Comme à Belgrade la semaine dernière, l'ambiance au sein de l'équipe suisse de football est bonne. L'entraînement de mardi matin, à Zürichberg, se déroule dans une ambiance détendue. Au bord du terrain, le sélectionneur Enzo Trossero discute avec son assistant Daniel Mario Romeo. Ce soir (20h15), l'Argentin cédera même sa place sur le banc du Hardturm à son compatriote puisque la Commission de discipline de la FIFA (Fédération internationale de football) l'a suspendu pour un match suite à son expulsion, samedi dernier. «Ce n'est pas un problème, commente Enzo Trossero. Je connais bien Romeo et je serai juste derrière lui dans les tribunes.»

Après le match nul contre la Yougoslavie (1-1), la cinquième rencontre qualificative à la Coupe du monde de 2002, face au Luxembourg, revêt une grande importance pour la Suisse. Pour que le voyage en Asie demeure d'actualité, un seul verbe: gagner. Enzo Trossero, qui se contentait volontiers d'un point à Belgrade, le sait. «Le match nul de samedi ne sert à rien si nous ne gagnons pas mercredi. Pour garder des chances d'aller au Mondial, seule la victoire est un bon résultat», dit-il. Rappelons que le premier du groupe est directement qualifié pour la phase finale au Japon et en Corée du Sud, alors que le second disputera un match de barrage contre le deuxième d'un autre groupe. Dans ce contexte, la rencontre Slovénie-Yougoslavie, agendée également à ce mercredi soir, revêt un intérêt particulier. «Un match nul serait le résultat idéal, déclare Enzo Trossero. Car les points égarés en route se payeront au moment du décompte final.»

Le Luxembourg, dernier du groupe avec quatre défaites en autant de matchs, a perdu samedi dernier à domicile face aux îles Féroé (0-2). Une défaite qui a mis dans une position inconfortable le sélectionneur Paul Philipp, à la tête pourtant de la sélection nationale depuis 1985. L'équipe ne pointe qu'au 142e rang du dernier classement FIFA (la Suisse est 60e), un rang de mieux seulement que le… Bangladesh. Malgré l'insigne faiblesse de l'adversaire, Enzo Trossero prêche la prudence: «Le Luxembourg est solide derrière avec beaucoup de défenseurs et de milieux de terrain. Il faudra demeurer attentif, même si notre adversaire ne compte aucun point au classement.» Appréciation identique de l'expérimenté gardien Marco Pascolo: «J'espère qu'il n'y aura aucun excès de confiance. Ce serait une grosse erreur de croire que l'on peut gagner facilement.»

Quelles consignes Trossero donne-t-il? «Il est nécessaire d'attaquer dès la première minute pour essayer de faire la différence le plus vite possible. Il faudra mettre les Luxembourgeois sous pression en permanence. Par rapport à samedi, nous devons garder la même concentration et la même organisation, mais jouer plus haut sur le terrain», répond le sélectionneur. Par rapport au match face à la Yougoslavie, le «gaucho» n'a effectué qu'un seul changement dans son onze de départ. Au côté de Stéphane Chapuisat, il a préféré Alexander Frei – titulaire pour la première fois – à Hakan Yakin.

Explications du sélectionneur: «L'équipe doit s'imposer et Frei est davantage un attaquant que Yakin. Il est également plus puissant et vif. Nous devons profiter de sa vitesse. Je crois que c'est le bon moment pour lui donner sa chance.» Le Servettien s'est toujours livré à fond à l'entraînement depuis le début du stage de l'équipe nationale, il y a dix jours. Il a fini par gagner les galons de titulaire et la confiance du sélectionneur. A 22 ans, il s'exprime déjà comme un vieux briscard: «Concentration et patience. Il faudra savoir attendre. Ce n'est pas grave si le but tombe à la 80e minute. Je suis convaincu que nous allons gagner.»

Si l'équipe d'Enzo Trossero a montré des qualités de cœur et une cohésion défensive samedi dernier à Belgrade, elle doit maintenant imposer son jeu. Au-delà de la victoire – que tout le monde attend et qui serait finalement logique –, ce match doit apporter la réponse à plusieurs interrogations. Après le renoncement de Kubilay Türkyilmaz à jouer en équipe de Suisse, il y a pénurie d'attaquants de valeur internationale. Stéphane Chapuisat ne pourra pas éternellement faire office de sauveur de la patrie. En pleine forme avec son club dans le tour final pour le titre, Alexander Frei a-t-il l'envergure d'un grand attaquant? Les joueurs du milieu de terrain – de Lombardo à Lonfat en passant par Vogel et Fournier – ont montré leur force tactique et défensive à Belgrade. Seront-ils aussi présents dans la construction? Prendront-ils le jeu en main? Les supporters peuvent compter sur une équipe solidaire, soudée en défense, ils attendent de voir des progrès à la construction et à la finition. Ce n'est pas le moindre des défis.