Basketball

Le Genevois Clint Capela plane sur la NBA

Le pivot genevois a pris une part importante dans la victoire de Houston en Utah (87-100). Son autorité sous les panneaux impressionne et pourrait conduire les Rockets vers le titre

Un match de NBA, plus encore lorsqu’il compte pour les play-off, est d’abord un rapport de force. Les systèmes et le jeu collectif y tiennent bien sûr une part importante mais c’est surtout une affaire d’hommes, une question de personnalités. Les caractères dominants émergent, portés par le symbole et la statistique.

A ce jeu très américain, un Suisse est en train de se bâtir un nom, une réputation et, qui sait, un palmarès. Clint Capela, 23 ans, né à Genève, brille au pays des hommes forts et guide Houston vers une finale de Conférence très attendue contre Golden State. Après leur victoire dimanche soir en Utah (87-100), les Rockets mènent 3-1 dans leur demi-finale face au Jazz. Le pivot genevois a marqué 12 points (6 sur 11 au tir), pris 10 rebonds défensifs et 5 offensifs, réussi 2 passes et 2 interceptions.

L’hommage à Mutombo

Mais puisque la NBA est un monde de symboles et de statistiques, un fait de jeu a impressionné l’Amérique du basket plus que tout autre. Six fois, Clint Capela a contré un tir adverse, dont cinq fois dans les trois dernières minutes du match, celles que les spécialistes qualifient de money time. Sur le premier de sa folle série, infligé à Donovan Mitchell, le Genevois, visage mutique, a fait «non» avec l’index de la main gauche. On ne passe pas.

Les spécialistes y ont immédiatement vu une référence au grand Dikembe Mutombo, légendaire pivot des Rockets, lui aussi d’origine congolaise, qui faisait le ménage sous les panneaux en indiquant que la zone était propriété privée. «Je suis un grand fan de Mutombo, confirma le Suisse après son match à l’envoyé spécial de L’Equipe. C’est un hommage à son fameux «not in my house» (pas dans ma maison).»

Le Romand a pris du muscle (une dizaine de kilos en quatre ans); on découvre soudain qu’il a aussi pris de l’assurance

Répéter ce geste sous les paniers, c’est oser s’affirmer comme un joueur majeur. «Quand tu fais un truc que tu adores dans la vie, que tu gagnes, tu frimes un peu, avoua Clint Capela avec le sourire. C’est le jeu. Je l’avais déjà fait, mais là, ce sont les play-off.» Le Romand a pris du muscle (une dizaine de kilos en quatre ans); on découvre soudain qu’il a aussi pris de l’assurance. Il le reconnut lui-même en fin de match. «J’ai le sentiment d’être le meilleur dans ce que je fais, que personne ne peut s’opposer à moi. A chaque étape, je me sens plus fort», déclara-t-il à L’Equipe.

Simplicité et complexité

Le contre est un geste difficile en basket. Un tir ne peut être contré que dans sa phase ascendante. Même s’il faut avoir des bras et de la détente, c’est d’abord une question de timing et de lecture du jeu. Clint Capela maîtrise ce geste, comme il maîtrise le rôle à la fois simple et complexe du pivot. Simple parce que rien de ce qu’il fait n’est en apparence difficile. En quatre ans de NBA, Capela n’a jamais tenté de tir à trois points. Pas son rôle. La complexité du poste tient dans l’intériorisation de dizaines de micro-mouvements: position des pieds, des hanches, des épaules.

Avec Chris Paul et le probable futur MVP James Harden, Clint Capela est très bien entouré. Mais la relation n’est pas à sens unique. Son équipe bénéficie des tirs précipités par la pression qu’il met sur l’adversaire, de son travail de sape sous les deux paniers, de l’ascendant moral qu’il prend sur son vis-à-vis et de ses conséquences (en positif dans son équipe, en négatif dans le camp d’en face) sur la relation centrale entre le meneur et le pivot, des tirs qu’il libère parce que sa puissance physique phénoménale mobilise au minimum deux adversaires.

Peu imaginaient Clint Capela à ce niveau lorsqu’il intégra la ligue américaine en 2014. Choisi en fin de premier tour (25e choix) lors de la draft, moqué pour avoir attendu quatre mois avant de rentrer son premier panier, relégué en ligue de développement, confiné au bout du banc, il sut se taire, bosser et saisir sa chance lorsqu’elle se présentait. Petit à petit, il gagna des minutes, des kilos, des points, de la confiance.

«Il vaudra bientôt 80 millions»

Il eut très vite celle de Mike D’Antoni, entraîneur principal des Rockets depuis 2016. D’après Sports Illustrated, le coach le prit à part en pré-saison pour lui tenir le discours suivant: «Voilà ce que tu vas faire pour nous. Protéger le cercle, courir, poser un écran, glisser vers le panier, et si ça n’a pas marché, poser un autre écran et recommencer. Je vais te crier dessus, mais si on gagne un titre, ce sera grâce à toi. Et si on perd, ce ne sera pas de ta faute.»

Dimanche, après le sixième contre de son jeune coéquipier, James Harden s’est collé face à son visage pour lui témoigner, en termes virils, admiration et gratitude. «Clint est notre socle, dira le barbu le plus célèbre de la NBA. Et cela fait du bien de savoir qu’un joueur comme lui endosse ce rôle. Il n’a pas, je pense, tout le crédit qu’il mériterait.» Cela pourrait rapidement changer.

Libre en fin de saison, Clint Capela sera cet été «agent libre protégé». Les autres franchises pourront lui proposer un contrat, sur lequel Houston devra s’aligner s’il désire le conserver dans son effectif. «Tu vaudras 80 millions de dollars», avait aussi prophétisé Mike D’Antoni en 2016.

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