Roland-Garros

De Genève à Paris, Stan Wawrinka fonce sans se retourner

Vainqueur samedi du Geneva Open, son premier titre sur sol suisse, le Vaudois entre en lice lundi à 11 heures sur le Central contre le Tchèque Lukas Rosol

Il y a quelque chose de fascinant dans cette faculté qu’a Stanislas Wawrinka à toujours finir par obtenir ce qu’il désire. Peu lui prédisaient un avenir dans le tennis professionnel; il s’y est bâti une place au soleil à force de patience et d’abnégation. Abonné au rôle du perdant magnifique, il a fait de chaque défaite une leçon jusqu’à basculer, une belle nuit australe de janvier 2014, dans le camp des vainqueurs. Il a porté l’équipe de Suisse de Coupe Davis à bout de bras durant des années, si bien que ses bras étaient forts et vaillants au moment de brandir le saladier d’argent à Lille.

«Scénario idéal» à Genève

Sans doute ce fils d’agriculteur connaît ces deux vers de Jean de La Fontaine dans Le laboureur et ses enfants: «Travaillez, prenez de la peine: c’est le fonds qui manque le moins.» De la peine, Stan Wawrinka en a longtemps eu pour peu qu’il sortait sa raquette sur sol helvétique. Un manque d’habitude à ses débuts, lui qui a grandi au tennis en Espagne. Une envie de trop bien faire, par la suite. Vingt-trois fois, il a disputé un tournoi en Suisse. Une finale à Gstaad en 2005, il y a si longtemps, pour tant de désillusions ou d’abandons.

Il n’a jamais renoncé et la vingt-quatrième tentative, samedi 21 mai au parc des Eaux-Vives, fut la bonne. Stan Wawrinka a remporté le Geneva Open et fini par obtenir ce qu’il désirait: un titre, en Suisse, dans une finale de prestige contre Marin Cilic (vainqueur de l’US Open 2014), au terme d’un match intense (six balles de set sauvées avant de conclure 6-4 7-6). Le tout sous un beau soleil et devant un public nombreux, lui qui s’était plaint quelques jours plus tôt du peu d’intérêt du public romand. «C’était important pour moi de gagner à Genève et magnifique de le faire dans ce scénario idéal.»

A peine le temps de savourer, il lui a fallu refaire ses bagages et se plonger enfin dans ce Roland-Garros dont il rechigne à s’afficher en tenant du titre. Pourquoi s’infliger une pression supplémentaire et inutile? Et puis, le passé, il n’aime pas beaucoup ça. Incité par L’Equipe à revivre sa finale victorieuse de l’an dernier contre Novak Djokovic, il l’a fait de mémoire. «Il m’est difficile de me voir trois heures de suite. Pourquoi perdre du temps à revoir un vieux match?»

Le Vaudois n’oublie rien cependant, surtout pas ce que cette victoire a changé pour lui. «Mon premier titre en Grand Chelem, à l’Open d’Australie, a davantage chamboulé ma vie, mais gagner Roland-Garros est beaucoup plus grand que tout ce que j’ai pu accomplir par ailleurs. J’étais beaucoup plus présent, beaucoup plus conscient de chaque instant.»

Si je joue à mon niveau, je gagne

Cette année, il ne s’en cache pas, il est pour l’heure un peu déphasé. «Je suis arrivé samedi soir. J’ai tapé quelques balles sur le court N° 5 puis la routine habituelle, les soins, les médias.» Lui qui reste sur neuf victoires consécutives en finale sait que les premiers tours sont paradoxalement plus dangereux. Son entrée en matière est prévue lundi matin à 11h (si le temps le permet) sur le Central contre le Tchèque Lukas Rosol, déjà affronté et battu vendredi en demi-finale à Genève. «Un bon joueur mais je sais que la solution vient de moi. Si je joue à mon niveau, je gagne.» Sans plus de pression que cela, à l’en croire. «Sur les trois dernières années de ma carrière, j’ai déjà obtenu beaucoup plus que ce dont je pouvais rêver», rappelle Stan Wawrinka. Par quel moyen?, lui demande quelqu’un. «Je suis très exigeant avec moi-même, cela m’a fait progresser.» En sport, l’opiniâtreté est une qualité.

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