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La numéro 1 mondiale Angelique Kerber (à droite) éliminée au premier tour par la Russe Ekaterina Makarova: première surprise de ce Roland-Garros qui s’annonce riche en rebondissements.
© Adam Pretty/Getty Images

L’œil du court

La gestion des émotions sera la clé pour Paris

La spécificité de la terre battue et l’incertitude pesant sur l’état de forme des habituels favoris font de ce Roland-Garros 2017 un tournoi passionnant, estime Marc Rosset dans sa chronique pour «Le Temps»

Je me réjouis de ce Roland-Garros qui débute. Roger Federer va bien sûr manquer, parce que c’est l’icône du tennis et parce que chaque occasion de le voir jouer est une chance, mais le tournoi s’annonce passionnant. Rafael Nadal est de retour et sera clairement le favori. Son début de saison a été bon et s’il n’avait pas perdu à Rome contre Dominic Thiem, il aurait fait carton plein sur terre battue. Je l’ai trouvé bon, agressif, ses balles partent bien. Il monte tranquillement en puissance et peut-être même que cette défaite inattendue à Rome est une bonne chose pour lui. Cela lui a permis de rentrer à la maison, de se reposer physiquement et mentalement. Je pense même qu’elle lui sera une petite piqûre de rappel, histoire de ne pas se croire invincible.

Novak Djokovic, lui, s’est refait une «demi-santé». A Madrid, il va en demi-finale, mais grâce à des forfaits, avant de perdre assez sèchement. A Rome, il sort un match d’on ne sait pas où contre Thiem, puis retombe dans ses travers face à Alexander Zverev. A «Roland», Djoko sera accompagné d’Andre Agassi, que j’espère pouvoir vraiment croiser. Enfin un joueur de ma génération! C’est un mec que j’adorais.

Son association avec Djokovic correspond à une tendance initiée, si ma mémoire ne me joue pas des tours, par Jim Courier avec Brad Stine et José Higueras: un coach à l’année et un ancien grand joueur qui opère comme consultant sur les grands tournois. Je ne connais pas les termes de la collaboration entre Novak et Andre, mais j’imagine qu’il vient plus pour conseiller l’homme que le joueur. Agassi est ce qu’il a l’air d’être: une personne profondément humaine, chaleureuse, empathique. Tu étais à Indian Wells, il y avait un combat de Tyson à Las Vegas, tu lui demandais un tuyau pour se procurer un billet et lui t’offrait les places, la limousine, l’hôtel, l’avion parce que c’était dans sa ville et que tu étais son invité. Je me souviens d’avoir eu des discussions fantastiques avec lui. Il a eu un parcours incroyable, il a tout connu, tout vécu, tout surmonté avant de revenir pour une seconde carrière. C’est de ça dont il va parler avec Djokovic, pas de son coup droit.

La météo de ce début de tournoi n’est pas très optimiste, en rupture avec la semaine quasi estivale que nous venons de vivre au Geneva Open. Les joueurs devront s’adapter. J’aime dire que la terre battue est une surface vivante. Sur un court en dur, les balles évoluent selon la météo, mais pas la surface, alors que sur terre battue, un terrain lourd ou sec, des balles qui giclent ou ne giclent pas font une réelle différence. Lors de la finale Nadal-Djokovic de 2012, Nadal mène deux sets à zéro lorsqu’il se met à pleuvoir. Tout d’un coup, les balles que Djoko recevait à hauteur d’épaule lui arrivent à hauteur de hanche et il marque six ou sept jeux d’affilée avant que le match ne soit interrompu. Nadal a finalement conclu le lendemain. Il aime les terrains secs. C’est paradoxal parce qu’on pourrait croire que sur un terrain lourd, il devient quasi impossible à déborder et use ses adversaires, mais lui préfère les terres battues rapides parce que son lift y prend plus d’ampleur.

C’est toujours «piégeux», Roland-Garros, quand il fait mauvais temps. Les joueurs sont habitués mais c’est compliqué à gérer, à Paris plus qu’ailleurs parce qu’il n’y a pas d’éclairage ni de court couvert. Je n’ai jamais aimé être programmé en dernier dans un tournoi du Grand Chelem. On ne sait jamais à quelle heure on va jouer: on peut être douché à 17h comme entrer sur le court à 19h. Débuter tard ajoute un stress supplémentaire: il faut gagner en trois sets si on ne veut pas devoir revenir le lendemain. Si on tient à sa journée de repos, on va être tenté de forcer l’allure. C’est pour cela que l’on voit parfois des joueurs stressés en fin de journée. Il faudrait pouvoir faire abstraction de tout cela.

Du stress, on risque d’en ressentir pas mal dans le tournoi féminin qui s’annonce cette année particulièrement ouvert. Serena Williams est en congé maternité, Maria Sharapova n’a pas obtenu la wild card qu’elle espérait, la numéro un mondiale Angelique Kerber a été éliminée dès le premier tour dimanche, Garbiñe Muguruza ne gagne plus un match, et les autres n’ont pas l’expérience d’une victoire en Grand Chelem. Cela peut être «l’année de…» et beaucoup de joueuses doivent se dire: «Pourquoi pas moi?».

Il sera intéressant de voir comment elles géreront la pression au fil des tours. Comme on observe généralement plus d’émotivité chez les filles que chez les garçons, je vois assez bien un tournoi un peu fou avec beaucoup de rebondissements, parce que le jeu des éliminations peut vous faire passer du rôle d’outsider à celui de favorite. Jouer pour gagner, ce n’est pas du tout la même chose que jouer pour ne pas perdre. Celle qui ira au bout ne sera pas forcément la meilleure joueuse, mais sans doute celle qui gérera le mieux ses émotions.

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