Le Temps: Beaucoup de personnes trouvent actuellement un refuge dans l’exercice physique et ressentent le besoin de sortir coûte que coûte.

Georgia Pouliou: Oui, la pratique sportive est un bon prétexte pour sortir dans ce contexte de confinement. A dose raisonnable, le sport améliore l’humeur. Je ne pense pas que cette situation renforce les addictions au sport.

A partir de quand la pratique sportive est-elle considérée comme source d’addiction?

Lorsqu’elle devient non raisonnée et non raisonnable. C’est-à-dire lorsque l’investissement émotionnel et en temps devient accru. On peut également suspecter une addiction lorsque le sujet intensifie ses séances et qu’il ressent, malgré d’éventuelles souffrances, un sentiment d’obligation de pratiquer.

A quoi faut-il porter attention?

Le plaisir et le bien-être doivent rester les mots clés du sport. Mais c’est justement ce plaisir qui comporte des risques. Car, en pratiquant une activité physique intense, l’organisme libère de la dopamine et des endorphines. Ce sont des hormones du plaisir. Une sensation d’être en accord avec son corps s’installe. Ce plaisir peut cependant devenir une «récompense» répétée, apportée par la pratique sportive. Et peu à peu, l’organisme peut développer une accoutumance à cette récompense: il lui faudra pratiquer du sport plus souvent, de façon plus intense, pour ressentir les effets neurobiologiques de ces hormones.

Quels sont les symptômes de ce plaisir accru?

Un sentiment de bien-être, une attention et une capacité de mémoire réduites, ainsi qu’une difficulté dans l’estimation du temps. Ce type d’expériences psychologiques a été rapporté par les coureurs de fond. Des recherches considérables sont nécessaires pour clarifier dans quelle mesure ces hormones sécrétées pourraient être responsables des changements induits par l’exercice. Néanmoins, une augmentation significative de leurs concentrations a récemment été rapportée chez les athlètes d’endurance. D’autre part, leur interaction avec la dopamine montre qu’elles ont une fonction dans le système de récompense du cerveau et pourraient donc éventuellement induire une dépendance.

Certaines pratiques sportives sont-elles plus à risque que d’autres?

L’addiction au sport est fréquente chez les sportifs de haut niveau. Mais elle peut aussi concerner les sportifs moins actifs. Cette dépendance se manifeste plus spécifiquement dans les sports d’endurance qui sont plus endorphinogènes, comme la course à pied. Ou encore chez les bodybuilders.

Existe-t-il un profil type du sujet à risque d’être «accro» au sport?

Le profil psychopathologique rencontré concerne souvent des personnes avec une faible estime de soi, qui évitent de ressentir des émotions négatives. Souvent, elles contrôlent leur poids, ne sont pas satisfaites de leur image corporelle et présentent des traits de caractère impulsifs.

Comment sont-elles prises en charge?

De la même manière que pour les autres addictions. Il faut cependant reconnaître que celle-ci, bien qu’elle soit reconnue dans la pratique médicale, n’est pas officialisée dans les livres. Le public a aussi tendance à la sous-estimer. D’ailleurs peu de gens demandent de l’aide, car ils considèrent qu’il s’agit d’une addiction saine.