Euro 2016

Gareth Bale, prophète en son pays (de Galles)

Profondément attaché à ses couleurs, l’attaquant de 26 ans réussit un superbe tournoi, dans un rôle différent de celui qu’il joue au Real Madrid

L’exception qui confirme la règle, c’est lui. La plupart des superstars du football européen ont déjà quitté l’Euro (Wayne Rooney, Zlatan Ibrahimovic, Marek Hamsik) ou jusqu’ici déçu (Robert Lewandowski, Cristiano Ronaldo, Paul Pogba). Gareth Bale, lui, foulera la (nouvelle) pelouse du stade de Lille en quart de finale. Et si le Pays de Galles y affrontera la Belgique, c’est en bonne partie grâce à son rendement. Il n’est qu’une étoile dans la constellation du Real Madrid et une initiale dans la BBC (Bale-Benzema-Cristiano Ronaldo); il brille presque seul dans le ciel de Cardiff et le renouveau du football gallois porte sa signature en toutes lettres.

Au Mondial 1958, le Pays de Galles avait déjà atteint les quarts de finale d’une grande compétition, mais il n’avait jamais participé à l’Euro. Lors des éliminatoires, Gareth Bale a inscrit sept des 11 buts de son équipe, et délivré deux passes décisives. Une influence prépondérante qu’il confirme en France, avec trois buts marqués sur sept, et une passe décisive. Avec 12 tirs cadrés jusqu’ici, les statistiques affirment qu’il est le joueur le plus dangereux du tournoi. «C’est le dragon sur mon maillot qui me motive, a-t-il lâché l’autre jour. C’est tout ce dont j’ai besoin.»

Ryan Giggs, l’idole

La fibre patriotique a toujours vibré chez lui. La plupart des footballeurs qui ont le choix entre deux équipes nationales optent pour celle qui leur offre le plus de chances de briller. Avec une grand-mère anglaise, il aurait, lui, pu se tourner vers les Three Lions, mais non. «J’ai toujours voulu jouer pour le Pays de Galles. Mon idole était Ryan Giggs», expliquait-il en 2007 lorsqu’il jouait à Tottenham. A ce moment, il avait déjà tracé son destin: sa première sélection remontait au 27 mai 2006. Il avait alors 16 ans et 315 jours, un record de précocité.

Dix ans plus tard, l’enthousiasme du véloce attaquant (59 sélections, 22 buts) à défendre les couleurs de son pays demeure intact. Il le montre sur le terrain et le clame à qui veut l’entendre. A Cardiff, sa cote est au plus haut. «Les paroles inspirantes de Bale – et il y en a beaucoup en France – viennent du cœur, se réjouit le WalesOnline. Les politiciens paieraient pour des déclarations si saisissantes, mais tu ne peux pas acheter les convictions profondes.»

Aux yeux des Gallois, Gareth Bale a (avantageusement) remplacé Ryan Giggs, légendaire ailier de Manchester United. Il est unique. Et cela attise aussi sans doute le feu qui l’anime. En sélection, il est le fils prodigue qui tient la plume pour écrire l’histoire. Au Real Madrid, il n’est que l’un des ouvriers chargés de perpétuer la tradition du club le plus titré du monde. Le projet n’a rien à voir. La pression non plus.

Plus gros transfert de l’histoire

Pour l’importer de Grande-Bretagne, la Maison-Blanche a fait de Gareth Bale le footballeur le plus cher du monde. 101 millions d’euros déboursés en septembre 2013. Entre ses fréquentes blessures, il répond aux attentes, marque beaucoup de buts, donne quantité de ballons décisifs. Mais tout cela reste insuffisant pour en faire la star (parmi les stars) du vestiaire. En 2016, ce sont toujours les maillots de Cristiano Ronaldo qui se vendent le mieux (devant ceux de James, puis seulement de Bale) et c’est toujours lui qui fait la loi. Le licenciement de Rafael Benitez l’illustre: le Gallois était derrière lui, pas le Portugais. Zinédine Zidane a été nommé entraîneur.

Sous le soleil espagnol, Bale semble poursuivi par les nuages noirs de son île d’origine. Il n’aurait pas d’ami dans le contingent du Real. Sa relation avec Cristiano Ronaldo serait compliquée. Il ne serait qu’un argument d’appoint dans la rhétorique tactique de Zidane. Il aurait le mal du pays. Sans arrêt, les intéressés démentent. Tout va bien. Les statistiques du Gallois crient son efficacité: en Liga cette saison, il a été impliqué en moyenne sur 1,3 but par match disputé (19 réalisations, 11 assists). C’est mieux que les coanimateurs de la BBC Ronaldo et Benzema (1,2) qui, certes, ont joué davantage de rencontres.

Il semble pourtant condamné à rester dans l’ombre. Il n’a jamais atteint le podium du Ballon d’or et si Ronaldo (31 ans) et Messi (29 ans) ne sont pas éternels, leur successeur désigné s’appelle Neymar (24 ans). «Les trophées individuels, je n’y pense pas du tout, confiait Gareth Bale au Telegraph en janvier. Ce n’est pas du tout quelque chose qui m’obsède. C’est pour d’autres footballeurs.» Lui, il se satisferait de continuer l’aventure européenne du Pays de Galles. Contre la Belgique, les Britanniques ne seront pas favoris. Quoique: lors des éliminatoires, ils avaient certes terminé deuxièmes du groupe B derrière les Diables rouges mais les avaient tenus en échec à Bruxelles et battus à Cardiff. 1-0. But de Gareth Bale.

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