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Harald Schumacher est aujourd'hui vice-président du FC Cologne

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Harald Schumacher: «Le gardien allemand, c'est une tradition, comme le styliste italien ou le cuisinier français»

Pour le mythique gardien des années 1980, c’est surtout sur le plan mental que les Allemands se distinguent. Lorsqu’ils sont lancés en équipe nationale, ils sont prêts

Jusqu’au début de la Coupe du monde, Le Temps explore chaque semaine les relations sportives, historiques et culturelles qui lient un pays à un poste. Dans le cadre du premier épisode consacré aux gardiens allemands, Le Temps a rencontré Harald «Toni» Schumacher, aujourd’hui vice-président du FC Cologne, pour évoquer cette riche tradition.

Lire aussi: Le gardien allemand, über alles

Le Temps: Pour quelles raisons êtes-vous devenu gardien?

Harald Schumacher: Parce que ma mère trouvait que je rentrais trop fatigué après les matches. Elle pensait que gardien serait plus tranquille, et je l’ai pensé aussi mais j’ai vite compris que ce n’était pas si cool que ça, car c’est un poste très exigeant. Mais j’ai immédiatement pris beaucoup de plaisir à capter le ballon, à me jeter par terre et à avoir un autre maillot que les autres. Ce que je préférais, c’était les duels avec l’attaquant adverse.

Comment s’est déroulée votre formation?

Je me suis entraîné quatre fois par semaine avec des équipes plus âgées que moi pour qu’ils me bombardent. Je m’entraînais avec Rolf Herings, un ancien champion d’Allemagne du lancer du javelot. Je fermais les yeux, il se mettait à deux mètres de moi et en même temps qu’il lançait le ballon, il disait «Hop!», j’ouvrais les yeux et j’essayais de choper le ballon. J’ai fait beaucoup d’entraînements individuels avec détente, musculation et séances autogènes portées sur la méditation. A l’époque, j’étais le seul à avoir recours à une telle démarche. J’étais aussi le premier à avoir un coach individuel. Les gens me prenaient pour un fou mais aujourd’hui, tous les gardiens font ça.

Quels étaient vos modèles?

Toni Turek et Fritz Herkenrath [le gardien de la RFA à la Coupe du monde 1958, ndlr] que j’imitais très souvent. Ces gardiens m’ont énormément influencé, ils m’ont ensuite porté beaucoup d’attention et cela m’a marqué.

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle toujours eu de grands gardiens?

Pourquoi les Italiens sont-ils les meilleurs stylistes? Pourquoi les Français ont-ils de si bons cuisiniers? Chaque pays a ses spécialités. La formation des gardiens est une tradition en Allemagne. Il y a eu Sepp Maier, moi, Bodo Illgner, Andreas Köpke, Oliver Kahn, Jens Lehmann et aujourd’hui Manuel Neuer. Cette tradition se transmet parce que ces modèles donnent envie aux plus jeunes de les suivre dans cette voie.

Y a-t-il un point commun entre vous tous?

La régularité dans la performance et la longévité au plus haut niveau. Je me souviendrai toujours de ce que Paul Breitner a dit de moi: «Je n’ai jamais vu un gardien rester  constant aussi longtemps que Schumacher.» C’est là que se distinguent les gardiens allemands. Ce n’est pas un hasard si je suis resté de 1979 à 1987 le dernier rempart en équipe nationale, si Kahn a été le numéro un de la Nationalmannschaft pendant une décennie et Neuer depuis huit ans.

Comment expliquez-vous cette stabilité?

Par le fait que ces gardiens ont joué dans des grands clubs où ils ont acquis beaucoup d’expérience. Lorsqu’ils ont été convoqués en sélection, ils étaient suffisamment mûrs pour s’imposer durablement.

Tous ou presque sont passés par le Bayern ou Schalke 04…

C’est une bonne remarque. Personnellement, j’ai joué et entraîné dans les deux clubs. Le Bayern a toujours été le club numéro un en Allemagne en se dotant des meilleurs joueurs du pays. Quant à Schalke 04, il y a une vraie bonne école de gardiens, puisque Jens Lehmann y a été formé, en partie par moi, et Manuel Neuer aussi. Ce n’est pas un hasard.

En quoi le gardien allemand est-il différent des autres?

Le gardien allemand sait se focaliser sur le match et ne penser à rien d’autre. Avant celui-ci, au moment d’entrer sur la pelouse, il est déjà dans son match, comme dans un tunnel.

Cette supériorité est-elle donc plutôt mentale que technique?

Il est très important d’être bien formé sur le plan technique, mais ça ne sert à rien d’être fort techniquement si tu ne tiens pas le coup mentalement en te laissant par exemple influencer par le public. Lors de mes séances autogènes, je me suis toujours dit: «Je suis le tigre et le ballon est ma proie.»

Ce sont les grands gardiens qui font les grandes équipes ou plutôt l’inverse?

Franchement, j’estime que ce sont les grands gardiens qui font les grandes équipes. Aucune équipe ne remporte de titre majeur sans un gardien de classe mondiale.


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