Reportage

Chaque été à Gstaad, le festival du sport

Au mois de juillet, le petit village de l’Oberland bernois vibre au rythme de ses tournois de beach-volley et de tennis. Des événements qui font la joie des organisateurs et qui permettent surtout de booster le tourisme dans la région

La belle histoire de Yannick Hanfmann, matricule 170 du classement ATP, n’aura pas été jusqu’au bout. L’Allemand de 25 ans, issu des qualifications, avait déjoué les pronostics jusqu’à se hisser en finale du Swiss Open, mais il a finalement dû s’y avouer vaincu par Fabio Fognini, 31e joueur mondial (6-4 7-5). Comme Manu Chao sur la grande scène de Paléo, l’Italien de 30 ans a ainsi eu l’honneur de faire la clôture du festival du sport de Gstaad.

Pour le deuxième été consécutif, il s’étendait sur tout le mois de juillet, quand le rendez-vous musical nyonnais ne dure que six jours. Du 4 au 9, il y a d’abord eu le Gstaad Major, l’un des quatre tournois de beach-volley les plus importants de la saison. Du 15 au 23, place au tennis féminin avec le Ladies Championship, un tournoi WTA relancé en 2016. Du 22 au 30 enfin, de nombreux joueurs du top 50 de l’ATP se sont emparés de la terre battue de l’Oberland bernois à l’occasion du Swiss Open. Chaque été, Gstaad, chic station d’environ 3200 habitants, fait le plein de visiteurs pour ces trois tournois prestigieux.

Les Suisses en têtes d’affiche

«Tennisteller». Sur toutes les tables du restaurant, une énorme balle de tennis illustre une petite feuille. Exclusivement cette semaine, trois plats sont proposés, en allemand, en français et en anglais, aux clients. Ce mercredi, le Swiss Open bat son plein. «Sans le tennis, Gstaad n’existe pas», lance, le sourire aux lèvres, un Nagy Geadah péremptoire. Depuis 1982, il gère l’hôtel-restaurant Christiania avec sa femme, Isabelle, qui a hérité de l’établissement tenu par ses parents dès 1953.

Chaque été, à deux pas du court principal, la Roy Emerson Arena, il accueille les nombreux touristes dans son hôtel-chalet. Il sait que beaucoup scrutent le programme des tournois pour planifier leur séjour. «Quand Federer était venu ici en 2013, c’était un peu imprévu. Les organisateurs avaient dû ajouter des gradins au dernier moment.» Il n’y a pas que le Maître: tous les joueurs suisses – surtout lorsqu’ils arrivent au bout du tournoi – drainent les amateurs de tennis à Gstaad. «Ils ont beaucoup de succès», confirme Toni von Grünigen, président de la commune de Saanen, à laquelle appartient Gstaad. Même en béquilles, il s’est déplacé avec plaisir pour assister à la victoire au premier tour du Schaffhousois Henri Laaksonen face à Thomaz Bellucci.

Un cadre idéal

D’après l’édile, les communes de Saanen, Lauenen et Gsteig passent d’une population de 10 000 à 30 000 personnes en pleine saison estivale. «Les amateurs de sport qui viennent à Gstaad permettent de promouvoir la région, c’est très important», affirme Toni von Grünigen. Par le passé, l’hiver était la saison phare. Aujourd’hui, c’est l’été, et le sport n’y est pas pour rien. Il a même initié le mouvement: «Dans les années 1970, il y avait plusieurs compétitions sportives en hiver et moins en été, reprend l’élu. Maintenant, c’est l’inverse.»

Après le beach-volley et le tennis, la station bernoise prolonge son offre en la matière jusqu’à la fin du mois d’août avec un tournoi de polo international qui attire, chaque année, 6000 visiteurs et de nombreux VIP. Le village vit au gré de ces sports. Sur la Promenade qui le traverse, les banderoles des divers événements sont hissées entre deux chalets. Dans la vitrine d’une boutique branchée, les habits élégants côtoient les raquettes et les balles de tennis.

Les paysages, les chalets, la tradition, le luxe. Les amateurs de sport sont attirés par ce cocktail détonnant. Jean-François Collet, directeur du tournoi de tennis de Gstaad depuis douze ans, le sait parfaitement: «Faire cohabiter tous ces événements dans un village, c’est exceptionnel. Le cadre est une motivation aussi pour les joueurs.» A l’image du Belge David Goffin, treizième au classement ATP et tête d’affiche de cette édition 2017, qui a décidé de revenir cette année après un passage voilà deux ans.

«Jeff» Collet a besoin de Gstaad, autant que Gstaad a besoin de son tournoi. «Les manifestations sportives se situent avant le boom touristique de fin juillet. Cette période est extraordinaire pour l’hôtellerie. Gstaad dispose d’une offre abondante d’hôtels mais il faut les remplir…»

La qualité avant tout

Entre Wimbledon et la tournée américaine, le tournoi masculin ATP 250 de Gstaad est toujours attendu mais il n’a plus la même aura que dans les années 1990. Le plateau reste alléchant malgré l’absence des plus grandes stars. Cette année, Roberto Bautista Agut (ATP 18), Fabio Fognini (31), Feliciano Lopez (37) ou Viktor Troicki (38) étaient de la partie, avec également David Goffin. Le slogan du tournoi: «Small but fine». Jean-François Collet commente: «Nous ne voulons pas être les plus grands ou les plus imposants, nous misons sur le qualitatif.»

Le mot d’ordre est identique chez les dames. Le Ladies Championship, qui n’avait pas été disputé depuis 1994, a fait son retour l’année dernière et a permis à la Suissesse Viktorija Golubic de remporter son premier titre WTA. Cette année, la Zurichoise a vite été éliminée tandis que Timea Bacsinszky, blessée, avait dû renoncer à participer et c’est La Néerlandaise Kiki Bertens (WTA 26) qui s’est imposée. «L’affluence a été la même que l’année dernière même si les Suissesses sont allées moins loin», assure Jean-François Collet.

Du côté du «Majeur» de beach-volley, on mise également sur la convivialité propre aux stations de montagne. «C’est un tournoi spécial. Ailleurs, il y a plus de distance entre les joueurs et les fans. Là, les spectateurs sont tout près et peuvent obtenir des autographes.» Le caractère chaleureux couplé au prestige: une opposition qui fait la force du tournoi. Ruedi Kunz, le directeur, a voulu cette dualité depuis le début. En 2000, il a eu l’idée de ce tournoi pour attirer un public jeune qui n’avait pas vraiment d’offre sportive à sa mesure.

Une ambiance Paléo

Pari gagnant. Il y avait déjà 15 000 spectateurs lors de la première édition. En 2007, la station a été choisie pour accueillir les Championnats du monde de la discipline. A la création en 2015 des «Major Series», le tournoi bernois a logiquement été intégré à la catégorie. Cette année, 33 000 personnes ont assisté aux performances des meilleurs duos mondiaux sur le sable, et vibré avec les paires locales. Les Suissesses Joana Heidrich et Anouk Vergé-Dépré ont échoué au pied du podium. «Quand on y pense, amener du sable dans nos montagnes, c’est assez fou», s’amuse encore le président de Saanen, Toni von Grünigen.

Chaque été, le sable est installé spécialement pour le tournoi, puis retiré pour laisser la place à la terre battue au sein de la même arène, la grande scène du festival du sport de Gstaad. Comme Paléo a ses plus petites estrades, les différents tournois nécessitent l’installation de courts annexe où le spectacle est gratuit. Il y a également un village de stands où la fête se prolonge à la nuit tombée avec un DJ. Autant d’éléments qui participent à l’attrait de la saison estivale dans la station.

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