«The O2 Arena» porte parfaitement son nom. Pointant fièrement ses antennes dans la grisaille du ciel londonien, l’élégant stade a tout d’une arène. Ce temple ovale – salle de concerts la plus active et la plus rentable au monde en 2008 et 2009 – a été imaginé pour le show. Ici, les joueurs font leur entrée sur le court tels des rock stars sur scène, dans la nuit, sur l’air de «London Calling» des Clash et sous les applaudissements et les cris de 17 500 spectateurs.

Le Masters de Londres, c’est l’antithèse de Wimbledon. Ici, on est loin du blanc et des traditions immuables avec un spectacle haut en couleur fait de sons et lumières dont l’atmosphère, selon Andy Murray, est davantage comparable à celle «d’un concert ou d’un match de basket» que celle d’une rencontre de tennis dans l’ambiance feutrée du centre court du All England Lawn Tennis Club.

Andy Murray, justement, a eu l’honneur de jouer les premières notes dimanche après-midi dans l’antre de «The O2». Trois jours après avoir échangé quelques balles avec le premier ministre David Cameron dans la salle à manger du 10 Downing Street sous le regard amusé des sept autres qualifiés, l’Ecossais a fait une entrée sur scène remarquée dans ce sélect tournoi. Balayant de son service efficace et d’une défense remarquable un Robin Söderling vacillant. Le Viking s’est incliné sur le score de 6-2 6-4.

Murray s’attendait pourtant à un bras de fer plus coriace face à celui qui vient de lui chiper la quatrième place du classement ATP. Le Suédois, de plus en plus régulier, est l’un des hommes forts de cette fin de saison. Il a débarqué au bord de la Tamise le poitrail gonflé par sa victoire, il y a une semaine, à Paris Bercy. Ce titre a logiquement boosté sa confiance, mais pas son organisme. Victime de maux d’estomac depuis qu’il a traversé la Manche, Söderling a avoué payer physiquement ses récents efforts (demi-finale à Valence la semaine précédant Bercy): «Je n’ai pas bien servi. C’est comme si je n’étais pas vraiment là aujourd’hui. Ces deux dernières semaines ont été intenses. J’ai joué beaucoup de matches. Mes problèmes d’estomac sont résolus, mais c’était difficile. Andy a très bien joué, passant beaucoup de premières balles et défendant vraiment bien. J’ai pourtant joué de manière agressive, mais il était juste trop fort.»

Si fort et si à l’aise qu’il est allé jusqu’à rigoler devant son public au micro de Sky Sports lors de l’interview d’après match sur le court, lui Andy Murray le taciturne. Au point de surprendre son interlocuteur Mark Petchey, ancien joueur britannique, désormais consultant pour la chaîne sportive. «C’est vrai que je suis excité aujourd’hui», a admis Murray en réponse à la plaisanterie de celui qui est aussi l’un de ses anciens coaches. «C’est important de bien démarrer cette compétition.» Conscient de l’importance d’avoir remporté ce premier match de poule en deux sets et en ne laissant que six jeux à son adversaire. L’an dernier, malgré deux victoires, il n’avait pas été qualifié pour les demi-finales. Le nombre de sets et de jeux perdus en chemin avait penché en faveur de Juan Martin Del Potro dans les savants calculs servant à les départager. «Cela s’était joué à un jeu. Je ne pense pas qu’une telle situation puisse se reproduire cette année, mais c’est bien de ne pas perdre de set», reconnaît le numéro 5 mondial. «Je suis surtout très satisfait tactiquement de mon match. J’ai réussi à jouer intelligemment face à Robin. Dans ce tournoi, il est important d’adapter sa tactique à son adversaire.»

Murray l’Ecossais a envie de prouver qu’il se sent enfin chez lui dans la capitale anglaise après sa déconvenue de l’an dernier au Masters et sa déception cet été à Wimbledon. L’appétit londonien du Britannique est d’autant plus grand que le Masters, sorte de cinquième levée du grand chelem, est un tournoi généreux en points. Seulement cinquante de moins que dans les quatre tournois majeurs. Murray peut, en fonction de ses résultats, rester à la 5e place, récupérer la 4 ou grimper à la 3e. Peu importe, feint-il: «Mon objectif a toujours été de devenir numéro un et je construis ma carrière de telle manière à y parvenir un jour.» Gagner chez lui consisterait en un pas non négligeable dans la bonne direction et le conforterait dans ses certitudes. «Ces derniers mois, je pense avoir beaucoup progressé et modifié pas mal de paramètres avec les gens avec lesquels je travaille. J’ai l’impression d’apprendre de nouvelles choses, ce qui est positif. Je veux progresser davantage encore avant le début de l’année prochaine.»

C’est donc un joueur tout en confiance qui se dressera mardi sur la route de Roger Federer, vainqueur dimanche soir (6-1 6-4) face à David Ferrer. Le numéro deux mondial vise un cinquième titre au Masters. Un succès ici lui permettrait d’égaler le record d’Ivan Lendl et de Pete Sampras. Le Bâlois est en forme physiquement et mentalement en cette fin de saison. Il joue un tennis agressif dans lequel on sent la patte de son nouveau coach Paul Annacone. Mais Murray, sa bête noire, son bourreau de la récente finale de Shanghai, incarne son plus grand contradicteur dans ce groupe de poule relevé. Un contradicteur qu’il pourrait retrouver ensuite en finale, s’il passe le piège Söderling aussi bien que l’a fait l’Ecossais.