Pour la première fois depuis le début de cette 29e édition de la Solitaire du Figaro, la porte des options météo est restée ouverte. Alors que les trois premières se sont plutôt apparentées à des courses-poursuites, la quatrième et dernière étape se joue comme une partie d'échecs et permet de relancer les dés. Une véritable guerre du golfe sévit depuis lundi entre les gauchers (tenants de l'option nord-ouest) et les droitiers (tenants de l'option est).

Situation météo complexe

Peu de temps avant le départ de Gijon en Espagne, certains navigateurs annoncent déjà la couleur: «La situation météo semble assez complexe. A priori, il va falloir filer au nord, nord-ouest le plus vite possible pour éviter l'anticyclone qui est en train de s'installer ici», explique Michèle Paret, skipper du bateau genevois Carrefour Prévention. Au même moment, le jeune Sébastien Josse écoute, par téléphone, les derniers conseils du Centre d'entraînement à la course au large de Port-la-Forêt, dans le Finistère: «Ils me disent de partir à l'est», précise-t-il. Plus vague, le Niçois Gilles Chiorri, actuellement quatrième au classement général, lance: «Je vais tenter un coup qui devrait marcher. Vous devriez parier sur moi!»

Après un départ groupé dans la baie de Gijon, la flotte a commencé à se scinder dès la tombée de la nuit. Avec la majorité des voiliers – dont celui du Breton Michel Desjoyeaux, leader du classement général – filant au nord-ouest et s'écartant par conséquent de la route directe. D'autres comme Gilles Chiorri, l'Irlandais Damian Foxall ou encore Sébastien Josse ont opté pour une route plus à l'est et donc plus directe. Suspense.

La première nuit en mer se fait sous le signe de la vigilance étant donné la présence de nombreux thoniers et autres bateaux de pêcheurs à éviter. A cinq heures du matin, les tendances se dessinent avec la diffusion du premier classement. L'avantage est aux droitiers. Car le vent n'a pas faibli dans l'est comme certains l'avaient prédit. Et les tenants de l'option nord-ouest n'ont toujours pas rencontré la bascule de vent escomptée. Pendant la journée, l'écart entre les deux groupes se creuse encore. Mais attention! A 18 heures, Philippe Poupon annonce, sur le ton de la plaisanterie: «J'ai passé le panneau marqué ‘dorsale'». Et si le vent tournait enfin à l'avantage des gauchers? Suspense toujours.

Au deuxième lever de soleil, mercredi matin, la VHF crépite. La vacation est imminente. A la barre de leur petit voilier de 8,50 m, les navigateurs serrent les fesses en écoutant le nouveau classement établi à partir des positions satellite.

Soulagement chez les droitiers. Déception chez les gauchers. C'est toujours Gilles Chiorri en tête, suivi de peu par Damian Foxall. Desjoyeaux, Le Cam, Poupon et les autres sont pointés à plus de 20 milles (37 km) derrière. C'est beaucoup pour une course au temps.

Au nord, toujours plus au nord

«Au nord, mes petits camarades de jeu font probablement route directe alors que je suis en train de tirer des bords, explique prudemment Chiorri. Je suis impatient de virer l'île d'Yeu pour voir si mon option est vraiment payante.» Et d'expliquer qu'il l'avait choisie dès le départ avec l'aide de météorologues. «Plutôt que de raisonner en terme de gradients de pression qui ne correspondaient pas à grand-chose, nous avons raisonné en isothermes, soit en température de l'eau. Cela peut paraître curieux, mais cela nous a permis de savoir que le vent resterait établi à l'est.»

Finalement hier soir, le verdict est tombé. La balle est restée dans le camp des droitiers mais Chiorri est parti un peu trop à l'est. Et à 19 h 30, c'est Damian Foxall qui a viré en tête la marque de passage obligé à l'est de l'île d'Yeu en Vendée. Suivi peu de temps après par Sébastien Josse. Mais l'étape n'est pas terminée puisqu'il reste encore 90 milles à parcourir jusqu'à Concarneau, terme de cette Solitaire du Figaro. Et comme le dit si bien Josse: «Après l'île d'Yeu, il y aura encore beaucoup d'effets côtiers. Et il ne faut pas oublier que les Finistériens arrivent dans leur jardin. Il faudra donc faire attention à eux.» Michèle Paret aussi estime «que la deuxième partie de l'étape va encore être très tactique». La victoire au général doit se jouer entre Desjoyeaux et Chiorri. Verdict final aujour-d'hui.