Tennis

A Gstaad, la femme est l’avenir de l’homme

Le Ladies Championship – qui se déroule jusqu’à dimanche – ne sera pas rentable dès sa première édition, mais ses organisateurs sont convaincus qu’il le deviendra. Même s’il y a de plus en plus de tournois en Suisse

«Vous avez vu la finale de Wimbledon entre Serena Williams et Angélique Kerber? Quel match! J’ai rarement vu une telle intensité, même sur le circuit masculin.» Jean-François Collet avoue volontiers qu’il n’est pas le plus fin connaisseur du tennis féminin, mais son intérêt va croissant. Comme spectateur, et surtout comme acteur: le patron de Grand Chelem Event est désormais à la tête d’un tournoi estampillé WTA, à Gstaad. Il se déroule cette semaine, bien calé entre une étape du World Tour de beach-volley et le Swiss Open de tennis masculin, qu’il dirige également.

La station huppée de l’Oberland bernois avait déjà accueilli des joutes tennistiques féminines, mais jusqu’en 1983 seulement. Pour qu’elles y reviennent, il aura fallu un curieux alignement des astres. Les organisateurs du tournoi de Bad Gastein, en Autriche, ont jeté l’éponge et il y avait un créneau à prendre pile la semaine précédant le tournoi masculin de Gstaad. «Nous avons saisi une opportunité, résume «Jeff» Collet. D’autres étaient sur les rangs, mais n’étaient pas prêts pour cette année déjà. Si nous avions attendu, nous n’aurions pas eu le tournoi. Mais puisque nous pouvions profiter des infrastructures existantes du tournoi masculin, nous avons eu le courage de nous lancer directement.»

Cinq tournois en Suisse

Un courage qui a un prix. Cette année, l’événement ne sera pas rentable, «même si le public se déplace en nombre». Déficit escompté? «On en reparle après le tournoi», sourit l’organisateur, prudent. Une autre ombre plane sur le central: la multiplication des tournois de tennis de haut niveau en Suisse. Il y avait déjà, à l’ATP, le Swiss Open de Gstaad, les Swiss Indoors de Bâle et le Geneva Open. Il y a désormais le Ladies Championship de Gstaad et, dès 2017, Bienne accueillera également sa compétition WTA.

La passion de la population suisse pour la petite balle jaune n’est plus à démontrer. Mais cinq grands tournois? «C’est trop, estime d’emblée Jean-François Collet. Le public est-il prêt à se déplacer sur autant d’événements? Y a-t-il assez de sponsors? La télévision peut-elle suivre? Je ne sais pas. Attention, je ne jette bien sûr la pierre à personne. Mais je doute que dans dix ans la situation soit identique à celle qui s’annonce en 2017.»

Si Grand Chelem Event a accepté de perdre de l’argent (au moins) une année et de se lancer sur un marché qui arrive à saturation, il y a bien une raison. Une raison qu’incarne, à Gstaad, la Vaudoise Timea Bacsinszky. Après des années d’exploits, des victoires en Grand Chelem, un triomphe en Coupe Davis, les héros du tennis masculin helvétique prennent de l’âge. Roger Federer aura 35 ans le 8 août, Stan Wawrinka a soufflé 31 bougies en mars. Viendra bien un moment où il faudra (ré) apprendre à vivre sans eux. Et les stars de demain se font attendre à l’ATP. Henri Laaksonen ne pointe qu’au 166e rang à 24 ans. Antoine Bellier n’a que 19 ans, mais reste loin des meilleurs (ATP 536).

Chez les dames, par contre, une nouvelle génération est prête à reprendre le flambeau. Belinda Bencic (15e au ranking WTA) flirte avec le top 10 alors qu’elle n’a que 19 ans. Timea Bacsinszky (17e) vit une seconde jeunesse à 27 ans. Viktorija Golubic (23 ans) a montré lors de la finale de la Fed Cup qu’elle pouvait valoir mieux que ce que son classement (105e) dit d’elle.

Nouvelle dimension

Timea Bacsinszky sourit. «On ne peut pas nous mettre dans le même panier que Roger et Stan, ils ont accompli tellement de choses, glisse-t-elle. Mais s’il y a un flambeau à reprendre, je crois qu’on a commencé à le faire depuis une année.» La Vaudoise de 27 ans a parfaitement raison. En 2015, elle signait la meilleure saison de sa carrière et changeait de dimension. Désormais, ses adversaires l’attendent au tournant et le public l’attend tout court. Le programme des Nations unies sur le sida (ONUSIDA) l’a présentée lundi comme sa nouvelle ambassadrice mondiale pour la jeunesse.

Avant cela, le Ladies Championship de Gstaad en avait fait son visage. «Pour notre tournoi, la participation de Timea est extrêmement importante, souligne Jean-François Collet. Quand elle a annoncé qu’elle serait là, l’intérêt autour de l’événement a explosé. Elle a assis notre crédibilité.»

De fait, la sympathique joueuse ne prend pas son rôle à la légère. «Moi, ce qui me rend heureuse, ce sont mes performances sur le terrain. Après, ce rôle d’ambassadrice qu’on me propose, c’est assez fou… Je ne sais pas quel impact mes pensées ou mes croyances peuvent avoir sur la vie des gens. Je veux en tous les cas donner une image positive, car c’est ainsi que je suis la plupart du temps. Et si je peux être une inspiration, c’est un honneur.»

Pour «Jeff» Collet, il faut néanmoins que les tournois parviennent à vivre sans les stars locales… même s’ils vivent mieux avec. «Le soutien de Timea nous a donné du courage. Mais nous aurions lancé le tournoi même sans joueuse suisse pour le porter. A Gstaad, nous avons la chance d’avoir d’autres atouts.» Le grand air de la montagne?

«C’est un peu ça. La station, oui, ça joue un rôle. J’ai d’ailleurs l’impression que les femmes sont plus sensibles à cet aspect que les hommes. Dans le tennis masculin, les joueurs sont plus focalisés sur le résultat, le prize-money. D’ailleurs, je remarque que beaucoup de ceux qui viennent régulièrement au Swiss Open sont des joueurs mariés… Leurs épouses apprécient vraiment l’atmosphère et cela les incite à revenir.» A Gstaad, comme pour le tennis suisse à moyen terme, la femme est l’avenir de l’homme.

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