Son patronyme fait songer à un Terminator ultime génération. «Goal Finish»: comme si on achevait le but, comme s'il n'existait plus. En réalité, ce bidule hypersophistiqué, présenté par la firme française i2S au récent Sportel 2008 - Congrès sport et télévision - de Monaco, sert à traquer les vrais et les faux goals en football, avec une précision diabolique.

Positionné derrière la cage du gardien, le système se compose de quatre caméras numériques, lesquelles permettent, en analysant 150 images par seconde, de voir si un ballon de 18 cm de diamètre a bien franchi complètement la ligne de but, à quelle vitesse et à quel endroit. Le verdict électronique, lui, tombe dans les 30 à 90 secondes. Soit un laps de temps assez court pour ne pas hacher la partie, grande crainte du patron de la FIFA, Sepp Blatter, à l'égard de toutes ces «vidéosurveillances».

Selon i2S - société qui a œuvré dans l'aérospatiale puis inventé, au cours des années 1990, la photo finish en couleurs -, les quatre atouts du bijou consistent en «l'exactitude du calcul, la preuve par l'image réelle et non virtuelle, la facilité de mise en place ainsi qu'un coût limité». A ce propos, il aura suffi d'un million d'euros pour développer l'appareil, aujourd'hui à vendre pour 180000 euros pièce (environ 280000 francs suisses), ou à louer entre 2900 et 3900 euros par match, selon le nombre de rencontres prévues par le diffuseur durant la saison.

Last but not least, la chaîne cryptée Canal+ a participé au financement du concept, et l'utilise déjà depuis dix-huit mois à l'occasion du match de Ligue 1 retransmis le dimanche soir. «La grande différence avec tout ce qui a été essayé jusqu'ici, c'est que notre système est au point, il fonctionne», relève Laurent van Steenkiste, directeur du marketing de l'entreprise sise à Pessac (Gironde). «Nous sommes prêts à en faire la démonstration aux instances faîtières du football, en tant qu'aide à l'arbitrage.»

Justement, on connaît la réticence quasi viscérale des caciques du ballon rond devant ce qui touche à l'assistance informatique. «Compte tenu de cela, i2S cible les diffuseurs et les clubs, ajoute Laurent van Steenkiste. Nous connaissons la position de la FIFA et n'entendons pas créer de polémique. Mais nous espérons que la demande viendra.»

Nouveau boss du département médias de la FIFA à Zurich, le Français Nicolas Maingot freine la marche des savants. «Le 6 mars 2008, l'International Board [IB, organe suprême garant des lois du jeu] a pris une décision double. D'abord, suspendre jusqu'à nouvel avis la question de l'utilisation de la technologie destinée à la ligne de but. Aucun des tests effectués (puce électronique implantée dans le ballon, système «Hawkeye» comme au tennis) ne s'est avéré concluant. Et puis, mettre l'accent sur les moyens humains, soit l'introduction de deux assesseurs supplémentaires, dits «arbitres des 16 mètres», chargés de se concentrer sur les incidents qui se produisent à l'intérieur de la surface de réparation. Nous attendons des rapports détaillés avant de procéder à l'analyse de cette nouvelle donne, expérimentée chez les moins de 16 ans.» Et non, Nicolas Maingot n'a pas le sentiment d'appartenir à un village gaulois qui rejette la moindre avancée moderniste...

Michel Platini non plus, d'ailleurs. Dans une interview au bihebdomadaire France Football, le président de l'UEFA affirme: «Je ne suis pas certain qu'en Moldavie, par exemple, le débat sur la vidéo soit omniprésent. Il s'agit d'un débat de riches. Quand on dit vidéo, on dit qu'on veut davantage de justice. Je suis d'accord avec les présidents de club qui trouvent qu'il y a beaucoup d'injustices. D'accord sur le diagnostic, mais pas sur le remède. La vidéo va tuer le match, tandis que deux assistants de plus vont aider l'arbitre central à prendre les bonnes décisions.»

Oui, sauf qu'ils ne seront pas là pour discerner si la sphère de cuir est entrée ou non. Constat basique qui suscite cette profession de foi auprès d'une des principales intéressées, la Jurassienne Nicole Petignat, arbitre estampillée FIFA: «Je suis favorable à tout progrès technologique en faveur de l'arbitrage, pourvu qu'il soit fiable à cent pour cent. Jusqu'ici, l'IB et la FIFA n'ont rien trouvé de satisfaisant, alors pourquoi ne pas tester ce «Goal Finish»? Et si c'était le bon système? J'engage les instances dirigeantes à le faire, d'autant que le délai d'attente du résultat, 90 secondes au maximum, me paraît raisonnable. Ne perdons pas de vue l'importance de ce but qui peut bouleverser un match. Avec un verdict électronique infaillible, on peut calmer les deux équipes, mettre fin aux réclamations ou pire encore.»

Nicole Petignat conclut avec réalisme: «Cinq arbitres sur la pelouse, ce sera bien. Mais les deux dévolus aux 16 mètres distingueront les fautes, pas la ligne de but. Au contraire, à travers la forêt de joueurs qui campent dans la surface - sur les balles arrêtées notamment - ils ne verront vraiment rien.»