Hakan Yakin a passé la journée de jeudi à Paris. Il y a rencontré Vahid Halilhodzic, l'entraîneur du Paris Saint-Germain, club de football de la capitale, ainsi que Francis Graille, son président. Il est revenu à Bâle à 18 heures, un accord avec le PSG en poche. Problème: son entraîneur, Christian Gross, et sa vice-présidente et responsable des transferts, Gigi Oeri, ne savaient rien de son escapade. Plus embêtant encore: le meneur de jeu du FC Bâle avait déclaré publiquement il y a dix jours qu'il resterait une saison supplémentaire chez les rouge et bleu, au grand soulagement des supporters. Joueur adulé voulant exercer son talent à l'étranger, dirigeants opposés à ce départ, sommes en millions d'euros, caprices, tractations obscures: avec le départ annoncé de Hakan Yakin, le football suisse et le FC Bâle ont leur affaire David Beckham. A leur échelle.

Reprenons. Hakan Yakin a illuminé le FC Bâle saison 2002-2003 par ses passes, virgules inattendues qui lui ont permis, à lui et à ses camarades, de briller au sein de l'élite européenne. Or le gaucher a envie de découvrir l'Europe. L'hiver dernier déjà, il avait indiqué à ses dirigeants qu'il ne fallait plus compter avec lui pour le championnat à venir.

Le garçon n'était pas déraisonnable de penser qu'il trouverait un employeur plus huppé que le FC Bâle: son contrat avec le club rhénan comportait une clause stipulant qu'il pouvait le quitter contre 1,5 million d'euros jusqu'au 15 juillet 2003. La somme était dérisoire du temps où l'argent inondait les terrains de football, mais elle s'est transformée en obstacle dans un marché calme qui s'est concentré sur quelques gros transferts (David Beckham de Manchester à Madrid, Ronaldinho de Paris (sic) à Barcelone). Liverpool, éliminé de la Ligue des champions en partie à cause du talent de Hakan, serait son prochain club, murmurait-on alors. En juin, c'était l'Atletico Madrid. Hier, Paris.

«Les rumeurs de départ de Hakan Yakin, cela fait neuf mois qu'elles vont et qu'elles viennent. Aujourd'hui, les Bâlois en ont marre.» Georg Heitz sait de quoi il parle: Bâle et le football, il en parle tous les jours dans la Basler Zeitung. Pour le journaliste, le cadet des Yakin a dépassé les bornes avec son aller-retour en France. Lui et son autre demi-frère, Ertan Irizik, qui joue le rôle d'agent du joueur, irritent les dirigeants et les supporters bâlois à force de souffler le chaud et le froid. «Cette visite à Paris, alors qu'il avait dit en public qu'il voulait rester il y a dix jours, intrigue tout le monde, continue-t-il. Elle prouve qu'il ne sait pas ce qu'il se veut. Demain ce sera Saragosse. Et après-demain? Ici, les gens sont lassés.»

Du côté du FCB, le discours se veut clair. «Nous n'avons eu aucun contact avec Paris ni avec personne d'autre au sujet de Hakan Yakin. Son contrat est valable jusqu'en 2005. Il reste donc chez nous», dit le chef de presse. Mais la volonté des dirigeants du FCB de garder leur meneur de jeu ne serait plus aussi ferme qu'au printemps. Gigi Oeri, mécène et vice-présidente du club, a limogé Roger Hegi, le directeur sportif, en juin. Depuis, elle a pris la responsabilité des transferts. Sa ligne de travail est «directe et expéditive», selon l'entraîneur, Christian Gross. Les chemins de traverse empruntés par Hakan Yakin et son conseiller ne pouvaient mener qu'à la rupture. Les deux font «beaucoup de théâtre», selon les mots de la milliardaire.

Sur le plan sportif, la perte de Hakan Yakin serait lourde pour le FCB. Le Parisien, qui a révélé les contacts avec le PSG, estime le montant du transfert à 6 millions de francs suisses environ, soit la somme que le club a gagnée de sa participation à la Ligue des champions. Mais le FCB n'a pas besoin d'argent et il est dirigé par une femme «qui est plus intéressée par la construction d'une équipe forte que par l'accumulation de millions supplémentaires», rappelle Georg Heitz.

Reste un problème qui fera les délices des analystes sportifs, capables de tirer, de la composition d'une équipe, une dissertation en trois parties: à quel poste le jeune Suisse (26 ans) jouera-t-il à Paris? Depuis qu'il a acheté le buteur portugais Pauleta, l'entraîneur parisien a une obsession: trouver un milieu de terrain qui sache passer 90 minutes à courir sur tout le côté gauche du terrain afin de remonter des ballons vers le but adverse et de le donner à l'avant-centre, payé pour les mettre dans les filets. Or Yakin occupe un poste bien différent, à Bâle comme en sélection suisse. Dans les deux cas, le jeu de l'équipe est taillé pour lui: deux attaquants piquent des sprints devant lui, qui n'a plus qu'à leur passer le ballon depuis le centre du dispositif, et non la gauche.

S'il connaissait mal la France, Jakob Kuhn, sélectionneur de l'équipe suisse de football, va pouvoir la découvrir lors de ses futurs déplacements professionnels. Avec les transferts intervenus cet été, la tournée de ses sélectionnés l'emmènera fréquemment au pays des fromages. Hakan Yakin serait le quatrième titulaire de l'équipe nationale à choisir le Championnat français. Cet été, Ricardo Cabanas a quitté Zurich et ses Grasshoppers pour rejoindre la Bretagne et Guingamp. Alex Frei joue depuis l'hiver dernier à Rennes et Patrick Müller vit à Lyon depuis trois ans. En incluant les remplaçants, voire les joueurs qui pourraient intégrer un groupe élargi à l'occasion de l'Euro 2004 au Portugal, son tour de France emmènera également «Köbi» Kuhn à Marseille (Fabio Celestini), Sochaux (Johann Lonfat) et Auxerre (Stéphane Grichting). De quoi compléter sa cave.