Discovery Channel cherche officiellement un successeur à Lance Armstrong, futur jeune retraité, qui pourra bientôt contempler une vitrine aux trophées garnie de sept Tours de France. Bien des spéculations accompagnent la quête de la formation américaine, mais pas un nom ne filtre jusqu'à présent, mis à part celui du Kazakh Alexandre Vinokourov. Depuis dimanche, on aurait tendance à ajouter un deuxième patronyme sur la liste des papables: George Hincapie. Le New-Yorkais a remporté la 15e étape de la Grande Boucle à Saint-Lary-Soulan (Hautes-Pyrénées), au terme d'un chemin de croix gargantuesque, égayé de six ascensions pas piquées des hannetons. Une performance d'autant plus marquante que le plus fidèle lieutenant d'Armstrong, lui-même surpris par son numéro, n'a pas ménagé sa peine pour épauler le Texan depuis deux semaines.

Extrait du peloton dès le kilomètre 14, sous la canicule et en compagnie de treize autres fuyards – dont l'Espagnol de l'équipe Phonak Oscar Pereiro, 2e à l'arrivée –, George Hincapie s'est imposé presque sans faire exprès: «Je suis un peu en état de choc parce que je ne pensais pas gagner l'étape», a-t-il lancé, manifestement frais comme un gardon. «J'ai suivi cette échappée dans l'idée de pouvoir donner un coup de main à Lance dans les deux derniers cols de la journée. Mais quand notre avance a culminé à dix-huit minutes, Johan (ndlr: Bruyneel, leur directeur sportif) m'a dit que je pouvais y aller. Comme j'avais de bonnes jambes, je n'ai pas hésité. Je suis étonné parce qu'il y a un mois, lorsque nous avons reconnu ce parcours avec l'équipe, j'étais mort à l'arrivée.»

Il faut croire qu'un entraînement de la formation Discovery Channel est plus rude que l'étape reine de la plus grande course au monde. «Ce que George a réalisé est incroyable. Je suis très heureux pour lui», a d'ailleurs apprécié Armstrong en fin connaisseur. Fier de son ami, le Texan a lui aussi passé, malgré cette chaleur qu'il n'aime pas, une plaisante journée. Tout comme la veille, lors de la 14e étape remportée aux forceps par le surprenant Autrichien Georg Totschnig, l'Américain s'est contenté de maîtriser la situation. Il a avoué, tout sourire, ne s'être «jamais senti en danger».

Parmi les gros bonnets, seul Ivan Basso est parvenu à suivre son allure. L'Italien, désormais 2e au classement général à 2'46'' du boss, est d'ailleurs parfaitement placé pour reconduire son statut de dauphin sur la Grande Boucle. En attendant mieux. La troisième marche du podium devrait se jouer d'ici à Paris entre le vaillant Danois Mickael Rasmussen (3e à 3'09''), toujours porteur du maillot à pois de meilleur grimpeur, et l'Allemand Jan Ullrich (4e à 5'58''), qui a voulu attaquer Armstrong mais n'a pas pu.

Mais revenons à George Hincapie, malabar de 1,91 m et 77 kilos, à l'aise sur tous les terrains. Fou de bonheur après son raid victorieux, il dit ne pas penser à l'avenir. Mais quand on lui parle de la succession de son futur ex-leader, il ne ferme pas complètement la porte: «De plus en plus de gens évoquent l'hypothèse autour de moi», admet-il. «On verra…» Le New-Yorkais, toujours très impressionnant, fort performant lorsqu'il est débarrassé de ses tâches de domestique – il avait terminé 4e du contre-la-montre initial en Vendée, devant des gens comme Ullrich, Basso ou Santiago Botero –, a l'avantage de bien connaître la maison et ses méthodes. Il est d'ailleurs le seul à avoir accompagné Armstrong dans chacune de ses conquêtes.

Depuis le temps, ces deux-là sont pour ainsi dire jumelés. «Lorsque j'ai rencontré Lance, j'avais 14 ans et lui 16», raconte Hincapie, par ailleurs vainqueur de deux étapes sur le Dauphiné Libéré et 2e de Paris-Roubaix cette année. «Aujourd'hui, je lui dois tout ce que j'ai.» Très motivé par la récente naissance d'une petite fille – Nadia, la maman, est une Dijonnaise qu'il a rencontrée en 2003 alors qu'elle était hôtesse sur le Tour –, «Big George» a 32 ans et il s'en donne encore trois en tant que cycliste. Depuis l'époque des sélections juniors, puis au sein des équipes Motorola et US Postal, celui qui occupe désormais le 18e rang au classement général a partagé tous les secrets du maître. «Ce gars est le plus dur, le plus costaud que je connaisse», déclare-t-il. «A ma connaissance, il n'a aucun défaut.» George Hincapie n'en trahit pas beaucoup non plus. Reste à savoir si les dirigeants de Discovery Channel lui accorderont leur confiance.