Exploit

Le grand combat de Stan Wawrinka

Avec beaucoup de courage et de nerfs, le Vaudois élimine Grigor Dimitrov en quatre sets (1-6 7-6 7-6 6-4). Sa première grosse «perf» depuis sa blessure

C'est fou ce que peut contenir un cri. Dans celui que poussa Stan Wawrinka lorsqu'il remporta le tie-break de la deuxième manche (7-3), on pouvait percevoir assez distinctement un mélange de soulagement, de hargne, de douleur plus que de joie, de peur rétrospective et d'espoir retrouvé. Le match n'était pas fini, loin de là - il n'y avait qu'un set partout et l'issue était plus qu'indécise - mais la galère, oui, était terminée.

Une grande force de caractère

Depuis le début de l'année, Wawrinka lutte pour retrouver ses sensations et son niveau après une délicate opération au genou. Il se bat, ne se ménage pas, mais les résultats peinent à suivre. C'est une sorte de seconde carrière qui débute pour lui, avec la perspective de devoir batailler dans des petits tournois contre des adversaires aussi obscurs que déterminés. Tombé au 224e rang mondial, il ne bénéficie plus d'aucune protection lors des tirages au sort.

Celui de Wimbledon lui attribua la tête de série numéro 6, le Bulgare Grigor Dimitrov, sur le Centre Court pour faire passer la pilule. Tout le monde avait regretté son manque de chance; personne n'avait relevé que c'était aussi un sale coup pour Dimitrov. Le grande talent de Wawrinka, c'est sa force de caractère et sa capacité à ne pas dévier du chemin qu'il s'est tracé. «Je joue trop bien à l'entraînement pour que les résultats ne suivent pas», répétait-il encore dimanche. Sa route passait par plusieurs étapes, pas forcément simples à atteindre. «Je savais que ce serait dur, expliqua-t-il au micro de la BBC. Je voulais tenir, m'accrocher et m'améliorer au fil du match.»

C'est ce qui se passa. Dimitrov empocha facilement le premier set (6-1). Dans le deuxième, Wawrinka se donna de l'air en améliorant sa première balle de service. Peut-être inspiré par l'exploit quelques heures plus tôt de sa compagne Donna Vekic, tombeuse de l'Américaine Sloane Stephen (vainqueur de l'US Open et finaliste à Roland-Garros), il mena 4-2, se fit rejoindre à 4-4, mais négocia mieux la fin de set. Une énième faute directe de Dimitrov provoqua son cri libérateur. Celui du noyé qui remonte à la surface.

«On récupère toujours mieux quand on gagne»

«A Roland-Garros, observait récemment Marc Rosset, Stan avait bien joué mais il lui avait manqué une demi-heure de batterie pour passer le premier tour.» Le coup de la panne semblait à nouveau se dessiner lorsque Dimitrov reprit rapidement les devants dans la troisième manche (3-0, puis 5-3 service à suivre). Mais le Suisse ne lâcha pas, ni physiquement, ni mentalement, ce qui mit constamment la pression sur son adversaire. D'un coup, c'est l'ancien Stan que l'on retrouvait, celui d'avant la blessure: prenant plaisir à ce combat, énergique même sur sa chaise, où il peinait à tenir en place.  

Le tie-break, à nouveau, sanctionna sa supériorité sur les points importants (10 balles de break sauvées). Dans la quatrième manche, faisant désormais la course en tête alors que le soleil commençait à décliner sur Wimbledon, Stan Wawrinka acheva l'ouvrage et signa, poing levé, son exploit. Aura-t-il un lendemain? «On verra comment je me sens au réveil mais on récupère toujours mieux quand on gagne.» 

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