour l’entraîneur, qui a le temps de préparer son affaire. Aujourd’hui, il y a parfois seulement six jours entre le match aller et le match retour: trop peu pour récupérer des blessés, retrouver un état de forme et inverser un rapport de force. Point 4: 2-0 est le score parfait. Il implique de gagner, donc de jouer de manière offensive, mais il ne tolère pas l’erreur. Il y a un risque, un danger qui se rappellera aux supporters à chaque contre-attaque de l’adversaire.

L’espoir d’un soir

Point 5: l’ambiance dans le stade sera très chaude. Le magnifique Parc OL affichera complet et la configuration de ses tribunes très proches de la pelouse projettera un véritable mur humain au-dessus des joueurs. Rien à voir avec l’ambiance aseptisée des arènes à pop corn modernes.

Point 6: les statistiques, surtout récentes, n’accordent que peu d’espoir à Lyon, ce qui ne fait que rehausser la portée d’un éventuel exploit, et donc la valeur du match. Aujourd’hui, les renversements de situation sont devenus plus rares qu’à l’époque de Saint-Etienne. Il en reste, comme le Real Madrid en début d’année contre Wolfsburg, ou Young Boys cet été contre Chakhtar Donetsk. Mais la formule championnat a tué l’esprit de la Coupe d’Europe. C’était le but: réduire l’incertitude, minimiser les risques d’élimination surprise.

La phase de poule n’est pas seule en cause. Les équipes se connaissent désormais parfaitement, les effectifs se sont mondialisés, il n’y a plus de spécificités locales, ni de pelouses pourries, ni de voyages interminables, ni de vestiaires surchauffés ou empestant le chlore. Les superviseurs de l’UEFA veillent et surveillent les arbitres. Un PSG ne peut plus se faire éliminer par Waterschei mais un Lyon peut encore rêver battre Séville.

Publicité