L'image assez positive du tirage au sort de Busan a été anéantie en moins de trois semaines. Après les oppositions coréano-japonaises, les Sud-Coréens ont mis à jour les luttes intestines qui ravagent quotidiennement le travail de leur comité d'organisation (KOWOC). Les joueurs et le public risquent d'en être les principales victimes.

A l'origine de cette explosion, les deux coprésidents du KOWOC. D'un côté, Chung Mong-joon, président de la Fédération coréenne de football, vice-président de la FIFA, parlementaire, fils du fondateur de Hyundai et aujourd'hui partenaire majoritaire de l'une de ses principales filiales. De l'autre, Lee Yun-taek, ancien ministre du Travail et de l'Administration gouvernementale. Si la Corée du Sud doit à l'entregent, aussi bien politicien que sportif, de Chung Mong-joon d'avoir emporté l'organisation de la Coupe du monde, le gouvernement a imposé un de ses hommes pour gérer les 2000 milliards de wons (2,54 milliards de francs) d'argent public investi. Pour ce faire, il avait donc intimé au premier de gérer les affaires internationales, à l'autre le domaine national. Rapidement, la propension de Chung Mong-joon à se faire passer pour l'homme coréen de la compétition n'a pas plu à son alter ego. Cette animosité latente a éclaté lors du tirage au sort du 1er décembre, puis en début de semaine, par des missives incendiaires lancées à travers les deux camps.

La bicéphalité ne réussit finalement pas à cette Coupe du monde: Corée du Sud-Japon et coprésidents du KOWOC, dans les deux cas, l'ambiance se révèle des plus exécrables. Les deux parties semblent oublier la raison de leur présence commune: l'organisation d'une compétition qui débutera dans moins de six mois. Ces simagrées risquent de se répercuter sur ceux qui seront les principaux concernés: les joueurs et le public.

Les désaccords entre les deux pays risquent de gêner principalement la compatibilité des deux organisations. En premier lieu, les transports entre les deux territoires. Sepp Blatter, le président de la FIFA, avait déjà prévenu qu'il n'était pas facile de se rendre du Japon en Corée du Sud, et inversement. Si tout devrait se dérouler sans accroc pendant la première quinzaine, il en ira autrement à la fin des poules. Là, seize équipes et leurs supporters rentreront chez eux, tandis que dans le même temps, huit formations et leurs supporters changeront de lieu d'affectation (quatre iront de Corée au Japon et vice-versa). Difficile de caser tous ces voyageurs, lorsque l'on sait que les 41 vols hebdomadaires au-dessus de la mer du Japon sont, en temps normal, complets très longtemps à l'avance. Les autorités ont déjà prévu de les doubler, mais cela ne sera pas suffisant pour résoudre le problème. Or, aucun des deux pays n'est, pour le moment, prêt à accepter plus de concessions que son voisin. D'autres sources de tracas ne sont toujours pas réglées: la possibilité, au Japon, de changer aisément des wons (la devise coréenne) en yens (la devise japonaise), et l'utilisation d'un téléphone portable coréen au Japon et inversement. Le quotidien risque d'être particulièrement périlleux pour les «heureux» visiteurs.

Quant à la guerre qui mine le KOWOC, elle risque elle aussi d'avoir d'importantes conséquences. Il ne serait pas étonnant que les clans se renvoient la balle sur des tâches prévues, comme c'est aujourd'hui le cas, et que finalement celles-ci ne soient jamais réalisées. Première nécessité: mettre en place une opération publicitaire d'envergure pour persuader un public peu concerné par la Coupe du monde. Jusqu'à présent, rien n'a réellement été fait, et cette omission a déjà été l'occasion de sérieuses critiques. Second point, l'envoi des places de stade aux acheteurs coréens.

Cette opération, les Jeux olympiques de Sydney l'ont encore prouvé, est extrêmement compliquée à mettre en place, puisque l'envoi par simple courrier n'est pas envisageable. Il n'est pas certain que les organisateurs s'en soient aperçus. L'harmonisation de la traduction des noms de villes, de quartiers et autres stations de métro demeure également incomplète. Avec la nouvelle méthode de romanisation du coréen, Chongno est devenu Jongro, Taejon Daejeon, etc. L'Office du tourisme coréen est ainsi parvenu à répertorier des hôtels de Gwangju (ex-Kwangju) à Kyongju, c'est-à-dire à 300 km de leur emplacement réel. Enfin, la question des transports, cette fois-ci vers les stades, se pose encore. Si les enceintes de Séoul, Inch'on ou Busan sont situées en plein centre-ville et accessibles en métro, ce n'est pas le cas des autres. L'accès en voiture sera interdit au public, et l'on imagine mal plus de 40 000 personnes prendre simultanément des navettes en direction du stade. Vu qu'un KOWOC en état de marche ne serait déjà pas au bout de ses peines, un KOWOC en état de guerre aura bien du mal à tout gérer.