Drôle de dimanche à Roland-Garros. Il est 12 heures, Paris sommeille. Lourdeur atmosphérique. La rencontre – d’un intérêt très relatif – entre Svetlana Kuznetosva et Sara Errani – traîne en longueur sur le central. Idem sur le court Suzanne Lenglen où se joue un pâle duel entre Angelique Kerber et Petra Martic.

Il est 16 heures, Paris se réveille. Ciel très menaçant. Coup de tonnerre sur le central. Novak Djokovic est mené deux sets à zéro face à l’Italien Andreas Seppi. Avis de tempête sur le Suzanne Lenglen. Après l’élimination de la numéro un mondiale Victoria Azarenka, vaincue par Dominika Cibulkova, c’est au tour de Roger Federer d’être inquiété. La jeune sensation belge, David Goffin, joueur issu des qualifications et invité surprise de ces 8es de finale, a remporté le premier set.

Il est 18 heures, Paris s’apaise. Eclaircie. Djokovic s’en est sorti. En cinq sets 4-6; 6-7; 6-3; 7-5, 6-3. Le Serbe est contrarié mais rassuré. «A deux sets zéro pour lui, j’étais à la peine mais j’ai continué à croire la victoire possible. Cet état d’esprit est la seule chose positive à retenir de ce match.» Le numéro un mondial avoue avoir été préoccupé par son jeu: «C’était un de ces jours où tu as l’impression que rien ne va. Je n’arrivais pas à trouver le bon rythme. Mais je me suis battu jusqu’au bout. Et grâce à ça, j’ai pu remporter ce long combat.» Djokovic est un peu rincé mais pas inquiet. «J’espère juste me réveiller demain en ayant oublié ce match et donner le meilleur de moi-même pour mon quart de finale contre Tsonga ou Wawrinka. Pas de préférence.» Entre-temps, Federer a remporté les deux sets suivants mais a des balles de break à sauver dans le 4e.

Il est 18h30, Paris s’émerveille. Soleil. Sur le Lenglen, Goffin, décidément plus Goliath que David, a cédé face au maître, vainqueur (5-7; 7-5; 6-2; 6-4), mais il a marqué les esprits. Au micro: «J’ai pris mon pied. Jouer face à Roger, c’était un rêve. Il faut quand même que je vous avoue, j’avais plein de posters de lui sur les murs de ma chambre.» Le public est séduit. Il réclame «une bise». Federer: «David a fait un tournoi extraordinaire. C’était comme une finale pour lui, son 7e match [avec les qualifs]. Ce fut un match difficile. Je ne le connaissais pas bien; maintenant, un peu mieux; et après, comme on va se faire la bise, je le connaîtrai encore mieux.»

Cette humeur badine, le Bâlois l’emporte avec lui en conférence de presse. «Etes-vous conscient d’être l’idole de Goffin?». Il sourit: «Oui du moins jusqu’à aujourd’hui. Maintenant, je ne sais pas.» Puis quelqu’un lui demande si ça lui a rappelé son match contre Pete Sampras en 2001 à Wimbledon. «Je dirais plutôt celui contre Pat Rafter ici en 1999 lorsque j’avais une «wild-card». J’avais remporté le premier set 7-5, lui le 2e 7-5, et je me suis dit: «Je suis supposé remporter le match en 4.» Aujourd’hui, David m’a repoussé dans mes retranchements. Il a saisi sa chance au 1er, a eu sa chance au 2e mais s’est un peu émoussé. Sur un match en 5 sets, il faut faire attention. Il aurait pu pleuvoir à nouveau. Il était dangereux. Je suis content de m’en être sorti.» Un journaliste lui annonce qu’il s’est qualifié pour un 32e quart de finale consécutif dans un Grand Chelem, une première, et qu’il en a disputé 163 en 256 tournois. «Merci, s’amuse «Rodge». A ce stade, je prends tout ce qui peut me mettre en confiance.» Il s’est fait peur et l’admet. «Je suis vraiment content d’avoir passé ces quatre tours. A partir du 2e, c’était compliqué car j’ai affronté des adversaires que je ne connaissais pas. Il y avait trop d’inconnues. Et j’étais tellement favori qu’à la fin, je me disais que j’allais gagner mais je ne savais pas de quelle façon. J’ai failli perdre aujourd’hui et, contre Mahut, c’était serré. Honnêtement, cela va m’aider de faire face à quelqu’un que j’ai déjà rencontré. Ce sera plus direct. Del Potro ou Berdych jouent leur revers. Je sais comment ils vont servir, retourner. Il n’y a plus de secret. J’ai hâte de la suite.»

Federer se dit en forme physiquement. «Je ne suis pas fatigué et n’ai plus de douleurs. Au niveau du jeu, c’est ok, mais cela pourrait être mieux.» Il concède peiner à s’habituer aux conditions, qu’il juge plus lentes sur la terre parisienne cette année que par le passé et surtout plus lentes que sur les derniers tournois. «Il est difficile de frapper dans la balle et d’accélérer.»

Avec la victoire de Djokovic et Federer, les officiels ont retrouvé le sourire. Les surprises, c’est sympa, mais pour l’audimat, l’affiche Seppi-Goffin en demi-finales ce n’était pas hyper vendeur.

Il est 20h30, Paris s’inquiète. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Et sur le central, Jo Wilfried Tsonga avec les nerfs des spectateurs. Il se refait le scénario de l’an dernier face à Stanislas Wawrinka. Un classique quand on affronte le Vaudois. Après avoir mené deux sets à zéro, le Français se retrouve à deux manches partout. 21h30. Paris s’excite. La lumière baisse. Sur le central, c’est la bronca. Tsonga a fait le break.

21h35. Paris s’offusque. Le match est interrompu par la nuit à 4-2 pour le Français dans le 5e.

Décidément, drôle de dimanche à Roland-Garros.

«Il faut quand même que je vous avoue, j’avais plein de posters de lui sur les murs de ma chambre»