Les golfeurs suisses ne doivent pas se voiler la face. Leur sport favori a encore de gros handicaps qui freinent son développement: non seulement il manque cruellement d'audience, mais en plus il a une mauvaise image. Sa réputation de snobisme et d'élitisme lui colle toujours aux basques, malgré d'évidents progrès. Et pourtant, le golf est apprécié par la majorité des gens qui ont, une fois au moins, tenu un club en main.

L'Association suisse de golf (ASG) est bien consciente de ces faiblesses. Dans son action pour une ouverture plus large du golf dans le public, elle a créé en mai dernier l'Association suisse des golfeurs indépendants (ASGI). Une étape peut-être décisive dans l'acceptation du golf au sein du panorama sportif suisse.

Pascal Germanier, directeur du centre de golf d'Etagnières, a été l'un des initiateurs de cette association dont il est maintenant le secrétaire. Il explique pourquoi il était urgent de trouver une formule qui permette d'ouvrir le cercle fermé des clubs: «En m'occupant d'un terrain d'entraînement (un driving range), j'ai pu mesurer le principal problème de mes clients: la difficulté de jouer sur les parcours suisses. Raison pour laquelle beaucoup d'entre eux se contentent de jouer lorsqu'ils sont en vacances, dans des pays ou des clubs plus conciliants.»

Face à l'intransigeance de nombreux clubs suisses, ces golfeurs passionnés, mais pas toujours suffisamment fortunés pour intégrer un club, ont parfois usé d'artifices pour sacrifier à leur passion: carte de membre d'un club inexistant, d'un pays exotique ou d'une fédération fantôme. Dans les clubs de l'ASG, la présence de ces golfeurs n'a pas toujours été souhaitée. «Nous savions qu'il existait un nombre conséquent de ce type de golfeurs. En créant l'ASGI, nous avons surtout voulu structurer cette masse de joueurs, qui constituent un gros potentiel pour les clubs. En leur donnant la possibilité d'obtenir une autorisation de parcours, puis un handicap et en les «éduquant» d'une manière très stricte, nous sommes persuadés que leur présence dans les clubs sera désormais tolérée, si ce n'est souhaitée!»

Des 60 clubs qui constituent l'ASG, une quarantaine ont déjà accepté de recevoir, parfois sous certaines conditions, les membres de l'ASGI. Certains sont encore sceptiques et entendent d'abord observer les réactions dans les autres clubs; mais on peut espérer à long terme que l'ensemble des golfs suisses ouvriront leurs portes à cette nouvelle association.

«La prospection dans les driving range démarre actuellement. Nous avons voulu d'abord mettre en place toutes les structures nécessaires à la gestion d'un tel organisme», poursuit Pascal Germanier. «Nous n'avons même pas défini d'objectif précis en nombre de golfeurs. En revanche, nous avons déjà un programme d'activités pour 1998, qui s'appuie notamment sur celui du Centre d'Etagnières. Nous avons établi des critères très sévères au niveau de l'étiquette, du comportement sur le terrain. Ainsi, les membres de l'ASGI pourraient même servir d'exemple aux membres des clubs qui les accueilleront! En tout cas, on sent un enthousiasme dans les rangs des golfeurs de driving range. Ils sont impatients, car ils se rendent bien compte que l'ASGI sera un outil précieux dans leur démarche sportive. Cette carte de membre donnera une crédibilité à son propriétaire.»

Pour 1998, les tarifs de l'ASGI sont les suivants: 40 francs pour les enfants jusqu'à 14 ans, 125 francs pour les jeunes de 15 à 21 ans et 250 francs pour les plus de 21 ans. Des tarifs qui seront très légèrement supérieurs en 1999. Cette carte de membre permet, outre une identification reconnue, de s'inscrire à des examens pour l'autorisation de parcours, d'obtenir un handicap le cas échéant, de participer à des compétitions, etc. Une liste des clubs suisses est annexée à la carte de membre, elle donne une vision plus précise de ce milieu que l'on prétend fermé et inaccessible. On remarque d'ailleurs que de nombreux clubs acceptent des membres – Gstaad, Küssnacht, Ennetsee, Domat, Les Bois, Sedrun, etc. – pour des droits d'entrée inférieurs à 10 000 francs. Des sommes qui restent bien entendu conséquentes, mais qui, sur une vie de golfeur, sont acceptables.

Les clubs de l'ASG comptent actuellement quelque 30 000 golfeurs; avec l'ASGI, le nombre de joueurs «fédérés» pourrait doubler rapidement!

Outre l'intérêt évident pour le développement de ce sport, le lancement de l'ASGI pourrait permettre aux différentes équipes nationales d'élargir leur champ de recrutement. Les jeunes qui forment les cadres nationaux sont en effet exclusivement des enfants de golfeurs; à moyen terme, en élargissant la base de recrutement, l'ASGI va certainement «produire» davantage de golfeurs de haut niveau. Ce qui devrait soulager des capitaines qui se battent aujourd'hui avec des effectifs très réduits.

Association suisse des golfeurs indépendants (ASGI), pour tous renseignements:

tél. 021/732 25 55, fax 021/732 13 17.