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Grégoire Barrere habite Boulogne-Billancourt, à quelques hectomètres de Roland-Garros.
© Virginie Bouyer

projet godard

Grégoire Barrere, invité à domicile

Cette année, Le Temps suit Roland-Garros en partant d'un joueur inconnu, puis de son vainqueur et ainsi de suite. Classé au 237e rang mondial, Grégoire Barrere disputera mardi son premier match dans un tournoi du Grand Chelem

Le projet Godard

En 2007, dans une interview à L’Equipe, Jean-Luc Godard expliquait comment rendre compte au mieux d’un tournoi de tennis: prendre un joueur inconnu qui dispute le premier tour, le suivre jusqu’à ce qu’il perde, puis poursuivre avec son vainqueur, et ainsi de suite jusqu’à la finale. En 2016, Le Temps réalise le projet Godard.

 

Lorsqu’il pleut à Roland-Garros, la vie se déporte sous les tribunes du court Central. Le public s’agglutine dans les galeries marchandes tandis que les joueurs se retrouvent au players' lounge. Un espace privatif où quelques invités ou accrédités peuvent s’amuser à mettre des noms sur les visages. Les stars y sont rares, au contraire des seconds rôles. On y croise le Serbe Viktor Troïcki, l’Italien Simone Bolelli, la Japonaise Naomi Osaka, l’Ecossais Jamie Murray, le Russe Michael Youzhny, plus quelques vieilles gloires françaises de passage comme Fabrice Santoro, Cédric Pioline et Michael Llodra.

Un peu à l’écart, attablé devant un plat de pâtes, face à son amie Marion, Grégoire Barrere contemple ce tableau à la fois irréel et familier. Ces lieux, il les connaît par cœur. Il s’entraîne à l’année au centre national d’entraînement (CNE) de Roland-Garros. «On mange ici tous les jours, mais d’ordinaire c’est un peu moins bon», sourit ce beau jeune homme (22 ans) aux longues boucles brunes et au sourire accrocheur. Ce qui lui semble irréel, c’est de partager leur table, lui le 237e mondial, et leur vestiaire, fermé le reste de l’année.

L’an passé, ce jeune espoir du tennis français avait obtenu une invitation pour le tournoi qualificatif. Il espérait en ravoir une cette année mais a été propulsé directement dans le tableau principal. «Un super-cadeau», remercie-t-il. Il semble devoir cette opportunité à son sérieux à l’entraînement et ses bons résultats en tournois. «J’ai quelques victoires sur des mecs classés 110, 120», détaille-t-il sans forfanterie ni fausse modestie.

Du coup, au lieu de batailler sur les courts annexes pour arracher sa qualification, il s’est reposé puis préparé depuis dix jours. Mardi, il jouera pour la première fois un match dans un tournoi du Grand Chelem. Le sort lui a désigné au premier tour le Belge David Goffin, tête de série numéro 12. Les deux hommes ne se sont jamais affrontés et ne se connaissent pas. «Je ne l’ai même encore jamais vu jouer», a confié Goffin à ses compatriotes. Grégoire Barrere a sur ce plan-là un tout petit avantage. «Je suis pote avec Lucas Pouille qui l’a déjà joué deux fois cette année. Je pense qu’il va me donner quelques petits tuyaux. Mais je sais déjà à quoi m’attendre: un joueur de ce niveau fait tout très bien.»

Originaire de la région parisienne (Saint-Maur-les-Fossés, dans le Val-de-Marne), il habite Boulogne-Billancourt, à quelques hectomètres du stade. «Tous les joueurs du CNE ont pris un appartement dans le quartier», explique-t-il. Il pourrait venir à pied, mais prendra quand même la navette, pour ne pas se disperser. Et aussi pour profiter de l’organisation parfaite des grands tournois. «Il y a beaucoup de monde mais c’est très bien géré, s’étonne-t-il. Dans les épreuves Challengers, et plus encore en Future, les clubs ne sont souvent pas terribles. Parfois, il n’y a même pas de club, juste des terrains. Et presque pas de public.»

Dans sa famille, père retraité, mère dans la communication, tout le monde fait du tennis. Il se souvient davantage d’avoir assisté au tournoi en salle de Bercy en octobre qu’à Roland-Garros au mois de juin mais a été marqué par la victoire de Roger Federer en 2009. Troisième d’une fratrie de cinq, il a une sœur cadette, Eléonore, qui s’est aussi lancée à l’aventure sur le circuit professionnel. Lui commence à s’extraire des bas-fonds, après quatre ans de lutte pour glaner ici quelques points, là une poignée de dollars. «La différence entre les joueurs est souvent minime et les matchs sont très serrés.»

Le déclic s’est produit lors d’un tournoi Challenger pour lequel il avait reçu une invitation. «J’ai bien joué, et ça m’a permis de m’extraire des tournois Future.» Heureusement, car quatre ans c’est long… «Beaucoup abandonnent, d’autres insistent bien plus longtemps, constate-t-il. L’important est de ne pas perdre espoir.» Son invitation n’est pas qu’un cadeau sportif; elle lui garantit un minimum de 30 000 euros. «Il faudra retirer les impôts mais cela va me financer une bonne partie de la saison.»

Lundi, il s’attendait un peu à cogiter le soir dans son lit. «J’ai envie de bien faire, c’est normal, mais il faut éviter de surjouer.» Pour le supporter, il pourra compter sur les copains, son entraîneur (l’ancien joueur Jérôme Pottier, payé par la fédération) et sa famille. Combien viendront? «Lorsque l’on entre dans le tableau principal, on reçoit des billets pour les matchs mais je ne sais pas encore combien.» Très sollicité, il ne pourra pas satisfaire tout le monde. «Plein de gens me demandent des places et je n’aime pas beaucoup ça. Je préfère moi offrir des billets à quelqu’un qui ne m’a rien demandé.» C’est ainsi qu’il a obtenu le sien: sans l’avoir sollicité. Désormais, il espère simplement s’en montrer digne.

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