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Les joueurs de Hambourg après leur défaite à domicile contre le Hertha Berlin, le 17 mars. Cette fois, il leur sera difficile d’échapper à la relégation.
© Oliver Hardt/Bongarts/Getty Images

Inside Football

Hambourg, la mort annoncée du «Dinosaure»

CHRONIQUE. Il faudrait un miracle pascal pour que le HSV, 18e et dernier de Bundesliga, échappe à la relégation. Ce serait une première pour ce grand club historique du football allemand, explique son ancien joueur (1995-1997) Stéphane Henchoz dans sa chronique au «Temps»

Au Volksparkstadion de Hambourg, une pendule égrène le nombre d’années, de jours, d’heures, de minutes et de secondes qui s’écoulent depuis que le Hamburger Sport-Verein (HSV) joue en Bundesliga. C’est le seul club du football allemand qui n’a jamais connu la relégation. Ce mythe, aussi puissant là-bas que l’était chez nous jusqu’à l’an passé l’invincibilité du FC Sion en Coupe de Suisse, pourrait bientôt s’effondrer. Et l’horloge s’arrêter.

Dernier du classement, Hambourg aura de la peine à éviter cette fois une relégation qui lui pend au nez depuis plusieurs saisons. Ce ne sera pas une surprise sur le plan sportif, mais à coup sûr un événement d’un point de vue historique. En Allemagne, les clubs de football sont des institutions très fortes, mais leur audience est principalement régionale. Seuls trois grands possèdent une aura nationale, les trois qui ont remporté la Ligue des champions: le Bayern Munich, le Borussia Dortmund et Hambourg. Dans les années 70-80, la rivalité HSV-Bayern, sur fond de rivalités nord-sud et Hambourg-Munich (les deux villes se revendiquent comme la plus belle d’Allemagne), tenait le pays en haleine. Hambourg alignait beaucoup d’internationaux, des joueurs emblématiques comme Manfred Kaltz, Horst Hrubesch, Ditmar Jakobs, Uli Stein, et pouvait recruter la star de l’époque Kevin Keegan ou faire revenir au pays Franz Beckenbauer.

Ambiance digne de la RDA

J’ai joué deux saisons à Hambourg, de 1995 à 1997, et je dois admettre que j’ai mis beaucoup de temps à aimer ce club et cette ville. Le changement était trop grand. Venant de la campagne fribourgeoise, je n’étais pas trop perdu à Neuchâtel. Dans le vestiaire, j’étais un jeune du coin, nous étions quatorze joueurs pour onze places, le journal local nous consacrait deux articles par semaine et te jugeait «moyen» si tu avais été mauvais. Et puis je me suis retrouvé à 21 ans tout seul avec ma copine dans une très grande ville, où nous ne connaissions personne. Et ce n’était pas avec mes coéquipiers que j’allais socialiser, puisque aucun ne s’adressait la parole, pas même bonjour en arrivant le matin. Cette fois, dans le contingent, on était 25, dont huit en tribunes à chaque match. Je n’étais plus l’espoir du club mais un renfort étranger – nous étions cinq pour trois places – qui devait prouver. Et il y avait chaque jour des pages complètes dans les journaux avec des articles au ton beaucoup plus agressif qu’en Suisse.

L’entraîneur qui m’avait fait venir s’est fait virer au bout de sept matches, et Felix Magath a débarqué avec ses méthodes dignes de la RDA. Tout était gris, froid, austère. Même le vieux stade, avec ses grilles, sa piste cendrée, son immense tableau électrique, son vestiaire sans âme, vous fichait le bourdon. Le vestiaire du stade d’entraînement était enfoui sous la terre, dans une friche industrielle, en bordure d’une piscine désaffectée. C’était vraiment dur et, avec le recul, je me demande souvent comment j’ai fait pour tenir. Ce qui est sûr, c’est que cela m’a endurci pour la suite. Et puis, au bout de six mois, un nouveau joueur est arrivé. Bernd Hollerbach venait de Kaiserslautern, mais c’était un Hambourgeois qui avait joué pour Sankt Pauli, l’autre club de la ville, ce qui lui avait valu d’être accueilli froidement par les supporters et les anciens de l’équipe. On s’est bien entendu, il m’a fait découvrir la ville – qui est effectivement magnifique – et j’ai commencé à me sentir mieux.

Une instabilité chronique

Hambourg aujourd’hui, c’est toujours ce club qui tourne à 50 000 spectateurs de moyenne en gagnant trois matches par saison à domicile, et qui compte des supporters dans toutes les villes du pays. En revanche, il y a longtemps que l’équipe n’est plus à la hauteur de son palmarès (six titres de champion, deux coupes d’Europe, cinq finales européennes). Le «Dinosaure» (c’est son surnom) est aujourd’hui un club de second rang, qui ne dispute plus de coupe d’Europe et qui n’attire plus les bons joueurs parce que c’est trop risqué. Le problème du HSV, c’est son instabilité chronique. Ils en sont à quinze entraîneurs en dix ans. Deux jours avant de jouer le Bayern début mars, le club a licencié le président Heribert Bruchhagen et le directeur sportif Jens Todt. Le Bayern gagne 6-0 le samedi, et le lundi c’est l’entraîneur Bernd Hollerbach, mon pote, qui saute. Il était en place depuis sept matches…

Les Allemands disent qu’à Hambourg, il y a toujours du théâtre. Cela est dû au fait que le club est important pour la ville, il fait beaucoup parler et tout le monde essaie de mettre son grain de sel. Et comme il y a deux grands quotidiens locaux plus le Bild qui consacrent quotidiennement des pages sur le club, pas une semaine ne se passe sans qu’une nouvelle histoire sorte. Souvent, quelqu’un vient avec la volonté de faire table rase du passé et de repartir sur des bases saines, en misant sur la formation, sur le long terme. Ce sont parfois des gens compétents, qui ont réussi ailleurs, mais ça ne prend pas et le cirque continue. Peut-être la relégation sera-t-elle un mal pour un bien. Mais il faudra d’abord se relever de ce qui sera vécu comme un drame.

* Ancien défenseur de Hambourg, de Liverpool et de l’équipe de Suisse (72 sélections)

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