Football

Gilbert Gress : «On ne devient pas entraîneur, on l'est déjà sur le terrain»

L’ancien entraîneur de Strasbourg, Xamax et de l’équipe de Suisse a eu Raymond Domenech, Arsène Wenger et Lucien Favre comme joueurs

Ancien ailier de Strasbourg, Marseille et Stuttgart, vainqueur de la Coupe de France, de la Coupe de la Ligue et du Championnat de France, international français (3 sélections), Gilbert Gress ne correspond pas au portrait-robot dessiné par notre enquête. «Et encore, j'aurais participé à la Coupe du monde 1966 si j'avais accepté de me couper les cheveux», plaisante l'Alsacien au téléphone. A 74 ans, l'entraîneur historique de Neuchâtel Xamax garde ce qui, selon lui, est commun à tous les footballeurs devenus entraîneurs: «la passion».

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Le Temps: 28% des entraîneurs européens n'ont jamais joué en première division. Qu'en pensez-vous?

«Vous savez, en 15 ans de carrière de footballeur, j'ai connu 16 entraîneurs, parce que faut pas croire, ça virait tout autant que maintenant. Et bien sur ces 16, deux m'ont véritablement appris quelque chose: Lucien Leduc à l'OM, qui avait été un très bon joueur, et Paul Frantz à Strasbourg, qui lui n'avait aucune référence. Il avait succédé au grand Robert Jonquet, célèbre demi-centre du Stade de Reims et de l'équipe de France troisième de la Coupe du monde 1958. Jonquet était un bon entraîneur mais il ne m'a pas appris grand-chose. Paul Frantz, lui, est arrivé avec des idées d'avant-garde qui nous ont permis d'avoir de très bons résultats en Coupe des villes de foire. Nous avions battu Milan et Barcelone, puis gagné la Coupe de France avec cet entraîneur issu du football amateur.


Y a-t-il un trait de caractère commun à ces joueurs qui deviennent entraîneurs?

Je crois qu'il faut de l'intelligence et surtout de la passion. Vous savez, on ne devient pas entraîneur; on l'est déjà sur le terrain. Moi, à 12 ans, je donnais des petits billets avec des consignes à mes copains, je les plaçais dans la cour d'école; j'étais déjà entraîneur. Le reste, je l'ai surtout appris en observant les grands joueurs. Lorsque je suis arrivé à Strasbourg en 1977, j'ai imposé ce que l'on nomme aujourd'hui le jeu de possession alors que tout le football français jouait un jeu très vertical. Pourquoi? Parce que je voyais que le Brésil 1970 jouait comme ça, en gardant la balle.

Vous avez été l'entraîneur de Raymond Domenech, d'Arsène Wenger et de Lucien Favre notamment. Leur potentiel était-il palpable?

Oui mais pas au point d'imaginer de telles carrières. Lucien Favre aimait bien discuter. Nous étions souvent d'accord mais je le trouvais un peu trop obnubilé par le beau pour réussir. Mais je pense qu'il est devenu un peu plus pragmatique en passant à la pratique. Arsène Wenger, lui, était déjà entraîneur-adjoint de la réserve quand il jouait un peu avec les professionnels. C'était un passionné qui allait voir des matchs en Allemagne lorsqu'il avait du temps libre.

Que pensez-vous de la nomination de Zidane au Real Madrid?

Quel cirque avec ça! Je ne supporte pas de lire que les joueurs pourront enfin parler d'égal à égal. C'est n'importe quoi! Et Mourinho? Et Wenger? Un joueur comprend très vite à qui il a à faire, si l'entraîneur qu'il a en face de lui est crédible ou non. L'admiration pour un grand nom, ça dure quinze jours. Ce qui compte, ce sont les résultats que vous obtenez. Lorsque j'ai passé mon diplôme d'entraîneur, le directeur technique français Georges Boulogne m'a dit: «ce papier n'a aucune valeur. Le vrai diplôme, c'est le club qui vous engagera qui vous le donnera.» Il avait raison. Et d'ailleurs j'ai été champion avec Strasbourg sans diplôme.

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