Football

Guardiola - Mourinho, un Clasico à Manchester

Les deux entraîneurs les plus cotés de la planète, se sont retrouvés ce samedi lors du match opposant les deux équipes de Manchester (victoire de City 2-1). Ils ravivent de leur rivalité personnelle l’intérêt du derby entre United et City

En Premier League anglaise, Manchester United et Liverpool s’affrontent lors du Derby of England. C’est la rivalité la plus exacerbée du championnat, bien au-delà de celles qu’entretiennent les deux clubs avec leurs contradicteurs locaux, City et Everton. «Pour Everton, le derby de la Mersey est le big match mais pour Liverpool, celui contre Manchester est plus important parce que s’y règle la suprématie nationale», écrivait l’ancien joueur des Reds Stéphane Henchoz dans Le Temps. Même constat dans la ville d’Oasis que dans celle des Beatles, même si les affrontements entre United et City ont tout de même plus de piquant qu’une partie des Red Devils contre Hull City ou Southampton.

Et pour son premier acte de la saison, samedi à 13h30 heure suisse, plusieurs ingrédients laissent présager d’un Derby of Manchester à la saveur bien relevée. La position des équipes au classement d’abord: avec trois victoires en trois matches chacune jusqu’ici, elles appartiennent à un triumvirat de tête complété par Chelsea. La valeur marchande des joueurs alignés ensuite: The Sun parle du Man-cash-ter Derby pour désigner le match et France Football a calculé qu’il y aurait pour 922,3 millions d’euros de joueurs sur la pelouse au coup d’envoi (selon les estimations de l’Observatoire du football). Et enfin, et surtout, la personnalité des entraîneurs: José Mourinho pour United, Pep Guardiola pour City.

Une rivalité tenace

Ce sont peut-être les deux meilleurs entraîneurs du monde, mais assurément les plus grandes stars du métier. Ils ont en commun le talent, une personnalité affirmée, la rigueur de travail et l’habitude de tutoyer les sommets. Forcément, en route, ils se sont souvent croisés, particulièrement entre 2010 et 2012, quand le Portugais dirigeait le Real Madrid et l’Espagnol le FC Barcelone. Des neuf Clasico disputés à l’époque en a découlé un autre pour l’éternité entre Mourinho et Guardiola, toujours en cours malgré les changements de club et les années qui passent.

Dans ce match-là, chacun affiche deux Ligue des champions à son palmarès et des trophées nationaux en pagaille. A la confrontation directe, Pep Guardiola mène avec sept victoires en seize rencontres, six nuls et seulement trois défaites. Mais dans l’art de jeter de l’huile sur le feu de leur relation, José Mourinho a toujours été aux avant-postes.

Le Portugais aurait toujours gardé en travers de la gorge la nomination de l’Espagnol à la tête de Barcelone, en 2008, alors qu’il convoitait le poste. Avant cela, les deux hommes s’appréciaient: le milieu de terrain Guardiola et l’entraîneur-assistant Mourinho jouaient pour la même équipe, le FC Barcelone. Mais une fois qu’ils se sont retrouvés en compétition, les petites phrases ont remplacé les amabilités.

Question de style

A plusieurs reprises, Mourinho s’est montré mauvais perdant après de mauvais résultats: «J’espère qu’un jour Guardiola aura la chance de remporter brillamment et proprement un titre», déclara-t-il au soir d’une élimination en Ligue des champions entachée, selon lui, d’erreurs d’arbitrage. Le Catalan n’a presque jamais répondu à ce genre de piques, s’agaçant juste parfois de l’attitude de son meilleur ennemi. «En dehors du terrain, il gagne toute l’année, toute la saison, et aussi dans le futur. Il a sa Ligue des champions personnelle hors des terrains. Très bien. Laissez-le s’amuser», lâcha-t-il à la veille d’une demi-finale européenne.

Le véritable point de friction entre les deux hommes se situe là, au niveau du style. Guardiola se pose en homme de jeu, en esthète du football, là où le froid tacticien Mourinho n’a jamais reculé lorsqu’il fallait sacrifier la manière sur l’autel de la victoire. Tout ce qui peut permettre à son équipe de se rapprocher du succès reste à portée de main dans sa boîte à outils. «Je ne pense pas que Mourinho ait entretenu ce climat par rancœur mais pour les intérêts de son équipe, estime un proche de Guardiola cité par L’Equipe. Quand il est arrivé au Real, le Barça était indiscutablement dominateur. Son attitude était simplement faite pour stimuler ses joueurs.»

Une analyse presque confirmée par l’intéressé en début de saison, lorsqu’il était interrogé sur les retrouvailles qui s’annonçaient avec Guardiola. En Espagne, «les querelles ont un sens parce qu’elles peuvent influencer les choses. En Premier League, si je me concentre sur lui et Manchester City, et lui sur moi et Manchester United, quelqu’un d’autre va remporter le titre». Vendredi, en conférence de presse, ils ont tous les deux joué la carte de l’apaisement. Le Clasico des entraîneurs ravive l’intérêt du Derby of Manchester, mais pas sûr que la sauce mancunienne ne donne du relief au Clasico.

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