L'équipe suisse de tennis affrontera la France du 6 au 8 avril, à Neuchâtel, pour le compte du deuxième tour de la Coupe Davis 2001. Capitaine de la formation française et citoyen vaudois d'adoption, Guy Forget évoque ce match pour Le Temps. Il traite aussi de l'importance que revêt à ses yeux la Coupe Davis.

Le Temps: Vous êtes capitaine à la fois de l'équipe de France de Coupe Davis et de celle de Fed Cup. Ce double emploi est-il facile à gérer?

Guy Forget: La combinaison des deux ne me pose pas de problème. Le job n'est prenant ni au niveau du temps ou de l'esprit, ni dans le domaine de l'organisation. En revanche, gérer une équipe quelle qu'elle soit génère quelques préoccupations. Certains joueurs peuvent être assez marginaux dans leur manière de raisonner, de fonctionner, de se préparer. Il faut savoir faire preuve de souplesse. Parfois, cela me donne quelques soucis et c'est dans ces moments-là que j'apprends réellement mon métier de capitaine. Que je me rends compte de choses que je n'observais pas quand j'évoluais en Coupe Davis. Car alors, les capitaines ne nous parlaient pas de leurs problèmes. Maintenant que je suis de l'autre côté du mur, je me rends compte de tout ce à quoi il faut penser.

– Les compétitions par équipes telles la Coupe Davis ont-elles encore des raisons d'exister?

– Elles sont ce que nous devons défendre en tout premier lieu. Nous voyons trop de tennis à la télévision. Et qui n'est pas toujours très bon. Or la Coupe Davis est de loin la compétition la plus excitante, qui draine un public énorme, ce qui n'est pas le cas dans certains tournois. Les joueurs se donnent à fond. Le niveau de jeu est très élevé. Les rencontres réclament solidarité et esprit patriotique. La Coupe Davis ou la Fed Cup impliquent des investissements énormes de la part des athlètes. A côté, les tournois ne sont que des amuse-gueule, de la rigolade.

– Quel genre de capitaine de Coupe Davis êtes-vous?

– Mon rôle consiste à responsabiliser les joueurs. A veiller à ce qu'ils soient en forme et surtout qu'ils aient conscience de l'importance des rendez-vous de Coupe Davis dans leur calendrier. Je les veux volontaires, motivés, concentrés sur nos objectifs et irréprochables sur le terrain. Nous sommes les ambassadeurs du tennis français, les médias nous suivent de près et nous devons donner une excellente image, surtout auprès des jeunes. En même temps, je me sens investi de responsabilités en tant que gardien des valeurs que véhicule la Coupe Davis. Mais pour répondre plus précisément à votre question, je suis quelqu'un de plutôt doux et qui déteste les conflits.

– Vous affrontez la Suisse. Un adversaire facile?

– Pas du tout. Nous jouons à l'extérieur, face à Roger Federer et très probablement Marc Rosset. Dans un grand jour, Marc est extraordinaire. Dangereux, même. Je me méfie de ce genre de joueur. En tout cas, avec lui, la Suisse sera plus forte et notre mission n'aura rien d'une sinécure. Il nous faudra également composer avec un public qui, même si je le sais fair-play, sera contre nous. Cette partie nous demandera de gros investissements. Nous ne pourrons pas nous offrir le luxe d'être moyens.

– Savez-vous déjà qui vous allez aligner?

– J'ai convoqué Cédric Pioline, Fabrice Santoro, Arnaud Clément et Sébastien Grosjean. Et retenu encore Nicolas Escudé, très en forme actuellement, comme remplaçant. Nous préparerons la rencontre à Genève (n.d.l.r.: où habitent Clément, Pioline et Escudé) jusqu'à demain soir. Puis nous gagnerons Neuchâtel.

– Vous mêlez-vous de la préparation individuelle de vos troupes?

– Je discute beaucoup avec les entraîneurs de mes joueurs. J'ai certaines convictions en matière de travail, mais elles ne sont pas forcément celles de Pioline ou Santoro. Chaque athlète possède sa personnalité, sa propre manière de fonctionner. Je ne veux pas m'immiscer dans ces domaines ou critiquer leurs méthodes d'entraînement. Il m'arrive de leur laisser entendre qu'ils pourraient encore explorer tel ou tel domaine par le détail. Mais je ne suis pas derrière eux en permanence. Je ne tiens pas à être un policier. Maintenant, si un gars est demandeur, je serai ravi de l'aider.

– Quel regard l'ancien champion que vous êtes porte-t-il sur le tennis actuel?

– Le tennis est devenu un sport spectacle comme le sont le football en Europe ou le basketball aux Etats-Unis. Les enjeux financiers sont colossaux. Les gens investissent sur des joueurs, des équipes. C'est un véritable business.

– Pour vous, qui seront les grands champions de demain chez les garçons?

– Marat Safin et Gustavo Kuerten.

– Pas Roger Federer, l'un de vos adversaires dans quelques jours?

– Roger est potentiellement capable de figurer dans les 10 meilleurs joueurs du monde, mais il n'a pas encore tout prouvé. Remarquez, il est jeune et, dans son cas, la formule «laisser du temps au temps» s'applique à merveille.