La stratégie du général Krueger était, une fois de plus, assez limpide: tenir son os – le 0-0, donc – le plus longtemps possible, exaspérer le bouledogue américain et lui planter les crocs dans le mollet à la première occasion. Même si le troisième volet du plan n’a jamais été concrétisé, la tactique a tenu 42 minutes et 8 secondes exactement; jusqu’à ce qu’un puck dévié par Zach Parise, retombé en cloche devant Jonas Hiller, ne sonne le glas pour une équipe de Suisse alors en infériorité numérique. Après une valeureuse résistance puis un ultime baroud, la Nati encaisse un deuxième goal dans son but vide, laisse filer les Etats-Unis en demi-finale et quitte Vancouver en n’étant pas passée loin de l’exploit.

Il n’y aura donc pas eu d’ultime coup d’éclat dans la carrière de Ralph Krueger à la tête de l’équipe de Suisse – 13 ans de service et 298 matches au compteur avec celui d’hier. On peut le déplorer en se disant qu’avec un peu plus de réussite – poteau de Sandy Jeannin à la 44e minute –, les blanc et rouge auraient pu infliger le parfait croche-patte à l’ogre américain. Mais l’honnêteté, et les statistiques (32 tirs à 8 pour les USA), obligent à reconnaître que la décision aurait aussi pu tomber plus tôt; et qu’au final, le tableau d’affichage ne reflète pas tout à fait la différence de niveau entre les deux contradicteurs.

Jumelée avec un bunker, la Suisse a opposé ses valeurs aux vedettes américaines: rigueur défensive, abnégation totale, science de l’empêchement de jouer en rond. Et la chance a longtemps fait le reste, comme sur ce puck que Jonas Hiller a propulsé dans ses propres filets... 1 dixième de seconde après la deuxième sirène eut retenti. La prestation par ailleurs remarquable du gardien appenzellois des Ducks d’Anaheim illustre à quel point les Helvètes ont subi la rencontre, à mi-chemin entre Morgarten et Fort Alamo.

«Il s’agit d’une grande déception mais on a tout donné, et je pense qu’on peut quand même sortir la tête haute de ce tournoi», déclarait Sandy Jeannin, attaquant et pilier suisse. «On a été dedans jusqu’à la dernière minute. C’est sûr qu’il y a une frustration qui s’installe à force de tutoyer les exploits sans les réaliser. Mais j’ai l’impression qu’on continue à grappiller du terrain sur les meilleurs.»

Telle est la conclusion de ce tournoi olympique et de la longue ère du général Krueger. «C’est vrai que c’est la fin de beaucoup de choses aujourd’hui [mercredi]», poursuit le Neuchâtelois. «C’était une longue aventure avec Ralph, une longue histoire avec des hauts et des bas. C’était le dernier chapitre de ce livre et il était bon, avec une place dans les huit meilleures équipes, qui est honorable pour un pays comme la Suisse je crois.»