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Si Granit Xhaka daigne courir un peu…

L’équipe de Suisse est une bonne équipe, mais pas une très bonne équipe parce qu’elle dépend trop de la forme et du rendement de ses joueurs cadres, estime Stéphane Henchoz dans sa chronique au «Temps»

Le barrage entre la Suisse et l’Irlande du Nord a donné lieu à deux matches très serrés sur le strict plan du score. Toutefois, et sans discussion possible, la meilleure équipe s’est qualifiée. Le match retour n’aurait pas dû se terminer sur un 0-0. La Suisse doit mener 3-1 à la mi-temps, ce qui lui aurait probablement permis de marquer encore un ou deux buts en contre en seconde période. L’Irlande du Nord a bénéficié du fait que la Suisse ne marque pas pour rester dans le match jusqu’au bout, mais cette équipe ne vaut pas mieux qu’une moyenne D2 anglaise.

Bons, mais pas assez

La Suisse a du mérite à se qualifier régulièrement pour les phases finales. Nous sommes un petit pays de 8 millions d’habitants, avec environ 200 000 licenciés masculins. La Bavière – pas l’Allemagne, seulement la Bavière – c’est 1,5 million de licenciés et 37 ligues, ce qui donne quand même au départ plus de chance à l’Allemagne de sortir les deux ou trois joueurs d’exception qui font la différence au plus haut niveau. La Suisse fait du bon travail et a une bonne équipe, mais elle n’a pas une très bonne équipe. En barrage comme en qualifications, nous avons eu de la chance de tomber sur des adversaires moyens, faibles ou très faibles.

Cela s’est fait ressentir très cruellement lors du match contre le Portugal, qui possède, lui, une très bonne équipe. D’accord, nous avons mieux géré que par le passé les matches contre les équipes qui nous étaient inférieures mais cette «finale» à Lisbonne ressemblait à un examen de passage et nous l’avons raté. Pour moi, la sanction était claire: 3/6, insuffisant. Recalé.

Réservoir de joueurs trop restreint

La différence entre le Portugal et la Suisse n’est pas une question de système, ni de tactique, ni d’entraîneur; c’est une question de qualité des joueurs. Si vous faites une sélection des onze meilleurs joueurs des deux camps, vous aurez 9 Portugais et 2 Suisses. Il n’y a pas assez de bons joueurs en Suisse.

Une autre manière de s’en rendre compte est de faire la liste des 23 pour la Russie: à une ou deux inconnues près, elle est déjà connue. Prenez le cas de la France: Didier Deschamps a le choix entre sept défenseurs centraux, une dizaine de milieux de terrains et une douzaine d’attaquants.

Le football suisse ne dispose pas de ce réservoir. Il est dépendant de l’état de forme de 6 ou 7 joueurs qui forment l’ossature de l’équipe nationale. Si l’un ou plusieurs de ces joueurs sont absents ou en méforme, le niveau global de l’équipe s’en ressent immédiatement. Cela n’arrive pas dans les grands pays de football. Le Portugal, par exemple, nous a facilement battus alors que Cristiano Ronaldo a été très moyen.

Les irremplaçables

Ces irremplaçables sont Sommer, la charnière Schär-Djourou, Lichtsteiner, Rodriguez, Behrami, Xhaka et Shaqiri. J’ai souvent été critique avec Fabian Schär, mais il a progressé et il forme un duo qui tient la route avec Djourou. Lichtsteiner reste une personnalité, un joueur important et un latéral qui prend le couloir chaque fois que Shaqiri se remet sur son pied gauche.

Ricardo Rodriguez, malgré son but à l’aller et son sauvetage au retour, est actuellement un peu en dedans. Il fait le boulot, sans plus. Au milieu, Behrami n’a pas joué et on a vu combien son impact physique et son agressivité sont indispensables. Zakaria a du potentiel mais il n’a pas ce profil de harceleur. Dimanche, il n’a pas été aidé par Xhaka, dont les prestations sont nettement insuffisantes.

Xhaka se contente de trop peu

J’ai joué avec Xabi Alonso à Liverpool. Lui non plus n’était pas très rapide, ni très vif, lui aussi avait une super-qualité de passes, mais il se bougeait autrement le c..! Xhaka se contente de trop peu. Il devrait toucher tous les ballons. Vladimir Petkovic ne peut pas le sortir de l’équipe, mais il doit lui faire comprendre qu’il faut faire plus.

Xhaka ne peut pas jouer en 10 parce qu’il est trop lent, ni en 8 parce qu’il ne fait pas les appels; alors en 6, s’il touche un ballon toutes les cinq minutes, il ne sert à rien! Shaqiri est moins critiquable. Lorsqu’il est au top physiquement, il est capable de donner de super-ballons avec son pied gauche.

Joueurs cadres doivent progresser

D’ici au mois de juin, Akanji sera peut-être devant Djourou, et Embolo, s’il joue régulièrement avec Schalke au second tour, mettra Seferovic sur le banc. Mais on ne va pas découvrir en six mois le joueur capable de marquer contre l’Argentine en huitième de finale. 

L’équipe de Suisse ne progressera que si ses joueurs cadres progressent. A l’exception de Lichtsteiner et Behrami, ils sont encore jeunes. Moi, j’ai passé un cap à 26 ans parce que je suis tombé à Liverpool sur un entraîneur adjoint, Phil Thompson, qui m’a confié des trucs de défenseurs dont jamais personne ne m’avait parlé. Il faut souhaiter qu’ils fassent à leur tour des rencontres de ce genre dans leur club.

* Ancien défenseur de Liverpool, 72 sélections en équipe de Suisse.

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