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Cet été, les jeunes footballeurs auront l’embarras du choix en Suisse romande.
© Keystone/Gaetan Bally

Football

Les grands clubs attaquent le marché des camps

Le nombre des camps d’entraînement destinés aux jeunes pendant l’été augmente. Ils sont de plus en plus nombreux à afficher le label de la Juventus, de l’Atlético Madrid ou d’une autre grosse cylindrée européenne, alors que d’autres résistent

Imiter les stars d’Arsenal à Epalinges (VD) du 3 au 7 juillet. Suivre les conseils d’entraîneurs formés à l’académie de l’Atlético Madrid à Onex (GE) la semaine suivante. Se perfectionner sous les couleurs de la Juventus à Lentigny (FR) celle d’après.

Cet été, les parents qui souhaitent voir leur enfant arborer le maillot de leur équipe préférée ou les jeunes qui souhaitent prolonger leur saison sous le label d’un grand nom européen auront l’embarras du choix en Suisse romande. Neuf grands clubs représentés, vingt-trois semaines d’entraînement au total: l’offre en matière de camps de foot est en nette augmentation. Une tendance de fond confirmée par Federica Lancini, du service de presse de la Juventus: «Cette saison, nos activités liées à la Juventus Academy ont doublé. Au total, il y a septante Juventus Camps à travers le monde.»

En Suisse, il y en a cinq, dont trois durant l’été. Administrateur délégué de la société Sports 3 Events, Marc Weber est responsable de leur organisation. Créée l’an dernier avec un associé, sa société est liée par un contrat d’exclusivité avec le club. Rencontré dans un restaurant lausannois, le petit-cousin du hockeyeur suisse des Nashville Predators Yannick Weber sort de sa mallette un classeur rempli de photos. «Nous avons eu, par exemple, plus de 120 enfants l’année passée à Prangins, c’était la dernière semaine d’août», lance-t-il, enthousiaste, avant de nous montrer une gourde, un sac et un maillot aux couleurs du club turinois. Le kit que tous les enfants recevront, en plus d’être suivis par trois à quatre entraîneurs de l’académie de la Juve, basée à Vinovo, dans l’agglomération turinoise. L’encadrement classique promis par ces camps labellisés grand club.

Le prix du rêve varie beaucoup selon les camps: la finance d’inscription à ceux de la Juventus coûte 350 francs par semaine. Pour le FC Barcelona Escola Camp, c’est quasiment le double: 695 francs.

Quant au business plan de ces camps, on se heurte à un mur en évoquant le sujet. Impossible de savoir quelle somme atterrit dans les caisses de la Juve et combien gagne la société de Marc Weber. Silence radio. Si l’activité doit bien sûr être rentable, les organisateurs préfèrent ne pas en parler. En tout cas, Marc Weber, grand tifoso bianconero, aimerait développer son activité: «Le but à long terme serait de créer au moins un camp dans chaque canton romand.» Pour l’instant, il y en a uniquement dans les cantons de Vaud et de Fribourg.

A Châtel-Saint-Denis, on accueille les camps de la Juventus depuis 2013. Du 24 au 28 juillet, entre 90 et 120 enfants sont attendus sur les terrains de football du club local. Son vice-président Pascal Genoud, également responsable technique de la Ville, espère que les jeunes du club seront nombreux à y participer, même si le FC Châtel ne gagne rien. La Commune, elle, loue les terrains pour 100 francs par jour. Pascal Genoud minimise l’intérêt financier: «Je n’ai pas l’impression qu’on fait une énorme affaire avec ces camps. Pour nous, ce n’est pas la poule aux œufs d’or.»

En plus du Juventus Camp organisé par Marc Weber, deux autres camps (l’un de juniors C, l’autre organisé par l’ancien joueur de ligue nationale Jean-François Henry) se dérouleront sur la pelouse du FC Châtel cet été. «Il y en a plus qu’avant. Il y a trois ans, il n’y avait que celui de la Juve», constate Pascal Genoud.

Les locaux face aux franchisés

Si l’augmentation est visible au niveau microlocal, elle est encore plus frappante au niveau régional. L’exemple genevois est le plus caractéristique. Du Benfica à l’Olympique de Marseille, en passant par Southampton ou Barcelone, sept grands clubs européens labellisent quatorze semaines d’entraînement au bout du Léman. Une tendance qui a coûté son existence au camp de l’Association cantonale genevoise de football (ACGF). «On a organisé des camps à Leysin durant plus de dix ans, mais c’était une période où il y en avait peu par ailleurs», déplore le président Pascal Chobaz. Depuis 2014, l’ACGF a jeté l’éponge. La forte concurrence dans la région genevoise a contribué à cette décision. «Pour les organisateurs, c’est clairement une activité commerciale importante. Certains parents attachent une importance au nom du club lié aux camps, mais je ne suis pas sûr que ça garantisse leur qualité.»

Du côté de l’Association cantonale vaudoise de football (ACVF), on continue à résister à l’envahisseur. Le camp historique de Gimel a toujours lieu. «Les personnes qui s’en occupent ont une longue expérience et ne sont pas là pour le profit. Ce camp est une belle école de vie», affirme Gérard Vontobel, président de l’ACVF.

Organisé du 3 au 7 et du 10 au 14 juillet, le camp de Gimel est financé avec la publicité, des contributions de l’Association et de Jeunesse + Sport, ainsi que grâce aux recettes liées aux inscriptions. Chaque enfant débourse 320 francs par semaine. Un prix qui reste dans la gamme des camps de la Juventus. Mais à Gimel, le montant comprend, en plus des charges habituelles, diverses activités qui ne sont pas liées au football ainsi que l’hébergement. Ce camp se veut donc très accessible.

Lorsqu’il s’agit d’évoquer les camps liés à des grands clubs, Gérard Vontobel tape du poing sur la table. «Ce sont des camps parallèles, pseudo-professionnels, ils font miroiter du rêve aux enfants avec des noms d’équipes connues. C’est tentant pour les parents mais ces camps sont mal perçus par la plupart des clubs locaux.» D’après lui, ces «camps parallèles» font croire aux enfants qu’ils pourraient approcher les équipes des grands clubs et se faire repérer, alors que les vrais moyens pour détecter les talents sont ailleurs. «Ici, nous avons déjà Team Vaud et les sélections cantonales. C’est souvent suffisant pour déterminer si un joueur est bon.»

Federica Lancini, du service de presse de la Juventus, assure que la détection de talents n’est pas le but de ces camps: «En premier lieu, ils visent le développement des jeunes en tant que personne, puis en tant que joueur. L’objectif est de s’amuser tout en s’améliorant du point de vue technique.» Une opinion partagée par Marc Weber. «Ces camps ne servent pas du tout à détecter les talents. Nous ne voulons pas leur mentir en leur disant qu’ils vont débarquer en première équipe, simplement leur permettre de passer un bon moment.»

Un label comme gage de qualité

Face à ces concurrents de plus en plus nombreux et aux logos attrayants, comment font les camps plus locaux pour survivre? Le label ASF répond en partie à cette question. Ceux qui souhaitent l’obtenir doivent remplir plusieurs critères: le camp doit être géré par un responsable technique avec un diplôme de l’ASF et les moniteurs doivent avoir un diplôme Jeunesse + Sport, entre autres exigences. «Heureusement que ce label est là, c’est une très bonne chose», scande Gérard Vontobel.

Pour l’instant, du côté des camps labellisés par les grands clubs, seuls ceux de l’OM disposent du label, mais Marc Weber entend bien l’obtenir aussi et a entrepris les démarches nécessaires. En 2016, le label a été distribué 36 fois: 17 pour des clubs suisses, locaux ou nationaux, 16 pour des sociétés ou pour des privés, deux pour des associations cantonales et un pour un centre sportif au Tessin.

Sur 23 types de camp organisés en Suisse romande, neuf ont obtenu le label l’année passée, quatorze ne l’ont pas eu ou pas demandé. Certains n’ont pas vraiment besoin de ce gage de qualité.

Derniers arrivés en date, les camps labellisés Atlético Madrid. Ils sont gérés par la société Most Sàrl, dont le siège est à Troinex (GE). Elle organise déjà les camps du Benfica et cherche à se développer. «Nous avons aussi eu des appels d’autres clubs», annonce Roberto Pereira, responsable de l’organisation des camps du club espagnol. «Malgré la concurrence, on arrive à trouver notre place. A Genève, le football compte 15 000 licenciés…» A Onex, Lentigny, Châtel-Saint-Denis ou Epalinges, les jeunes seront nombreux à fouler la pelouse cet été en imitant leurs stars favorites. L’année prochaine, ils seront sans doute davantage. Le phénomène des camps de foot ne semble pas près de s’arrêter.


Les camps parrainés par des joueurs souffrent de la concurrence

Une tendance en remplace une autre. En Suisse, l’augmentation du nombre de camps liés à des grands clubs européens touche aussi ceux qui ont eu le même succès auparavant: les camps de vieilles gloires, ou de joueurs toujours en activité. De 2007 à 2014, l’ancien international suisse Nestor Subiat a organisé des camps pour les jeunes en Suisse romande. «J’en garde un très bon souvenir mais je voulais passer à autre chose», lâche l’ex-attaquant d’origine argentine. S’il affirme ne pas avoir arrêté ses camps à cause de la concurrence, il a bien constaté qu’elle était en augmentation depuis dix ans. «Il y avait peu de camps à l’époque, mais depuis, il y en a partout…»

L’ancien attaquant ne voit pas forcément d’un bon œil la nouvelle tendance des camps au nom de grands clubs: «Je faisais des camps pour rendre au football ce qu’il m’avait donné, j’accompagnais même les enfants en bus. Maintenant, ils font miroiter que tel ou tel joueur va venir mais ce n’est pas forcément le cas.»

Difficile de s’en sortir

Les Djourou Soccer Camps existent, eux, depuis 2010, organisés à l’initiative de Bonato Costa, l’agent de Johan Djourou. Leur raison d’être: venir en aide à une fondation qui œuvre avec des écoles au Sénégal. Mais il devient même difficile pour le responsable de s’en sortir du point de vue financier. «C’est moi qui avance tous les fonds et nous avons 9000 francs par année de perte…» Cette année, le Djourou Soccer Camp n’aura pas lieu, notamment parce que le défenseur international n’était pas sûr de pouvoir être présent.

Selon Bonato Costa, les camps non labellisés par les grands clubs peuvent néanmoins résister en misant sur la qualité: «Les petits camps qui veulent tenir le coup doivent avoir une bonne structure, même s’ils n’ont pas l’aura des grands clubs.»

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