Sous le ciel blanc, le Dôme de Milan offrait hier une scène majestueuse, une de plus, au Giro 2012, après les lacets légendaires du Stelvio. Sur le fil de la tradition, de l’histoire du vélo, d’un récit dont les prémisses s’écrivirent en Europe. Le Giro 2012 s’est ouvert au Danemark, sur le 56ème parallèle, et jamais un Grand Tour n’avait osé s’aventurer en pareilles terres. Une avancée symbolique, qui plaçait comme sur une rampe de lancement le succès de coureurs issus de pays non traditionnellement liés au cyclisme. Le jeune américain Taylor Phinney, qui endossait le premier maillot rose, au terme du chrono individuel initial, à Herning, donnait le ton. Le Giro aura déposé ensuite sur le podium des étapes le champion du monde Mark Cavendish, qui signa trois victoires, Matthew Goss – vainqueur de Milan – San Remo en 2011 -, le Danois Lars Bak, le Costaricain Andrey Amador, lors de la première arrivée au sommet, à Cervinia, le Tchèque Roman Kreuziger, sur les hauteurs de l’Alpe de Pampeago.

Lorsque, à quelques encablures de l’ultime empoignade, sur la chaussée milanaise, Michele Acquarone, directeur de l’épreuve, prenait la parole sous les moulures du Palazzo Giureconsulti, les interrogations de la presse italienne disaient un décalage, entre tradition et modernité, dans une joute verbale symbolique. Avec en creux, une réalité que nous soufflait le confrère d’un quotidien transalpin d’audience nationale, à savoir que sans succès italien, le Giro n’intéresse pas, dans le pays. « Nous, Italiens, sommes un peu provinciaux, mais un podium totalement étranger aiderait-il vraiment le Giro? »

Michele Acquarone répondait en insistant sur la proportion des équipes italiennes dans le concert mondial – l’Italie compte deux formations World Tour -, il a souligné « la nécessité de traiter tous les coureurs de la même manière. Nous devons accepter ces succès, si nous voulons que le Giro devienne un grand événement sportif mondial. » Sur les remous de la mondialisation, Michele Acquarone estime que le Giro et le Tour de Californie ne peuvent plus cohabiter sur la même strate temporelle - « l’industrie du cycle s’est déplacée aux Etats-Unis, et on ne peut pas nier l’intérêt pour cette épreuve. Lance Armstrong pensait que courir le Tour de France était suffisant pour être un super star. On doit faire comprendre que pour être un grand coureur, il faut avoir gagné le maillot rose. Il faudra du temps, je vous demande » d’attendre « l’horizon de quelques années. » Quand modernité et tradition ne seront plus dissociées, mais complémentaires. Et quand l’absence d’Italiens sur le podium sera un fait parmi d’autres.