Football

Gigi Buffon, «Ciao Juve»

Le légendaire gardien italien jouera son dernier match avec la Juventus samedi contre Vérone. Mais à 40 ans, il n’est pas sûr de vouloir arrêter sa carrière

«Samedi, ce sera mon dernier match avec la Juventus.» C’est dit, plus moyen de revenir en arrière cette fois, ni de tergiverser comme il le fit ce printemps à propos de l’équipe nationale. Samedi vers 17h, au terme du match contre Hellas Vérone, Gianluigi Buffon ne sera plus le gardien de la Juve, un poste qu’il occupait depuis dix-sept ans. Le Toscan l’a confirmé lors d’une conférence de presse, jeudi à Turin.

A 40 ans, «Gigi» n’est pourtant pas encore sûr de mettre un terme à sa carrière. La Juventus lui propose une reconversion au sein du club mais il se verrait bien vivre une autre expérience, sans doute à l’étranger. «Jusqu’à il y a quinze jours, j’étais sûr d’arrêter, mais j’ai reçu des propositions stimulantes, à la fois sur le terrain et hors du terrain. La semaine prochaine, après quelques jours de réflexion sereine, je prendrai une décision définitive et certaine.» Liverpool, le Real Madrid et le PSG lui auraient fait des offres. D’autres destinations plus improbables (l’Argentine pour le fun, la Chine pour le fric) ont été évoquées mais l’intéressé a bien précisé: «Si je continue, c’est pour lutter pour de grands objectifs.»

Grandeur et décadence

En 17 saisons passées à Turin, Gianluigi Buffon avait fini par incarner la Juve, comme Paolo Maldini l’AC Milan et Francesco Totti l’AS Roma. Il avait pourtant joué précédemment six ans à Parme, où Nevio Scala le lança en Serie A contre le Milan alors qu’il n’avait que 17 ans. Soutenu par le géant de l’agroalimentaire Parmalat, l’AC Parme possédait à la fin des années 1990 une équipe assez ahurissante avec de jeunes joueurs tels que Fabio Cannavaro, Lilian Thuram, Juan Sebastian Veron ou Hernan Crespo. Avec eux, Buffon remporte en 1999, contre l’Olympique de Marseille, la Coupe de l’UEFA (qui sera finalement son unique trophée européen).

En 2001, il signe à la Juventus pour 53 millions d’euros, ce qui est alors – et qui demeure – un record pour un gardien de but. Il gagne le scudetto en 2005 et 2006 mais ces deux titres sont annulés en raison du scandale du «Calciopoli» (affaire de corruption d’arbitres). A l’été 2006, la Juve est même sanctionnée d’une relégation administrative. Zlatan Ibrahimovic, Patrick Vieira, Lilian Thuram ou Fabio Cannavaro quittent le club. «Gigi», qui vient tout juste d’être sacré champion du monde avec la Squadra Azzura en Allemagne, accepte lui de rester en Serie B, comme Alessandro Del Piero, Pavel Nedved ou David Trezeguet. Les Bianconeri remontent immédiatement. Ils mettront plus longtemps à déloger l’Inter Milan de la première place mais redeviennent une machine à gagner à partir de 2012.

Des excuses mûrement réfléchies

S’il devait s’arrêter là, Gigi Buffon serait déjà l’homme de nombreux records. Sept titres de champion consécutifs, quatre doublés ces quatre dernières saisons, un total de 18 trophées, plus de 650 matchs dont 300 sans encaisser de but. Avec l’équipe nationale (175 sélections, un record), il est l’un des trois joueurs (avec l’Allemand Matthäus et le Mexicain Carvajal) à avoir participé à cinq phases finales de Coupe du monde.

Un jour, alors qu’un journaliste s’exclamait sur sa longévité, Buffon expliqua que plus longue est la carrière, plus nombreuses sont les déceptions. Le poids de l’échec ne s’est semble-t-il pas atténué avec les années. Il a ainsi perdu en finale de l’Euro 2012 et trois fois en finale de la Ligue des champions (2003, 2015, 2017). Cette frustration s’exprima violemment lors du penalty sifflé dans les arrêts de jeu de la demi-finale retour Real-Juve fin avril à Madrid. «Cet arbitre a un sac-poubelle à la place du cœur», lança-t-il après s’être fait expulser. Son cas sera jugé par l’UEFA le 31 mai et pourrait lui valoir une lourde suspension. Jeudi, «Gigi» Buffon a regretté publiquement sa colère et présenté des excuses mûrement réfléchies. Peut-être pour s’offrir une dernière chance la saison prochaine.

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