C'était avant les quarts de finales de Ligue nationale B de hockey sur glace. Marco Torriani, président du HC Genève-Servette, s'inquiétait de la série à venir contre Grasshoppers. «Cette saison, le succès est plutôt à côté que sur la glace, plaisantait-il. La venue d'Anschutz à Genève est de toute façon la plus grande réussite de ma vie.»

Nouveau directeur

Une semaine et trois victoires à rien plus tard, les choses sérieuses peuvent enfin commencer pour le «dernier-né» du groupe américain. Le HC Ge-Servette, qu'on appelle déjà Geneva Red Eagles au siège européen d'Anschutz à Londres, affronte Bienne à partir de ce soir en demi-finale. L'objectif avoué est de faire mieux que la saison passée, quand l'équipe s'était inclinée à ce stade de la compétition contre La Chaux-de-Fonds. Officieusement, si l'opportunité se présente de monter en LNA, le club la saisira sans hésiter. «Nous ne sommes pas les favoris», relativise Marco Torriani pour calmer les esprits, avant d'avouer que des trois prétendants déclarés (Ge-Servette, Bienne et Lausanne), «nous sommes clairement les mieux lotis».

Car les responsables d'Anschutz, un an après la reprise du club en juin dernier, vont enfin pouvoir donner la mesure de leurs ambitions. A certains égards, ils ont d'ailleurs déjà commencé. Durant l'été, la plate-forme européenne du groupe à Londres, qui chapeaute notamment les cinq équipes de la «famille» sur le Vieux Continent (London Knights, Berlin Eisbaren, Munich Baron, Sparta Prague et Ge-Servette), s'est elle-même réorganisée, avec la nomination de Detlef Kornett au poste de directeur pour l'Europe. Spécialiste du marketing, Kornett est l'ex-directeur de la National Football League Europe (football américain), qu'il a mise sur pied de A à Z. En début d'année, un poste nouveau de directeur chargé des équipes européennes a été créé, et confié à Chris Reynolds, ancien entraîneur de Bienne et ex-directeur des opérations techniques de la Fédération internationale de hockey sur glace en Europe.

Le Canadien sera chargé de coordonner l'activité des cinq équipes de la famille Anschutz en Europe, notamment en matière de mouvement de joueurs. «Jusque-là, chaque manager protégeait son effectif au niveau local, explique Marco Torriani. Avec l'arrivée de Reynolds, les choses vont changer, et des passerelles devraient se mettre en place d'une équipe à l'autre.» A Genève, sa mission prioritaire sera de trouver le remplaçant de Paul-André Cadieux au poste d'entraîneur. De son propre aveu, plusieurs candidats sont déjà en lice, dont le Canadien Chris McSorley, actuel manager-entraîneur des Knights. «La décision interviendra dans les prochaines semaines», explique Reynolds, qui ne tient visiblement pas à perturber l'équipe genevoise en plein milieu des play-off.

Aux côtés d'un nouvel entraîneur, ce sont également deux assistants qui devraient prendre place dans l'organigramme des Eagles. Ce qui laisse supposer qu'Andreï Khomutov pourrait être prié d'aller voir ailleurs, ou recasé à un autre poste. Peut-être au sein du mouvement junior. Mais le gros de la tâche de Chris Reynolds et du futur entraîneur, en collaboration avec Paul-André Cadieux, concerne la constitution d'une équipe capable de se hisser en LNA. Ou de s'y maintenir si d'aventure l'échéance devait se précipiter. «Nous sommes conscients de la difficulté, reconnaît Chris Reynolds, et nous planchons sur la stratégie adéquate.»

Un budget de 6 à 7 millions

De son côté, Marco Torriani confirme qu'en cas de montée dès cette année, Anschutz serait prêt à assumer l'effort budgétaire nécessaire. En gros, le doublement du budget pour atteindre 6 à 7 millions de francs. Mais il ne fait pas mystère de son pessimisme. «Le verdict tomberait à Pâques, et à cette époque, le marché des transferts est désert. Nous avons également approché certains joueurs de calibres LNA dans la perspective d'une ascension en 2001-2002, mais les réponses sont invariables: montez d'abord en A. Après, on verra.» Dans ce contexte, le dirigeant genevois se demande si le salut de son équipe ne passerait pas par une réforme du nombre d'étrangers par match, liée à l'évolution des principes de libre circulation. Pas pour engager des Canadiens, mais plutôt des Français. «Ne pas avoir engagé Philippe Bozon, l'année où il est allé à La Chaux-de-Fonds, est la plus grande bêtise que nous ayons faite, raconte-t-il. Aujourd'hui encore, je suis étonné du nombre de voitures aux plaques françaises, les soirs de match aux Vernets. Nous pourrions élargir notre audience à la France voisine en engageant

les frères Rozenthal (ndlr: Maurice et François, tous les deux internationaux français et bourreaux de l'équipe de Suisse lors des derniers Mondiaux de Saint-Pétersbourg).»