Euro 2016

Granit Xhaka, le héros malheureux de l’équipe de Suisse

Il fallait bien que quelqu’un rate un penalty, samedi, et ce fut lui. Avant cela, le futur joueur d’Arsenal avait réussi un tournoi de tout premier ordre. L’avenir lui appartient

«C’est le pire souvenir de ma carrière, j’en rêve encore la nuit. Si je pouvais effacer un seul moment de ma carrière, ce serait ce penalty.» Ainsi parle la légende du football italien Roberto Baggio, dont le tir au but raté offrit, en 1994, la Coupe du monde au Brésil. Autre époque, autre lieu, autre enjeu, mais même drame: samedi contre la Pologne, le joueur le plus coté de l’équipe de Suisse a manqué la cible. «Seuls ceux qui ont le courage de tirer un penalty peuvent le louper, dit encore Baggio. Je n’ai jamais fui mes responsabilités.» Granit Xhaka non plus.

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Depuis la qualification de la Nati pour l’Euro, le 9 octobre 2015 après une victoire 7-0 contre Saint-Marin, il s’est passé plus de choses dans la vie de footballeur du demi-formé à Bâle que dans celle de n’importe lequel de ses coéquipiers. Avec l’éviction de Gökhan Inler, pas assez aligné avec son club pour demeurer le dépositaire du jeu de l’équipe de Suisse, il s’est retrouvé avec les clés en mains du jour au lendemain; naissance d’un patron. Avec son transfert à Arsenal pour une quarantaine de millions d’euros, il est devenu à deux semaines et demie de l’Euro le joueur le plus cher de l’histoire du football suisse; naissance d’une star. Avec le match contre l’Albanie de son frère Taulant, il a symbolisé toute la tension identitaire de ce drôle derby; naissance d’une icône.

90% de passes réussies

En toile de fond, une pression dingue sur ses jeunes épaules. A 23 ans, il fallait faire oublier le bon vieux capitaine de la Nati; convaincre les fans d’Arsenal qui profitaient de l’Euro pour le découvrir; réussir à gérer ses émotions dans ce si étrange, fratricide et fraternel Suisse-Albanie. Et il a réussi, Granit Xhaka. Désigné homme du match lors des deux premières rencontres de son équipe (face à l’Albanie et la Roumanie), il a véritablement donné son orientation et son rythme au jeu suisse avec, de loin, le plus grand nombre de ballons touchés durant la compétition. Et une proportion de passes réussies de plus de 90% (culminant même à 96%, soit 88 bons ballons sur 92, contre la France).

Les médias suisses ne demandaient qu’à être séduits; ils l’ont été. La presse britannique attendait de voir; elle n’a pas été déçue. Le brand new Gunner est créatif autant que combatif, élégant autant qu’intransigeant. Ses prestations ont fait l’unanimité ou presque. «Granit est devenu le vrai meneur de l’équipe nationale, relevait le défenseur central Steve von Bergen du haut de toute son expérience. Franchement, il n’y a pas de soucis à se faire pour lui à Arsenal.»

La tête dure

En France, il n’aura manqué à sa partition qu’une envolée vraiment géniale, un coup d’éclat. Au-delà de ses ballons d’orfèvres, de ses longues ouvertures, de son élégance technique qui régalent les puristes. Une passe décisive, un but, quelque chose qui puisse valider même aux yeux de ceux qui ne s’intéressent au foot que tous les deux ans (soit pour les grands tournois) son impact sur (l’histoire de) l’équipe de Suisse. Ou alors un résultat extraordinaire qui puisse être mis à son crédit.

Mais la Suisse a été éliminée par la Pologne. Et l’Euro de Granit Xhaka ponctué de la pire des manières possibles. Dans le costume de celui qui fait perdre son équipe lors d’une séance de penalties. Un costume qui ne lui va pas mieux qu’à Roberto Baggio. Le numéro 10 de l’Italie pouvait lui au moins rappeler que Baresi et Massaro avaient aussi échoué face au gardien brésilien Taffarel. Celui de la Suisse doit vivre seul avec son échec. Mais le jeune homme a la tête dure, les idées claires, il sait qu’il en fallait un. «Cette fois, c’est tombé sur moi, glissait-il après le match aux journalistes. Cela ne m’empêchera pas de m’élancer la prochaine fois dans cette situation.» Ni de demeurer le patron de la Nati pour les dix prochaines années.

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