Sur le moment, les supporters suisses n’ont pas forcément compris pourquoi Granit Xhaka a revêtu, à l’envers, le maillot de son coéquipier Ardon Jashari après la victoire contre la Serbie (3-2), synonyme de qualification pour les huitièmes de finale de la Coupe du monde.

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Elu homme du match de la rencontre, le capitaine de la Nati a été appelé à expliquer ce geste en conférence de presse. «Je voulais rendre hommage à un jeune joueur qui est déjà à 20 ans le capitaine du FC Lucerne et dont la carrière s’annonce magnifique», a déroulé le milieu de terrain d’Arsenal, ajoutant qu’il appréciait beaucoup son coéquipier et qu’il passait du temps avec lui chaque jour. Et puis il a précisé: «Il n’y avait rien de politique dans ce geste.»

Histoire familiale

Côté serbe, on avait un peu de peine à y croire. Car Jashari est également le nom d’un des principaux fondateurs et dirigeants de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK), Adem Jashari. Cet homme, qui donne son nom à l’aéroport de Pristina, est à la fois considéré comme un héros national par les Albanais et comme un criminel de guerre par les Serbes, qui l’ont abattu le 7 mars 1998 - avec une cinquantaine de membres de sa famille - lors d’une opération sanglante…

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Les jours précédant la rencontre, Granit Xhaka avait assuré qu’il n’allait pas revenir sur le terrain de la provocation, quatre ans après avoir célébré son but contre la Serbie à la Coupe du monde 2018 en mimant l’aigle bicéphale symbole de l’Albanie. A-t-il toutefois tenu à saluer la mémoire d’un homme dont la lutte pour l’indépendance du Kosovo est une cause liée à l’histoire de sa propre famille? Le père de Granit Xhaka, Ragip, avait on le sait été incarcéré dans les années 80 avant de rejoindre la Suisse.

Selon l’Association suisse de football (ASF), aucune procédure n’avait été ouverte samedi à l’encontre de Granit Xhaka. «Granit assure que son message n’avait aucune connotation politique», affirme la cellule de communication de l’instance. L’ambiguïté du geste est indéniable, mais il apparaît compliqué pour la FIFA de punir un joueur pour avoir porté le maillot d’un coéquipier… L’affaire devrait en rester là.

Se serrer la main

A Doha, les retrouvailles entre la Suisse et la Serbie ne furent pas épargnées par les provocations, notamment de la part des buteurs serbes Aleksandar Mitrovic et Dusan Vlahovic. Granit Xhaka était parvenu à conserver la maîtrise de ses nerfs avant d’être pris dans une véritable rixe en fin de rencontre, au sortir de laquelle il s’est vu brandir un carton jaune.

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Egalement au cœur de ce début d’échauffourée, Breel Embolo relativisait la gravité de la scène après le coup de sifflet final: «Il y a eu des insultes, des mauvais gestes, mais cela peut faire partie d’un match de football, dédramatisait-il. C’est la tension du moment. L’important, c’est qu’au coup de sifflet final, tout le monde se sert la main, et c’est ce qu’il s’est passé en l’occurrence.

Entraîneur assistant de l’équipe de Suisse, Vincent Cavin déployait le même argumentaire: «Il y a eu des duels et des mots, mais je n’ai pas l’impression que c’était sensiblement plus que lors d’un match lambda. Les membres des deux équipes se sont saluées à la fin, il n’y a pas de problème.» Et pas de sanction à retardement pour Granit Xhaka non plus, pense (et espère) le Vaudois. La Nati affronte le Portugal mardi en huitièmes de finale.