Père de Jean-Jacques (Lugano), de Joël (ex-Genève-Servette) et de Franck (Franches-Montagnes), Georges Aeschlimann s'est transformé depuis deux saisons, à ses heures perdues, en consultant pour la radio biennoise Canal 3. Ancien joueur et dirigeant du HC Bienne lors de son âge d'or au début des années 80, il revient sur la qualification du club seelandais pour la finale des play-off de Ligue nationale B (LNB) de hockey sur glace, mardi contre Ge-Servette, et sur l'engouement qui accompagne les succès de l'équipe cette saison.

– Le Temps: Qu'est-ce qui a permis au HC Bienne de l'emporter dans sa série contre Genève-Servette?

– Georges Aeschlimann: Genève avait dans ses rangs treize anciens joueurs de LNA. De très grandes individualités, toutes supérieures aux Biennois, étrangers mis à part. Mais les joueurs de Markus Graf (ndlr: l'entraîneur du HC Bienne) ont toujours joué en équipe, très soudés. Sauf lors du troisième match de la série (ndlr: perdu 0-5), quand ils ont cru pouvoir sauver la baraque individuellement. Surtout, ils ont pu s'appuyer sur un excellent gardien et une défense très solide, la meilleure du tour de qualification.

– Le style ultradéfensif a en effet été la marque du HC Bienne cette saison. Comment le public a réagi vis-à-vis de ce nouveau système de jeu souvent critiqué pour son aspect peu spectaculaire?

– Le premier match des demi-finales à Bienne n'a effectivement pas été d'un grand niveau. Cela n'a pas empêché les spectateurs, à cinq minutes de la fin, de réserver une standing ovation à leurs joueurs malgré la pauvreté du spectacle présenté. J'ai de la peine à m'expliquer cette ferveur. Lors des grandes années du HC Bienne (ndlr: trois titres de champion de Suisse de LNA en 1978, 1981 et 1983), je ne me souviens pas que les spectateurs se soient levés une seule fois pour acclamer leur équipe de la sorte. Aujourd'hui, elle gagne et ça leur suffit. Cela leur donne la sensation que Bienne existe, qu'ils vivent eux-mêmes dans une ville gagnante.

– Bienne a l'ambition de monter en Ligue nationale A. Son système ultradéfensif vous semble-t-il transposable tel quel dans la catégorie supérieure?

– Absolument. Il est pratiqué par beaucoup d'équipes. A Lugano, mon fils Jean-Jacques me raconte que quand ils jouent trop défensivement, le public siffle. Car là-bas, seule différence, les spectateurs ne se laissent plus vendre n'importe quel produit. Ils veulent du spectacle.

– Y a-t-il un lien entre l'attitude du public biennois et le tissu économique de la région?

– Très certainement. Il y a une dizaine d'années, Bienne avait une équipe de football, de hockey et de volleyball en LNA. En quelques années, tout a disparu, et elle a longtemps eu la réputation d'être une ville fantôme, alors que ça n'a jamais été le cas. En tout cas du point de vue industriel. Aujourd'hui, pour le public du HC Bienne, il est moins question de revanche que de retrouver le plaisir de supporter une équipe qui gagne.

– Les gens conçoivent-ils que l'avenir du club puisse se limiter à la LNB?

– Non, ils croient à une promotion en Ligue A. Si l'équipe n'y arrivait pas, la déception serait immense, et il faudrait déployer de gros efforts pour reconquérir leur soutien.

– Pourtant, une présence parmi l'élite est semée d'embûches. Ont-ils conscience que Bienne pourrait vivre l'expérience de Coire et de La Chaux-de-Fonds cette saison (néopromus et condamnés à disputer les play-out)?

– Les gens d'ici seraient blessés d'être comparés à ces deux équipes. Dans les tribunes, l'une des banderoles stipule bien qu'ils sont «Fiers d'être Biennois». Cela montre au passage leur besoin de reconnaissance. Pourtant, c'est bien ce qui risquerait de se passer en cas de montée. Langnau, trois ans après son retour en LNA, a encore raté les play-off cette saison. A Bienne, dans un contexte urbain où il y a beaucoup d'autres sollicitations, je doute que les sponsors et les spectateurs auraient la patience d'attendre autant avant que leur équipe ne se stabilise. Qu'ils suivent avec le même engouement leur équipe perdre quinze matches de suite comme le HC La Chaux-de-Fonds.

– Les dirigeants du club entretiennent de fait une relation très ambivalente concernant la promotion en LNA. Ont-ils vraiment le but de monter?

– Ils ont bien dû peser le pour et le contre. Ils ont affiché des ambitions en début de saison: disputer les demi-finales. Et je ne pense pas qu'ils s'arrêteront en si bon chemin. Ils semblent avoir été très actifs sur le marché des transferts. Cela dit, pour faire ce que Langnau a fait, il leur faut changer au moins six joueurs, donc avoir de l'argent.

– Côté sponsors, précisément, existe-t-il un élan suffisant pour permettre au club de rassembler des moyens à la hauteur de ses ambitions?

– Ce sera l'un des grands problèmes. Dans cette ville horlogère par excellence, jamais aucune entreprise de ce secteur n'a été partenaire du club, à part Breitling, qui est à Granges. Même à la grande époque du HC Bienne. Et selon moi, je doute que l'engouement actuel du public réveille les éventuels sponsors.