Jeudi, Emmanuel Magnien, le coureur de la Française des Jeux soupçonné de dopage, sera entendu par la commission de discipline de la Fédération française de cyclisme (FFC). A la demande du coureur et de son avocat, la FFC a accepté d'écourter le délai et la commission s'est engagée à ne pas mettre sa décision en délibéré. La raison est simple: les inscriptions aux Jeux olympiques (pour lesquels le coureur est sélectionné) sont closes le lendemain vendredi. Magnien qui clame son innocence et veut aller à Sydney, risque une suspension de six mois à un an. Son médecin d'équipe, le docteur Gérard Guillaume, témoigne…

Le Temps: «Docteur Guillaume, où en est-on à propos du cas présenté par Emmanuel Magnien?

Gérard Guillaume: On est dans notre droit sur le plan médical, nous n'avons pas triché. Cette histoire a au moins le mérite de poser un problème de fond, celle des soins apportés à un sportif de haut niveau. Au-delà du cas de Magnien, on veut aller au bout. Je ne suis pas le seul à dire cela: plusieurs médecins m'ont appelé.

– Mais le règlement de l'Union Cycliste Internationale interdit l'injection de cortisone en intramusculaire…

– Le règlement est absurde car il n'y a aucune différence sur les effets généraux entre l'injection intra-articulaire (qui n'est pas un acte anodin) et l'injection intramusculaire qui dans le cas de Magnien était la seule voie thérapeutique possible. En ce qui concerne Ronaldo, on a multiplié les injections intra-articulaires jusqu'à faire exploser son genou. Et puis, la discrimination de la méthode intramusculaire ne repose sur aucun justificatif scientifique.

– Comment avez-vous été amené à faire cette injection à Magnien?

– Depuis la fin du mois de mars, il souffre de façon récurrente d'allergie au pollen, aux graminées, aux acariens… On a essayé de contrôler la situation en évitant l'utilisation de la cortisone, mais la situation est devenue catastrophique.

– Et vous avez donc pratiqué cet acte médical…

– Quand il a eu une crise très forte le 29 juin, soit deux jours avant le départ du Tour, nous étions dans une impasse. Je lui ai dit: «Si on ne fait rien, tu ne pars pas à cause de ton allergie; si je te pique, tu ne pars pas non plus, car l'injection intramusculaire de Kénacort 80 est interdite…». Il m'a répondu qu'il voulait absolument faire le Tour et le terminer pour la première fois. A partir de ce moment-là, je n'avais pas le droit de ne pas le traiter avec, je le répète, le seul produit efficace sur le marché. J'ai donc fait cette injection en l'inscrivant sur son carnet de santé, en expliquant sa situation, pourquoi on l'a fait. Si on avait voulu tricher, il aurait suffi de mentionner le mot «intra-articulaire» à la place d'«intramusculaire». Mais ç'aurait été un faux et usage de faux et je m'y suis refusé.

– Ce carnet de santé a été présenté lors de la visite médicale d'aptitude qui se déroule avant le départ du tour. La participation de Magnien a-t-elle été remise en cause?

– Non, il a déclaré être apte. Le 18 juillet à Morzine, quand «Manu» a été contrôlé à la suite d'un test inopiné à l'initiative du Ministère des sports, il a présenté son carnet de santé au médecin-contrôleur qui n'a rien trouvé à redire et l'a laissé continuer la course. On estime que la cortisone peut rester jusqu'à deux mois dans les urines. Et là, on touche à l'absurdité de la situation: pour soigner Magnien efficacement et qu'il soit en règle, il ne faudrait pas qu'il coure pendant deux mois de la saison! En France nous nous retrouvons dans une situation de fous: on mélange tout sous prétexte de lutter contre le dopage.

– Précisez votre pensée…

– Les situations pour utiliser de la cortisone, par injection ou par voie orale sont nombreuses chez l'athlète de haut niveau. Il subit beaucoup de pépins, les pathologies sont nombreuses, du petit bobo au cas plus sérieux. Je ne dis pas qu'il n'y en a pas, mais je peux dire que beaucoup d'ordonnances ne sont pas de complaisance. Les gens se glosent du nombre important d'asthmatiques dans le peloton. Mais il faut savoir que la manifestation de ces allergies est en hausse dans la population générale, et que le sportif de plein air en paie un lourd tribut. Pour Magnien, le problème reste entier puisque, au Grand Prix de Plouay (une semaine après l'arrivée du Tour), il a recommencé à souffrir de ses allergies. Son état s'améliorera à mesure que nous avancerons vers l'automne. D'ailleurs ce n'est pas un hasard s'il gagne sous la pluie, dans le froid ou la boue.

– Jeudi, Emmanuel Magnien sera entendu par la commission de discipline de la Fédération française de cyclisme qui l'a sélectionné pour les Jeux Olympiques. Il risque entre six mois et un an de suspension…

– Il faut sortir de cette situation absurde. J'ai confiance car nous n'avons pas triché, nous avons joué la carte de la transparence. La Fédération française nous soutient, mais elle est prisonnière des règlements. Pour moi, il ne devrait pas y avoir d'«affaire Magnien». Pour que d'autres histoires de ce type ne se renouvellent pas, il y a une solution qui me paraît simple: il faut que chaque coureur possède un véritable dossier médical qui l'accompagne pendant toute sa carrière et non pas un simple carnet de santé qui n'est que la retranscription d'une ordonnance. Un problème médical se pose, c'est à l'UCI de le résoudre…»