Les coureurs l’accordent volontiers: le Tour d’Italie s’avère souvent plus dur que le Tour de France. Si ce n’est sa popularité médiatique, et la participation sportive qui en découle, le Giro n’a rien à envier au Tour de France. Dans le creuset d’un mois laborieux, il s’écrit en technicolor autant qu’en virages sépia. Parce que les conditions extrêmes font partie du décor – les parois de neige du Gavia en 2010, le déluge à L’Acquila –, élevant la course en geste intemporelle. Parce que le récit se tisse sur des dénivelés impressionnants – parfois trop, par le passé –, sur des excentricités aussi, comme ce fut le cas en 2011 au col du Finestre en terre battue, devant des milliers de spectateurs. Parce que l’Italie ne s’invente pas, et qu’un peloton lancé sur les lacets des Cinque Terre est un cliché saisissant parmi tant d’autres. Le Tour d’Italie ne sera pas le Tour de France, et ne doit pas le devenir. Il peut toutefois quitter ces espaces corsetés – où, hors de l’Italie, il est souvent affaire de connaisseurs –, et s’ouvrir au monde. Pour autant qu’il continue à privilégier les sites grandioses, qu’il continue à arriver devant le Dôme de Milan ou au centre même des Arènes de Vérone. Au cœur des villes, plutôt que dans des parkings de supermarchés. Pour autant que, dans la mosaïque artistique, il associe des mondes. Surprenant, décalé, puissamment visuel.