Hatem Ben Arfa, Kevin Gameiro, Alexandre Lacazette. Ce trio d’attaque ferait le bonheur de la plupart des équipes qualifiées pour l’Euro, mais Didier Deschamps n’a fait appel à aucun des trois joueurs. Entre, au moins, neuf attaquants de niveau international, les Bleus ont l’embarras du choix. De quoi rendre jaloux une équipe de Suisse largement moins fournie en la matière. Mais la Nati a aussi son propre problème de riche. Au poste de gardien de but.

Numéro 1: Yann Sommer. Le portier du Borussia Mönchengladbach, bien formé au FC Bâle, respire la sérénité et le calme. Avec son look de gendre idéal et sa conversation agréable, c’est même «un mec bien avant d’être un bon footballeur», estime l’entraîneur des gardiens de la Nati Patrick Foletti. Numéro 2: Roman Bürki. Titulaire dans la cage du Borussia Dortmund, style spectaculaire, gueule, carrure et tatouages de star. Numéro 3: Marwin Hitz. Dernier rempart du FC Augsburg, connu pour son talent comme pour différents faits divers (un but marqué et un «sabotage» de point de penalty en 2015). Les trois gardiens de la Nati comptent parmi les plus en vue d’un des meilleurs championnats du monde, la Bundesliga, et Vladimir Petkovic n’aurait à rougir d’aucun d’entre eux lors de l’Euro.

La relève est assurée

Et la liste des bons gardiens suisses en activité ne s’arrête pas à ceux qu’il a emmenés en France. Diego Benaglio a pris sa retraite internationale après le Mondial 2014, mais à 32 ans, il est toujours titulaire à Wolfsburg. Et puis il y a les jeunes qui montent. Yvon Mvogo (22 ans, Young Boys), quatrième choix de Vladimir Petkovic, a participé à la première semaine de préparation de la Nati en vue de l’Euro. Mirko Salvi (22 ans) a lui fait ses premiers pas en Super League ce printemps dans la cage de Lugano. Le Vaudois suit un cursus qui rappelle celui de Yann Sommer. Comme lui, il a été formé au FC Bâle avant d’aller s’aguerrir ailleurs en prêt; comme lui, il espère un jour s’imposer au Parc Saint-Jacques.

La relève est donc assurée, mais la tradition ne date pas d’hier. La cage helvétique a souvent été défendue par des portiers de premier plan. Dans les années 50, l’Atlético Madrid avait proposé 1 million de pesetas pour faire venir Eugène Parlier. Erich Burgener faisait aussi l’unanimité entre le LS, Servette et la Nati (64 sélections entre 1973 et 1986). «Et puis il y a bien sûr Marco Pascolo, souffle Thierry Barnerat, instructeur à l’Association suisse de football et à la FIFA. Sans doute le plus fort mentalement, le plus complet. Ses performances ont été décisives pour la qualification de la Suisse à la World Cup 94.»

Comme pour les montres et le chocolat, le «swiss made» est gage de qualité pour les gardiens. Mais pourquoi? Thierry Barnerat refuse de jouer les historiens, mais est convaincu que le football suisse fait tout juste pour perpétuer le prestige du label. «Depuis six ou sept ans, l’ASF est en avance sur pas mal de nations au niveau de la formation des gardiens, assure-t-il. Nous avons développé une philosophie de jeu, basée sur l’idée d’amener quelque chose au bloc défensif, et une philosophie technique, en décomposant et en enseignant chaque geste de la même manière à tout le monde. En plus, nous centrons notre travail sur les situations de jeu, nous préparons vraiment les gardiens aux matches.»

Au top pour l’Euro

Avec le Genevois (qui a joué au foot mais jamais au but), l’entraîneur des gardiens de la Nati Patrick Foletti est une des pierres angulaires du système. «C’est un entraîneur qui va loin dans le détail, qui amène de nouvelles technologies et qui entretient un suivi continu avec les portiers de la Nati», assure Thierry Barnerat. Mercredi, lors de la conférence de presse «spéciale gardiens» organisée à Montpellier, l’ancien dernier rempart de Grasshopper avait pourtant plutôt tendance à se mettre en retrait. «Nous ne voyons pas beaucoup les joueurs en sélection. Le travail technique et tactique se fait pour l’essentiel en club. Nous, nous nous concentrons sur les aspects physique et mental», glissait-il. Mais son rôle est pourtant primordial. L’enjeu: amener les gardiens au top pour le début de l’Euro. Ce que la Suisse a presque toujours réussi à faire. «Diego Benaglio a par exemple toujours été bon avec la Nati, car le travail était bien fait en amont», estime Thierry Barnerat.

«La Suisse a souvent pu compter sur des gardiens talentueux, a confirmé mercredi Patrick Foletti. Les trois d’aujourd’hui s’inscrivent dans la tradition.» Un vrai brelan d’as, avec une carte encore plus brillante que les deux autres, car l’identité du titulaire ne fait pas débat depuis deux ans. «Yann Sommer s’appuie sur une technique très juste, d’énormes qualités de prise d’information et des jambes incroyablement explosives», décrit Thierry Barnerat. De là à faire du portier de la Nati l’un des meilleurs du monde? «Il est dans le top 5, répond l’expert. Il faut le dire haut et fort. Rester humble, mais dire qu’il est bon. Comme Roger Federer, comme Lara Gut.»