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Les Bleus ont eu plus de temps pour récupérer, sous l’expertise de Grégory Dupont (en blanc), leur directeur de la performance et scientifique accompli.

Coupe du monde 2018 

Grégoire Millet: «Oui, la finale souffre d’une petite iniquité»

Le jour de repos supplémentaire de la France par rapport à la Croatie n’est pas anodin, estime le spécialiste Grégoire Millet, mais d’autres aspects de la condition physique sont également à considérer

La France a obtenu sa qualification pour la finale de la Coupe du monde 24 heures avant la Croatie. En plus, la formation des Balkans est passée trois fois par trente minutes de prolongations, soit l’équivalent d’un match de plus que les Bleus sur ces deux dernières semaines. Professeur à l’Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne, le spécialiste Grégoire Millet analyse les répercussions potentielles sur la fraîcheur physique des deux formations avant leur confrontation dimanche (17 heures).

Quel défi pose, sur le plan de la condition physique, un mois de Coupe du monde?

La donnée de base, c’est qu’il est très compliqué de maintenir un pic de forme au-delà de trois à quatre semaines. Ce que l’on observe souvent, et dans cette Coupe du monde notamment, c’est que certaines équipes «poussives» au départ se révèlent petit à petit, quand d’autres flambent lors de leurs premiers matchs avant de s’effondrer. Je pense par exemple au Mexique en l’occurrence.

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On peut donc imaginer qu’une équipe qui se projette jusqu’au bout du tournoi – comme le Brésil, l’Allemagne ou la France – n’envisage pas la préparation physique de la même manière que celles qui ont pour principal objectif de survivre au premier tour?

Oui. Mais les équipes qui périodisent leur préparation physique pour atteindre leur pic de forme après leurs premiers matchs risquent de souffrir et, cette année, nous avons bien vu que personne n’avait la garantie de passer la phase de groupes. Mais quand, lors de leurs premières rencontres, on entendait les Français se plaindre de la fatigue, c’est clair qu’on peut se demander si ce n’était pas prévu. C’est possible: je connais bien leur directeur de la performance, Grégory Dupont, pour avoir fait partie de son jury de thèse, et il est excellent. Très au fait de la littérature scientifique dans le domaine. Cela dit, il ne faut pas fantasmer la précision des effets de la préparation physique, surtout dans un sport aussi complexe que le football.

La France a bénéficié d’un jour de repos en plus par rapport à la Croatie avant la finale. Quelle influence?

Je pense que ce ne sera pas forcément déterminant, mais c’est clair que cela induit une petite iniquité entre les deux équipes, surtout dans certains secteurs du jeu. On récupère beaucoup plus vite au niveau des qualités de vitesse et d’explosivité que d’endurance, par exemple. Grosso modo, pour restaurer des aptitudes de sprint, il faut compter 48 heures, donc il n’y aura pas de problème sur ce plan-là, même pour les Croates. Par contre, pour retrouver sa capacité à produire de gros volumes de course, il faut compter entre 72 et 96 heures. On peut donc imaginer que les milieux de terrain récupérateurs croates souffriront davantage de fatigue résiduelle que leurs homologues français.

Nous sommes face à des joueurs qui ont un tel bagage technique que même émoussés physiquement, ils réussissent leurs gestes

Est-ce que cela peut impliquer une modification du style de jeu?

Les deux finalistes cumulent différent types de fatigue, aussi sur le plan psychologique et cognitif. On sait que cela altère davantage le jeu rapide et court, à l’espagnole si vous voulez, car il nécessite des prises d’information et de décision dans des délais extrêmement brefs. Mais comme ce n’est ni le style des Bleus ni de la Croatie, cela ne se fera pas forcément ressentir. Et la fatigue n’altérera pas la capacité de Luka Modrić à réussir une longue transversale millimétrée. Nous sommes face à des joueurs qui ont un tel bagage technique que même émoussés physiquement, ils réussissent leurs gestes.

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Une finale de Coupe du monde de football se gagne-t-elle à la qualité de la préparation physique?

Si vous préparez un marathon, vous allez pouvoir régler très précisément votre affûtage en contrôlant le volume d’entraînement et en diminuant progressivement la fatigue avant le jour J. Une finale de Coupe du monde de football, c’est plus compliqué car il s’agit d’un sport multifactoriel, avec des chocs, des inflammations, des petites blessures et aussi une succession de matchs qui limite la capacité d’organiser des vraies séances de préparation physique substantielle. Donc, celle-ci joue bien sûr un rôle. Sans doute que les Croates ressentiront un peu plus les effets de la fatigue au début du match. Mais je pense qu’il y a d’autres aspects, émotionnels notamment, qui entrent en ligne de compte au moment d’une partie aussi importante…

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