Tennis

Garbiñe Muguruza, une classe à part

A Roland-Garros, la tenante du titre poursuit sa route. L’Espagnole de Genève milite pour une plus grande reconnaissance du tennis féminin. Ses résultats et sa personnalité peuvent y contribuer

A force de répéter que ce tournoi féminin de Roland-Garros est décapité, qu’il n’a pas de favorites, que les têtes de gondole font défaut, on en oublie que la tenante du titre est toujours là. Garbiñe Muguruza, pour vous servir. L’Espagnole (23 ans) s’est qualifiée vendredi pour les huitièmes de finale en dominant la jeune Kazakhe Yulia Putintseva (7-5 6-2) sur le Central.

Née à Caracas d’un père basque et d’une mère vénézuélienne, arrivée à 6 ans à Barcelone où elle s’est formée à l’académie de l’ancien champion Sergi Bruguera, Garbiñe Muguruza habite à Genève et s’est mise à l’apprentissage du français. Elle pourra bientôt lire Le Temps, puisqu’elle souscrit à la thèse que nous développons depuis le début de ce Roland-Garros, à savoir que le tennis féminin est intéressant pour peu que l’on veuille bien s’y intéresser. A Rome, le mois dernier, elle avait déjà regretté face aux premiers concernés que «les médias ne s’attachent qu’à Serena [Williams] et Maria [Sharapova]. Le tennis féminin est riche de beaucoup d’autres stars, les gens ont juste besoin d’apprendre à les connaître.»

Réponses parfaitement calibrées

C’est aujourd’hui son tour, parce qu’il faut commencer à parler de celles qui peuvent réellement gagner le tournoi et parce que cela fait un petit moment que l’on observe cette grande brune se détacher du lot. Intelligente, simple, visiblement bien dans sa peau, s’exprimant parfaitement en anglais, elle propose au fil de ses interviews d’après-match des citations pleines de bon sens, souvent empreintes d’humour, que l’on suppose absolument sincères mais qui sont toujours parfaitement calibrées: trois phrases en moyenne par réponse, avec juste ce qu’il faut de détails et d’intimité pour capter l’attention sans se mettre à nu.

Sur le court, Garbiñe Muguruza maîtrise un petit peu moins bien. Trois jeux de service perdus dans la première manche (qu’elle a pourtant remportée!). Elle manque encore un peu de confiance, ce qui, dit-elle, «ne vient pas comme ça» mais «se mérite». Elle y travaille. Avant que chaque point ne soit joué, elle avance résolue du fond du court vers la ligne de service. En retour, elle frotte ses semelles sur l’ocre parisien comme un taureau andalou le sable de l’arène.

De l’autre côté du filet, Yulia Putintseva ne manque ni de pep ni de référence. Quart-de-finaliste l’an dernier (après avoir sorti Venus Williams), elle est elle aussi tête de série (numéro 27). C’est «Davaï!» contre «¡Vamos!», le combat des deux écoles du tennis féminin, la Latine contre celle de l’Est, avec des physiques inversés (Muguruza est grande et longiligne, Putintseva plus trapue).

Ambiance de cocktail

Le match ouvre la journée, ce que Garbiñe Muguruza apprécie généralement. «On sait précisément quand on va jouer. Pour se préparer, c’est plus facile.» Le début de rencontre est pourtant étrange, avec des renversements de situation qui tiennent plus du spasme que du rebondissement. Les deux joueuses perdent sept fois leur mise en jeu. A leur décharge, il faut dire que tout autour d’elles est instable: le ciel, laiteux puis ensoleillé puis couvert; le vent; le public, encore clairsemé, et l’attention distraite qu’il porte à ce premier match de la journée. Il flotte dans l’air comme une ambiance de cocktail, quand personne n’écoute les discours, et d’ailleurs c’est bientôt l’heure de passer à table pour les spectateurs VIP reconnaissables à leurs chapeaux (les populos portent des casquettes).

De 5-5 à 7-5 3-0, Garbiñe Muguruza enchaîne cinq jeux d’affilée. Elle joue dans le terrain, appuis sur son revers, ne laisse pas son adversaire diriger l’échange. «Je savais qu’il fallait que je maîtrise le rythme, que je dicte le jeu, et j’ai réussi», dira-t-elle. Elle semble lancée mais Putintseva ne renonce pas. La Kazakhe comprend le parti qu’elle peut tirer de son habileté à l’amorti. Longtemps considéré comme un coup par défaut, la pirouette de celui (ou celle) qui n’a plus de repartie, l’amorti bien exécuté constitue une triple peine pour l’adversaire: il l’humilie, le fatigue et lui fait perdre ses repères.

Savoir conclure, sans trembler

Il manque sans doute à Putintseva de mieux tenir ses nerfs, et sa raquette, qu’elle balance à la moindre contrariété (une volée dans le filet, un smash de fond de court perturbé par un plot publicitaire, un long échange remporté par sa rivale). Muguruza serre le jeu et tient son service (4-2). Les grandes championnes, même dans un jour moyen, savent quand il faut conclure. L’Espagnole force, réussit un nouveau break décisif et termine sans trembler, plaçant lors de son dernier jeu de service ses deux seuls aces du match.

Dimanche en huitième de finale, Garbiñe Muguruza affrontera la Française Kiki Mladenovic, qui s’est encore fait peur mais a fini par écarter l’Américaine Shelby Rogers (5-7 6-4 8-6). «Elle est talentueuse, en confiance et joue à domicile. Ce sera difficile.» Un match qui devrait réveiller les ardeurs du Central et booster l’intérêt pour le tennis féminin.


Nadal facile, Djokovic fébrile

Appelés à se retrouver en demi-finale, Rafael Nadal et Novak Djokovic se sont succédé vendredi sur le Central de Roland-Garros. La comparaison n’a guère été flatteuse pour le Serbe, qui a dû aller à la limite des cinq sets pour se défaire de l’Argentin Diego Schwartzman (5-7 6-3 3-6 6-1 6-1). Malgré le soutien d’Andre Agassi, Djokovic a paru souvent emprunté, brouillon et même nerveux. Diego Schwartzmann est certes un bon joueur de terre battue mais Novak Djokovic est tout de même tenant du titre à Paris. C’était il y a un an, qui semble un siècle aujourd’hui.

Rafael Nadal n’a eu besoin, lui, que de 90 minutes pour battre le Géorgien Nikoloz Basilashvili (6-0 6-1 6-0). Une raclée que Basilashvili, tout de même 63e mondial, a qualifiée d’«embarrassante». Nadal a eu jusqu’ici trois matchs très faciles. Trop faciles? «Je ne sais pas si c’était une bonne préparation, mais c’était un bon match. Pour la suite, on verra. Laissez-moi profiter de ce que j’ai fait aujourd’hui et de mon anniversaire demain.» Le nonuple vainqueur fête ses 31 ans samedi.

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