Sur le papier, huit ou neuf équipes d'égale valeur peuvent prétendre à la victoire lors de cette deuxième Coupe du monde organisée au Mexique, la Colombie, désignée par la FIFA, ayant dû renoncer en 1983 faute de moyens. Huit ou neuf, oui, mais une seule possède le numéro gagnant: le 10 bleu ciel et blanc, porté par un certain Diego Armando Maradona, le pied gauche le plus magique de l'histoire du football.

A l'époque, Maradona a 26 ans et évolue dans le championnat le plus relevé de la planète, le «calcio», où il mènera le SS Naples à deux titres nationaux, une Coupe d'Italie et une de l'UEFA, en compagnie des stars brésiliennes Alemao et Careca.

Dire qu'en 1986 Maradona conduisit à lui seul l'Argentine vers son second sacre n'est pas exagéré. Inarrêtable, «el pibe de oro» perce toutes les défenses, multiplie les gestes techniques et les passes de génie, marque cinq buts décisifs. Dont un de la main en quart de finale contre l'Angleterre (2-1), que l'arbitre tunisien de la partie n'a pas vu… Pompeusement, Diego affirmera qu'il s'agissait de «la main de Dieu». Lors de la finale très accrochée face à l'Allemagne, au stade Aztèque garni de 115 000 spectateurs, c'est encore «Dieguito» qui offrira sur un plateau le 3-2 à Jorge Burruchaga, grâce à une ouverture diabolique. Dans les gazettes, on ne l'appelle plus que «Maradiva».

Si ce Mondial 86 demeurera d'abord celui du «petit rondouillard» au dribble déroutant, le plus beau duel («le meilleur match de tous les temps», selon les spécialistes) concernera deux autres équipes phares, la France et le Brésil, opposés en quart de finale à Guadalajara. Au tour précédent, Platini, Giresse, Tigana, Fernandez et Cie avaient «sorti» l'Italie championne du monde (2-0), au vétuste stade Olympique édifié pour les Jeux de Mexico 1968. Les «Bleus» viendront à bout des «Cariocas» aux penalties (1-1 après prolongations), mais buteront une nouvelle fois sur l'Allemagne, leur bête noire, en demi-finale. Une Allemagne coachée par Franz Beckenbauer, que l'on n'a «jamais vue aussi mauvaise», et qui passera pourtant à un cheveu du sacre.

Pays hôte, le Mexique subira lui aussi la loi de la «Mannschaft» en quart de finale à Monterrey, le gardien Harald Schumacher stoppant deux penalties au terme de 120 minutes d'un jeu fermé (0-0). Pour les observateurs présents, l'élimination des coéquipiers du célèbre avant-centre Hugo Sanchez tombe comme une bénédiction: à chaque succès des Mexicains, la capitale restait bloquée des heures durant par les manifestations de joie…