Il n'y a pas de sot métier. Mais certaines fonctions sont plus simples à honorer que d'autres. Directeur sportif d'un Neuchâtel Xamax soulagé par sa victoire dimanche face à Schaffhouse (2-0), mais toujours sous la menace d'une relégation en Challenge League, Hans-Peter Zaugg ne prétendra pas le contraire. Homme de terrain, le Bernois est gâté pour sa première expérience en tant que dirigeant. Sa mission, jugée à la fois «intéressante et compliquée», consiste, en vue de la saison prochaine, à échafauder du solide avec de l'aléatoire. Il s'y attelle depuis le mois de janvier avec une admirable bonhomie.

L'ancien technicien de l'Association suisse de football, des Grasshoppers – un titre de champion en 2001 – et des Young Boys – il a été remercié en octobre dernier – doit résoudre une équation à inconnues multiples. Casse-tête et boule de gomme. De quoi attraper une migraine façon cuite au Cynar. Comment, en effet, bâtir une équipe lorsqu'on ignore dans quelle division elle évoluera et par qui elle sera dirigée? «Il est très ardu de planifier les choses dans ces conditions et je suis contraint à envisager tous les cas de figure», répond tout sourire l'énergique quinquagénaire.

Plus concrètement? «Comme il n'est pas question de former le groupe sans l'avis du futur entraîneur, je parle beaucoup avec Miroslav Blazevic (ndlr: le Croate, qui dit vouloir rester sur le banc neuchâtelois, partira sans doute si le club est relégué) ainsi qu'avec trois candidats à sa succession», explique Hans-Peter Zaugg. «J'enregistre les envies et les priorités de chacun, je scrute le marché, je vais voir autant de matches que possible, je glane des informations auprès de mes connaissances et je passe énormément de temps au téléphone pour convaincre les gens qu'avec la nouvelle Maladière et la stabilité financière que nous garantit le président Bernasconi, nous pouvons offrir des perspectives.»

«Bidu» – tel est son surnom – se frotte notamment aux agents de joueurs, une corporation peu en phase avec les piliers sur lesquels il souhaite ériger sa philosophie – vertus du collectif, beauté du geste et amour du maillot. «C'est l'aspect le plus pénible de ce métier pour moi, qui suis attaché au jeu et au terrain», convient le directeur sportif. «Avant même de pouvoir rencontrer un joueur, de cerner ses qualités humaines, il faut causer contrat avec son agent. Même des gars de 16-17 ans, lorsque je les contacte, me disent de m'adresser à leur manager. C'est comme ça.»

Lors du prochain championnat, Xamax étrennera son nouveau stade parmi l'élite… ou cherchera à la rejoindre. Quel que soit le cas de figure, il faudra densifier et harmoniser l'effectif. «Même si ce match contre Schaffhouse a été très mauvais sur le plan technique, je maintiens que le groupe a du potentiel», déclare Hans-Peter Zaugg. Le Bernois aimerait mettre 20 à 22 professionnels à disposition du futur entraîneur. Or, seuls neuf éléments sont au bénéfice d'un contrat avec les «rouge et noir» au-delà du mois de juin – aucun gardien, quatre défenseurs, deux milieux de terrain et trois attaquants. «La position d'attente dans laquelle nous nous trouvons est délicate pour tout le monde», reprend celui qui fut aussi un sélectionneur national ad interim en 2000. «J'ai parlé avec chacun des joueurs pour les placer face à leurs responsabilités. Qu'ils souhaitent s'investir dans le projet neuchâtelois ou partir, tous ont intérêt à prouver leur valeur lors des derniers matches de la saison.»

Et, accessoirement, à maintenir le club en Super League. Le contrat de Hans-Peter Zaugg court, lui, jusqu'en juin 2009.