Le Temps: Diego, franchement… Ces deux matches amicaux, samedi contre l’Allemagne à Bâle et mercredi à Lucerne face à la Roumanie, vous arrivez à les prendre comme autre chose que le sale truc qui repousse vos vacances?

Diego Benaglio: Cela aurait bien sûr été tout autre chose d’aborder ces rencontres avec un Euro à jouer ensuite. Mais nous devons être conscients que, pour la fédération, la non-participation à l’Euro a des conséquences financières. Si on peut les atténuer avec ces matches… Et puis nous voulons utiliser le temps qui nous sépare des qualifications au Mondial 2014 pour affiner nos automatismes. Samedi, nous affronterons un adversaire très fort, l’un des favoris de l’Euro. Il est important d’aborder ces matches dans l’idée d’acquérir de l’expérience. Personne, dans le groupe, ne pense à la plage.

– D’autant moins que, s’il n’y a pas d’Euro, pour certains se profilent cet été les Jeux olympiques. Ferez-vous partie de l’aventure?

– On va voir. J’aimerais naturellement y aller parce que, après l’Euro et le Mondial, les JO constitueraient un nouveau point fort dans ma carrière. Mais je pars du principe que ceux qui ont obtenu leur qualification doivent jouer à Londres. On verra… Si Yann Sommer doit donner la priorité à Bâle, j’irai avec plaisir aux Jeux. Wolfsburg a déjà signalé qu’il y avait de grosses chances que je sois libéré.

– Wolfsburg, où vous évoluez depuis quatre ans et où vous avez prolongé votre contrat jusqu’en juin 2017… Vous n’aviez pas envie d’aller voir ailleurs, plus haut?

– Non. Je suis heureux que ça se passe comme ça, heureux d’avoir senti que le club voulait absolument que je participe à son projet sportif. Il y a de la confiance, c’est beau. Je sens surtout que Wolfsburg va continuer à se développer et revenir vers les sommets. L’objectif est de jouer l’Europe tous les ans, et je suis convaincu qu’on va y arriver. Il y a l’entraîneur qu’il faut…

–… Felix Magath, un personnage très important dans votre carrière puisqu’il vous avait fait venir à Stuttgart voici dix ans. Sa conception du football rime avec rigueur, voire douleur… Etes-vous maso?

(Il rigole.) Non, pas du tout. Je sais comment il travaille, je connais sa philosophie, et lui sait que je donne toujours tout pour faire ce qu’il attend de moi. Où qu’il aille, il a du succès. Et quand il y a eu cette phase plus dure pour moi, il m’a soutenu, il m’a montré qu’il comptait sur moi. C’est toujours bon à savoir.

– Avec du recul, comment expliquez-vous ce trou, qui aurait pu vous coûter votre place en 2011?

– C’est difficile à expliquer, même pour moi. Il y a malheureusement des phases, et je crois que tous les joueurs connaissent ça, où tu es moins performant.

– Certaines gazettes étaient alors prêtes à vous envoyer à la casse… Avez-vous douté?

– Douté, non. Dès que tu n’es plus aussi bon, les critiques arrivent, c’est le business. Je ne me suis pas laissé influencer par ce qui a pu se dire. Je me suis concentré pour répondre sur le terrain. Si j’avais perdu la tête à cause de certaines critiques, je n’aurais jamais réussi à fournir les prestations qui, comment dit-on… Qui ont réduit certaines voix au silence.

– Yann Sommer, vous le voyez comme une menace à écarter ou comme un rival qui vous permettra de progresser encore?

– Je ne peux pas trop juger, je le connais trop peu. Avec Yann, nous avons fait deux stages ensemble je crois, nous n’avons eu que très peu de jours à vivre en commun. Je ne peux pas encore m’en faire une vraie image sur le plan sportif. Sinon, c’est un type correct, sympa, qui s’est très bien intégré à l’équipe nationale.

– Il y a peu encore, vous étiez le numéro 1 absolu dans l’esprit des gens. Aujourd’hui, certains ­évoquent Sommer pour vous ­remplacer. Quel est votre sentiment?

– Je n’ai absolument aucun sentiment. Je ne m’occupe pas des discussions des gens. Ce qui m’intéresse, c’est l’opinion de l’entraîneur. Et l’entraîneur s’est positionné de façon très claire à ce sujet. Le reste… Les gens peuvent en parler jour et nuit.

– Vous semblez tout aborder avec calme, voire froideur. Etes-vous aussi comme ça dans la vie?

– Je ne sais pas. Je ne suis sûrement pas le type qui a besoin d’être au centre de l’attention. J’essaie d’être comme je suis, je ne me déguise pas. Quand on essaie d’être quelqu’un d’autre que soi, ça n’est pas bon. Je crois que je suis plutôt calme et réservé. Mais je suis aussi capable de dire, dans une équipe, les choses qui me semblent importantes.

– Ces derniers mois, il a souvent été question d’un manque de meneurs dans cette équipe de Suisse. Avez-vous en partie pris ces critiques pour vous?

– Pas du tout. Les gens qui disent ça n’ont que peu à voir avec la vie du groupe. Je sais à quoi il ressemble. Je sais qu’en ce moment, avec cette équipe un peu plus jeune, les responsabilités se répartissent sur plusieurs épaules. Nous n’avons pas besoin d’un grand porte-parole, je suis convaincu que les choses doivent se dire à l’interne.

– Vous dites ça en référence à Frei, qui polarisait beaucoup?

– C’était une autre situation. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de dire que c’est mieux aujourd’hui qu’avant, parce que je reste persuadé qu’Alex était un bon capitaine. Après, une fois de plus: ce qu’en disent les voix à l’extérieur…

– Et la voix intérieure de ce vestiaire, que dit-elle? Comment est la nouvelle ambiance?

– C’est ça qui est marrant: rien n’a changé. Les plus expérimentés essaient de transmettre aux plus jeunes. L’équipe de Suisse ne peut fonctionner que si chacun se bouge le c… pour l’autre.